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CHAPITRE IV

DE l'apologétique EN PARTICULIER.

Il est incontestable que nous adhérons par un acte de foi primitif et spontané à la légitimité de l'exercice de nos facultés, aux réalités qu'elles nous font connaître, aux premiers principes de notre raison; et c'est dans ce sens que Platon et Aristote (i) affirment que la foi engendre la science.

Mais les vérités dont s'occupe la théologie ne sont point déduites de principes immédiatement connus par la raison ; elles nous viennent par une communication d'un ordre particulier, fondée sur la volonté positive de Dieu, et que l'on appelle révélation. La révélation, qui a pour objet le développement de la religion en nous, suppose évidemment la raison dans celui qui la reçoit; et l'intégrité de la raison n'existe qu'autant que l'on a préalablement écarté les faux systèmes qui pourraient l'altérer. D'où il faut conclure qu'une vraie théologie ne peut s'édifier que sur les bases d'une saine philosophie.

Or, en supposant que la foi, considérée comme une donnée supérieure à l'entendement, mais pourtant pleinement conforme à sa nature, soit mise en rapport avec un être raisonnable, il se passera un triple phénomène : une action de l'objet sur le sujet, une réaction libre du sujet vers l'objet, et un rapport du sujet et de l'objet, qui est le résultat des deux actes précédents, et qui participe de la nature de tous les deiix.

Qu'il y ait avant tout acte de foi une action de l'objet sur le sujet, cela est incontestable, soit que l'on étudie le phénomène psychologique de la croyance, soit que l'on consulte les témoignages de l'Ecriture sainte et de la tradition (2) .

(1) Plato, in Timœo, passim; Aristot., Ethic. ad Nicom., cap. 6, u, 3.

(2) Rom., cap. x, 17. Fides ex auditu; Cf. Auc, De div. quœst. ad SimpL, lib. I, qua^st. 2, n. 21. Nullus enim potest credere nisi aliquà vocatione, hoc est aliquà reriim testificatioiie tangatur; Cf. de Prœdest. sanclorum, cap. 2, n. 5. Deus operatur fidern nostram miro uiodo dùm agit in cordibiis uostris ut credamus.

256 DE l'apologétique en particulier.

Qu'il y ait, pareillement, une réaction libre du sujet vers l'objet, c'est ce que l'expérience de chaque jour atteste par un grand nombre de faits; ainsi plusieurs hommes placés dans les mêmes conditions se comportent d'une façon tout opposée dans les matières religieuses; l'un croit, l'autre doute, un troisième nie. L'adhésion à une vérité de foi est donc un acte entièrement libre, et qu'aucune force humaine ne saurait extorquer si la volonté le refuse (1).

Eh bien, en supposant que la communication divine rencontre quelque part une bonne volonté, et que cette volonté y adhère avec une entière soumission, il est évident que l'acte de foi qui en résulte n'est plus un acte purement subjectif; car la foi du croyant, c'est la foi de l'Eglise elle-même, qui entre en relation avec sa conscience par l'intermédiaire d'un ministre de la religion. Et si l'on remonte au principe de cette communication supérieure, on reconnaît facilement qu'elle est faite en vertu d'un rapport immédiat qui a existé entre l'Homme- Dieu et les premiers fondateurs de l'Eglise; que cette communication a été reçue par les premiers disciples du Christ, en vertu des mêmes lois qui gouvernent une adhésion actuelle, et que, par conséquent, tout le débat concernant les vérités qu'il faut croire doit être ramené à ce seul point : Y a-t-il des raisons suffisantes d'adhérer au symbole proposé par l'Eglise ?

Pour résoudre cette question, il n'y a pas, ce nous semble, plusieurs méthodes également bonnes; la logique prescrit impérieusement de commencer par l'étude des faits immédiats , par les manifestations de la vie religieuse dans l'Eglise catholique, qui est un miracle perpétuel. Cette méthode est d'ailleurs clairement indiquée dans les discours de Jésus-Christ et des apôtres; elle a été suivie par de grands apologistes à toutes les époques de l'Eglise ; elle est conseillée en particulier par saint Irénée, Tertullien, saint Cyprien, saint Augustin et Yincent de Lérins. D'où il s'ensuit qu'une bonne apologie de la religion chrétienne doit être une démonstration catholique de la divinité du christianisme.

Un apologiste a donc le devoir d'initier l'esprit du néophyte

(1) AUG., Tro.ci. XLViii in Joan., n. 3. Qui crédit accedit, qui negat recedit; anima non movetur pedibus, sed affectibus. Cf. GoNC. Trid., sess. vi, cap. 6. Fidem ex auditu concipientes, libère movcntur in Deum.

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à la vie du catholicisme, à ses œuvres, à ce qu'il y a en lui de perpétuellement miraculeux. Car, ainsi que l'a dit saint Augustin, la foi guérit l'entendement et en agrandit la portée ^1). Il est d'ailleurs incontestable qu'il faut être guidé par l'Eglise dans la connaissance des monuments de la foi. Comment, sans son autorité, terminer un débat engagé sur le sens des Ecritures? Comment croire à l'Evangile, si l'autorité de l'Eglise n'entraîne notre complète adhésion (2)? Les études bibliques et historiques sont donc subordonnées logiquement à une connaissance suffisante de l'Eglise catholique, et une théorie de la révélation ne saurait être la première partie de l'apologétique. L'état présent de la science psychologique ne permettant pas d'établir la nécessité absolue, pour l'esprit humain, d'une révélation surnaturelle, il est nécessaire de conserver à l'apologétique son caractère historique, et d'admettre que si une théorie générale de la révélation peut être le résultat d'une bonne analyse des faits, elle ne saurait méthodiquement la précéder.

Nous donnerons pourtant ici un résumé de F Apologétique du savant de Drey (3), où la marche que nous critiquons a été suivie. Cet ouvrage, fruit précieux d'un long enseignement, est la première tentative heureusement faite pour élever l'apologie à la hauteur d'une science; il contient, d'ailleurs, des parties tellement remarquables, que l'on nous saura gré d'avoir, le premier, essayé de le faire connaître à des lecteurs français.

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