LIVRE I, CHAPITRE IT
passe du semblable au semblable; c'est raisonner; et ne füt-ce que pour prouver limpossibilité du raisonnement , il faut bien encore qu'il raisonne. S'il démontre rigoureusement contre les Dogmatiques , qu’en partant des phénomènes, jamais on ne peut s'élever jusqu’à la connaissance des causes invisibles , il n'échappe pas pour cela à la nécessité, pour lier entre elles les apparences, pour en expliquer l’ordre, de supposer perpétuellement l'existence des causes. Lui-méme en fait l’aveu *. Des lors, nonseulement dans la vie commune, maïs aussi dans la médecine et la physique vulgaire, indispensables pour les besoins de la vie, le Dogmatisme devait nécessairement l'emporter. Les esprits invisibles, les qualités occultes, les facultés spécifiques inexplicables suffisaient à l'imagination, si ce n’est à la raison. Pures inconnues, chargées des caractères des phénomènes sensibles, elles dissimulaient l’absence des véritables causes, et en jouaient provisoirement lé rôle.
Mais , sentant bien que sous ces fantômes se cachaient le vide et le néant (on vient de le voir par Galien lui-même), la philosophie qui avait produit le Dogmatisme se resserrait par degrés dans les plus étroites limites ou le Scepticisme prétendait la confiner. On ἃ vu que dans ses Questions naturelles,
! Sext. Empir. Pyrrhk. hypot. 111, c. 3.
tout en proclamant encore la physique la plus haute partie de la philosophie, Sénèque la réduisait à l'explication des phénomènes météorologiques et terrestres. Aïlleurs, il déclare qu’il n’y ἃ dans la philosophie rien d’utile que ce qui sert à la morale’; et la morale elle-même, il la renferme tout entière dans l'usage de la volonté ?. C’est là le culte que nous devons à notre génie intérieur, c’est-à-dire à Dieu même descendant et habitant en nous.
Presque dans le même temps, Épictète réduisait le Stoïcisme au dernier degré de simplicité où il devait atteindre. Selon lui, tout ce qui existe doit être partagé en deux classes : ce qui dépend de nous, OU qui est en notre pouvoir, et ce qui ne dépend pas de nousi. Ce qui est en notre pouvoir, c'est l'opinion, avec les penchants, les désirs et les aversions qui, selon la doctrine stoicienne, en dérivent ; ce qui ne dépend pas de nous, ce sont les choses du dehors, le corps, la richesse, les honneurs. Or, ce qui n'est pas en notre pouvoir nous
1 Senec. Ep. 45, 65, 89, τοῦ, 113.
* Ep. 66, 74.
5 Ep. 41 : Prope est a te Deus , tecum est, intus est, Ita dico, Lucili, sacer intra nos spiritus sedet , malorum bonorumque nostrorum observator el custos... Bonus sine Deo nemo est... In unoquoque virorum bonorum ( Quis Deus incertum est) habitat Deus. Cf. 31, 73 : Miraris hominem ad Deos ire ? Deus ad homines venit , imo , quod propius est , in homines venit.
ὁ Epictet. Man. 12. Τὰ ἐφ᾽ ἡμῖν, τὰ οὐχ ἐφ᾽ ἡυῖν.
# ὑπόληψις, Sur le sens de ce mot, ΝΟΥ. Saumaise, ἐπὶ Epictet. (Lugd. Batav. 1640, in-4°), p. 29, sgg.