LIVRE I, CHAPITRE II
immatérielle, l’avaient fait consister dans l’éther, ainsi que l'âme humaine’. Un autre péripatéticien, contemporain d'Antiochus et de Cicéron, et que celui-ci ne craint pas d'appeler le premier des philosophes de son temps?, Cratippe, faisait également venir l'âme humaine du feu éthéré répandu tout à l’entour de l'univers. Du moins Cicéron, qui Jui avait donné son fils pour élève, qui devait connaître en détail ses doctrines, et qui avait ses livres sous les yeux, Cicéron semble lui attribuer, en commun avec les Stoiciens, l’explication de la divination naturelle par l’affinité qui tenait les âmes unies avec la substance éthérée , source unique et éternelle dont elles étaient toutes émanéesÿ. Et d’ailleurs, si Cratippe avait professé comme Aristote le dogme de l’immatérialité de l'âme, et surtout de
4 Stob. Ecl.t.I, p. 58 ; Κριτόλαος χαὶ Διόδωρος ὁ Τύριος νοῦν ἀπ᾽ αἰθέρος ἀπαθοῦς. Tertull. de An. 5 : Critolaus et Peripatetici ejus ex quinta nescio qua substantia (sc. animam effingunt ).
2 Cic. de Off. I, 1; I, 2; de Univ. 1; cf. Ep. ad famil. XNI, 21.
5 De Div. 1, 32 : Animos hominum quadam ex parte extrinsecus esse tractos et haustos. Ex quo intelligitur esse extra divinum animum, humanus unde ducatur, ete. Ibid. 49 : Α qua (sc. natura deorum) haustos animos et libatos habemus : cumque omnia completa et referta sint æterno sensu et mente divina , necesse est cognatione divinorum animorum animos humanos commoveri. — Ici c’est un Stoicien qui parle ; mais il en appelle ensuite à l'autorité de Dicéarque et de Cratippe , et ajoute (c. 5o) : Ergo et üi quorum animi, spretis corporibus, evolant atque excurrunt foras, ardore aliquo inflammati atque incitati, cerpunt illa profecto quæ vaticinantes prænuntiant , multisque rebus inflammantur tales animi qui corporibus non inhærent, — Les expressions ardore, inflammantur, indiquent l’idée du feu, substance de l’âme, ete.
Dieu, comment Cicéron ne se füt-il pas préservé de l'erreur qu'il a commise en imputant à Aristote et à Théophraste d'avoir identifié Dieu avec l’éther et le ciel"? Et, au contraire, combien n'est-il pas vraisemblable qu'il ne fit en cela qu’entendre les premiers maitres de l’école péripatéticienne comme les entendait le plus renommé des Péripatéticiens de son temps.
C’est à peu près à la même époque que semble appartenir la prétendue lettre d’Aristote à Alexandre sur le Monde ; c’est du moins à la même période de la dégénération de l’Aristotélisme et de son mélange avec le Stoïcisme qu'il convient évidemment de la rapporter ?.
Dans ce livre, composé de deux parties princi-
1 De Nat. Deor. 1, 13.
? Proclus doute que le Περὶ χόσμιου soit d’Aristote (ir Tim. p. 322 ). Les meilleurs critiques se sont déclarés pour la négative; par exemple, les deux Scaliger, Isaac Casaubon , Saumaise (ad Solin. p. 1247), Juste Lipse (de Const. 1, 18), Pietro Vettori ( Var. lect. XXV, 13), Muret ( Var. lect. II, 8), Jacques Thomasius (Diss. ad Stoic. phil. ete., XIV, $ 151), Den. Petau ( Dogm. theol, t. Τ p. 215), etc. Heimsius dit (ad Maux. Tyr. p. 9, Lugd. Bat. 1607, in-8°) : « . in libello de Mundo quem Aristoteli nonnulli ascribunt, homines, meo judicio , τυφλοὶ τά τ᾽ ὦτα τόν τε νοῦν τά τ᾽ ὄμμιοτοι.» Jacques Thomasius a pensé, après quelques autres qu’il cite, que ce livre devait être d’un Stoicien. Villoison dit aussi (Votæ ad Cornut. proleg. ) : « Auctor libri de Mundo, fere semper stoicissans. » — 5. Justin (m. 167 ? ap. J.-C.) est le plus ancien auteur connu qui cite le Περὶ κόσμου. Voy. plus bas (chap. III), les raisons qui nous portent à conjecturer que l’auteur de ce livre pourrait être le juif Aristobule,