LIVRE I, CHAPITRE II
vertus ne sont qu'une même vertu; la différence consiste, non pas à la vérité dans les seules dénominations, comme les Mégariques l'avaient dit, mais du moins dans les seuls rapports". De même que les dieux de la fable ne sont qu'un seul Dieu, désigné par des attributions diverses selon la diversité des régions où il habite et des fonctions qu'il y remplit, de même toutes les vertus sont des apparences ou des figures variées que revêt, dans les différentes circonstances de la vie, une seule et même vertu ?. Cette unique vertu, suivant Zénon, c'est la prudence; suivant Cléanthe, c’est la force, laquelle n’est autre chose que la tension de l’âme 3; formule qui exprime mieux peut-être que celle de Zénon le caractère propre et distinctif de la philosophie stoicienne {. Mais pour Cléanthe comme pour Zénon, le principe de la vertu et la vertu tout en-
ὁ Cette doctrine était spécialement celle d’Ariston de Chio , disciple de Zénon . selon Diogène de Laerte, VII, 161 : ἀρετάς τε οὔτε πολλὰς εἰσῆγεν (se. ὁ ἀρίστων), ὡς ὁ Zivov , οὔτε μιίαν πολλοῖς ὀνόμασι καλουμένην, ὡς οἱ Μεγαριχοὶ, ἀλλὰ χαὶ τὸ πρός τι πῶς ἔχειν. Plutarch. de Fire. mor. ἃ : Τῷ δὲ πρός τι πῶς διαφόρους χαὶ πλείονας. Muis celle de Zénon revenait au même ; Plutarch, ibid. : ἔοιχε δὲ χαὶ Ζήνων εἰς τοῦτό πως ὑποφέρεσθαι, etc, Cf. Sence. Ep. 66; Stob. Ecl. 1. II, p. 114.
* Senec. Ep. 66 : Multæ ejus species sunt , quæ pro vitæ varietate et pro actionibus explicantur. — In alias atque alias qualitates convertitur, ad rerum quas actura est habitum figurata,
5 Plutarch. de Stoic. rep. 7.
4 Diosène de Laerte appelle la philosophie stoicienne : ἀνδρωδεστάτη ; Lucien, les Stoïciens : ἀνδρώδεις. Senec, de Const. sap. 1 : Tantum inter Stoicos et cæteros sapientiam professos interesse , quantum inter feminas et mares, non immerito dixerim, Voy. Gatak, ad M, Anton. IV, 3.
tière est la raison!, à la fois prudence et force, entendement et volonté, connaissance et action, spéculation et pratique. Aussi la vie parfaite, la vie vertueuse, conforme à elle-même et à la nature, n’est pour les Stoiciens ni la vie pratique ni la spéculative exclusivement : c’est la vie raisonnable, rationnelle, unité des deux autres ?.
En conséquence, tandis que, suivant Aristote, et la vie humaine et même le caractère moral ( ἦθος) dépendent en grande partie de l'élément irrationnel de l’âme et des passions dont il est le siége, selon les Stoiciens, le caractère moral est la source, la source unique de toute la vie; c’est de là que prennent leur origine toutes nos actions particulières5. C’est pourquoi la perfection et la félicité peuvent être définies, suivant eux, le libre cours de la vie; de la vie, c’est-à-dire de l'unique principe d’où elle découle, la raison , la vertu.
Enfin, la vertu n'est pas seulement une et simple en nature , elle l’est en degré. Elle est la perfection : elle ne peut donc ni croître ni décroitre ὅ ; elle ne
1 Senec. Ep. 66 : Virtus quæ non aliud est quam recta ratio.
? Diog. Laert. VII, 130.
δ᾽ Stob. Μοὶ, LI, p.37: ἦθός ἐστι πηγὴ Bic, ἀφ᾽ ἧς ai, χατὰ μέρος πράξεις ῥέουσι.
4 Εὔροια βίου. Diog. Laert. VII, 88 ; Sext, Empir. Pyrrk. hypot. IL, 172; Stob, οί. τ. II, p. 138 ; Senec. Ep, 120. Cf, Gatak. ad M. Antonin- IL, 5:
# Simplic. ἐπὶ Categ. ξ' f° 3.