‹ Essai sur la Métaphysique d'AristoteChapitre 96 sur 228 · LIVRE I, CHAPITRE II · texte numérisé non relu

LIVRE I, CHAPITRE II

est étranger ; ce qui dépend de nous nous appartient seul et est seul nôtre. C’est donc en ce qui dépend de nous que consiste uniquement et notre bien et notre mal'. Hors de nous, rien ne peut nous être ni bon ni mauvais, ni utile, ni nuisible; tout est indifférent. Mais si les choses du dehors n’arrivent pas jusqu'à nous par elles-mêmes, elles y arrivent du moins par les représentations que nous en avons. Or, Épictète ne prétend plus, comme les anciens Stoiciens, que lesreprésentations soient notre œuvre , et dépendent de notre volonté. Il avoue, au contraire , que c'est sans notre aveu, malgré nous; qu'elles résultent en nous de la présence des objets extérieurs ?. Une seule chose est donc véritablement en notre pouvoir, c’est de faire de nos représentations tel ou tel usage 5, Le principe dirigeant qui est nous-mêmes , comme avait dit Chrysippef, ou notre raison , se réduit pour Épictète à la faculté de faire usage de nos représentations ?, c'est-à-dire à la volonté. Faire de nos représentations un usage conforme ou contraire à la nature, ou à la raison 6, telle est donc la seule chose qui dépende de nous,

ἡ Man. τ, 2. Senec. Ep. 74 : Quid eoiïm stultius quam aliquem eo sibi

placere quod ipse non fecit?

? Epict. ap. Gell. Noct. Att, XIX, τ.

5 Man. 11 : Τί οὖν ἔστι σόν; χρῆσις φαντασίων.

4 γον. plus haut.

5 Man, 19,

la seule par conséquent en laquelle consistent notre bien et notre mal. Ainsi la matière propre du bien et du beau se trouve uniquement dans le principe dirigeant qui est notre personne même, et ce principe est la volonté par laquelle nous faisons usage des représentations *. Maintenant en quoi consiste ce qui fait la forme du bien et de la vie morale , ce qui en est la mise en œuvre, l'usage raisonnable des représentations ?? La raison ne consistant que dans le pouvoir même d’en faire usage, puisque c’est la seule chose qui dépende de nous, agir conformément à la raison, c’est agir conformément à la nature de la volonté. La volonté, ou la liberté, est l'homme même : le bien, la fin de l'homme, c’est que dans l'usage de ses représentations, c’est-à-dire dans ses volontés, il reste volonté et liberté. Ainsi, tandis que , ne pouvant s'élever avec la métaphysique péripatéticienne jusqu'à la fin suprème du bien absolu, les anciens Stoïciens cherchaient du moins dans la beauté, reflet qu’en reçoivent les choses, la règle de la volonté humaine, Épictète , pour affranchir la

1 Diss. ΠΙ. 3: ἵλη τοῦ καλοῦ καὶ ἀγαθοῦ τὸ ἴδιον ἡγεμιονῖκόν, II, 16 :

2 Diss. VII ,-3 : ἔργον δὲ τοῦ καλοῦ και ἀγαθοῦ τὸ χρῆσθαι ταῖς φαντασίαις χατὰ φύσιν.

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