‹ Essai sur la Métaphysique d'AristoteChapitre 81 sur 228 · LIVRE I, CHAPITRE IL · texte numérisé non relu

LIVRE I, CHAPITRE IL

non dans l’idée-mère de sa physique, de laquelle elle procédait tout entière, mais dans les principes généraux de sa logique et de sa morale, commença à l’ébranler. Le scepticisme de Pyrrhon avait pris naissance dans les écoles de dialectique issues de l'enseignement de Socrate : le scepticisme de la nouvelle académie sortit de la philosophie platonicienne, resserrée dans les limites où Aristote avait renfermé la dialectique. Le fondateur de cette école, Arcésilas , avait appartenu d'abord à celle de Théophraste ‘. Il y prit en partie, peut-être, cet esprit de modération et de mesure par lequel les doctrines de l’Académie se distinguèrent du rigorisme exclusif, au moins en apparence, de la philosophie stoicienne. Mais surtout il dut s'y former dans ce grand art de la connaissance et de l’usage des probabilités, que l’école péripatéticienne cultivait, avec tant de succès, dans ses deux grandes branches. C'est de Théophraste qu’il dut apprendre l’éloquence par laquelle lui et ses successeurs rivalisèrent toujours avec les Péripatéticiens, et qui donna tant d'avantages à la nouvelle Académie contre la sèche dialectique du Stoicisme. Surtout le successeur d’Aristote dut lui communiquer l'art de traiter, en toute question, par tous les arguments possibles, le pour et le contre, le oui et le non : art

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1 Diog. Laert. IV, 24.

de la dialectique, dont les Péripatéticiens avaient recu de Platon les premiers éléments, mais qu'ils avaient su les premiers féconder par la rhétorique. — D'élève de Théophraste, Arcésilas devint élève des platoniciens Polémon et Crantor, et il remplaça dans l’enseignement leur successeur Cratès', Mais ce fut pour rétablir dans l’école platonicienne , où la morale était alors cultivée presque seule, la méthode, abandonnée depuis le temps de Socrate, d’interroger les autres, et de soutenir tour à tour, sur toute question, les opinions contraires?. Par lui la dialectique revient de l’Aristotélisme, ou elle avait été transplantée , fleurir en quelque sorte sur le sol qui l'avait d'abord vue croitre, et elle y porte pour fruit le Scepticisme. Arcésilas ne faisait, dit-on, que ce que Socrate avait semblé faire : demander aux autres leur opinionet les combattre, pour conclure enfin, de la valeur égale des opinions contraires, la nécessité de suspendre son jugement$. Platon par devant et Pyrrhon par derrière, suivant l'expression d’un deses adversaires #, les doctrines platoniciennes n'étaient pour lui que ce que la morale socratique avait été pour Pyrrhon, une apparence, préférable à toute

1 Id. IV, 28, 32.

? I. ibid. ; Cic. de Fin. 1, τ. Voy. Bayle, Dict, crit., art, Arcesilas, rem. À.

5 Cic. Acad. I, 12; de Orat. III, 18.

* Aristo ap. Sext. Empir. Pyrrk. hypot. I, 234: Πρόσθε Πλάτων, ὄπιθεν Πύῤῥων, μέσσος Διύδωρος.

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