‹ Essai sur la Métaphysique d'AristoteChapitre 91 sur 228 · LIVRE I, CHAPITRE If · texte numérisé non relu

LIVRE I, CHAPITRE If

corps n'agissent qu'au contact. Suppose-t-on, au contraire, qu’elle y touche, ce ne peut être par pénétration; car les corps ne sont pas pénétrables ? : deux corps qui se pénétreraient n’en feraient qu’un. Mais ce ne peut être non plus par les seules surfaces : car, suivant les Dogmatiques, les surfaces ne sont que des abstractions incorporelles , et les corps sont seuls susceptibles d'action et de passion; ce n'est donc pas par une simple surface que rien peut être fait ni souffert,

Par ce dernier argument il est visible qu’on suppose ce que supposaient en effet les Stoiciens, savoir : que tout ce qui agit est un corps; et c'est dans cette supposition seule que la causalité est démontrée impossible. Mais dans la véritable philosophie péripatéticienne , on ne connaît point de cause qui ne soit incorporelle. L’argument ne la concerne donc pas, et, loin de l’ébranler, la confirme. — Dans toute l'argumentation qui précède, si l'on ne suppose pas formellement que la cause est un corps, on l’imagine du moins soumise de la même manière que ses effets, et que la matière où elle les produit, aux lois de l'existence sensible. Des lors, partant avec les Stoiciens de cette idée, que la

définition de la cause repose uniquement sur le ca-

1 Ibid. 257.

2 Ibid. 256.

5 Ibid, 255,

ractère sensible de sa connexion avec l'effet dans le temps et dans l’espace, on suppose : 1° que la cause est dans les mêmes conditions de temps que son effet ; 2° qu’elle ἃ un mode d’existence du même ordre, de l'ordre sensible ; 3° enfin, et par suite, qu'elle doit concourir à l'effet, avec l'élément passif, de la même maniere. En un mot, on démontre que, par aucun des caractères que fournissent les sens, la cause ne se distingue ni de l'effet, ni du principe passif qui y concourt avec elle. C’est un seul et même argument, appliqué successivement aux trois rapports possibles dans le monde corporel entre la cause, l'effet et la matiere.

Mais dans la primitive philosophie péripatéticienne, toute cause proprement dite, toute cause efficiente est immatérielle par essence; car son essence remonte à la cause première, qui n’est qu'acte et pensée. Par conséquent, tout en déterminant dans le monde sensible, dans le temps et dans l'espace, les diverses formes du mouvement, toute cause est, en son essence, supérieure et au temps et à l’espace, et en général aux conditions de l'existence sensible. Donc toute cause efficiente, quoiqu'elle n’agisse, dans la région de la matière et des sens, que sous une forme matérielle et sensible (c’est ainsi que l'animal engendre l'animal), toute cause efficiente est dans son essence première, d'où elle

tire sa vertu, supérieure à la matière, au mouve-

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