APOLOGÉTIQUE DU CHRISTIANISME
Introduction.
Le christianisme est une religion positive et historique tout à la fois. Comme religion positive, il repose sur une révélation divine, sur une autorité divine, sur une direction et une assistance divines; de sorte que ceux qui sont en dehors du christianisme, pour peu qu'ils en aient connaissance, ne sauraient douter de ce fait, que le christianisme se donne comme une religion divinement, et non humainement instituée.
(1) Enarr. in Ps. cxviii. — (2) Cont. ep. Manich., cap. 6, — (3) Jean-Sébastien de Drey, Apologétique, ou Démonstration scientifique de la divinité du christianisme, Mayence, 1844.
258 DE l'apologétique en particulier.
B est, en outre, une religion historique, c'est-à-dire reposant sur des faits historiques, et dans son origine, et dans ses développements, et dans son existence actuelle. C'est même sous le point de vue historique et expérimental que le christianisme tend tout d'ahord être connu. De là, il suit que la science du christianisme, ou la théologie, pour avoir le douhle caractère de son ohjet, doit être tout à la fois une science positive et historique : l"* présenter dans leur enchaînement systématique les vérités de la religion chrétienne, et 2° étabhr la réalité des faits historiques sur lesquels repose la foi à ces vérités. Ce caractère est essentiel à la théologie ; elle ne saurait l'altérer, sans méconnaître sa vraie nature.
Cependant, il est facile de voir que la théologie, comme science positive et historique, demande une base scientifique plus générale ; car la simple exposition du symbole chrétien et des faits historiques qui s'y rattachent, ne répond pas suffisamment aux exigences d'une époque de doute et de critique. Si donc la théologie aspire à demeurer une science proprement dite, il faut qu'elle prenne pour base certains principes généraux, qui, en s'appliquant à son contenu tout entier, rélèveront à une forme rigoureusement scientifique, bien qu'il soit hors de doute que les vérités religieuses ne perdent rien ni de leur efficacité, ni de leur autorité, pour n'avoir point été données aux hommes sous une forme savante et méthodique.
Il faut donc chercher un fondement, une base scientihque à la théologie. Cette base est nécessairement philosophique, car la philosophie est la science des premiers principes, des vérités nécessaires, sur lesquelles reposent toutes les sciences sans aucune exception. On pourrait donc appeler la science déduite de ces principes généraux, une philosophie du christianisme, si cette dénomination ne donnait lieu à un malentendu. En effet, elle semblerait plutôt convenir à une exposition rationnelle des dogmes chrétiens, soit au point de vue de leur parfaite convenance avec les besoins de l'esprit et du cœur, soit au point de vue de leur enchaînement systématique. Il vaut donc mieux donner à cette science générale le nom de philosopjhie de la révélation. Elle n'a point pour objet un dogme en particulier, ni l'ensemble des dogmes ou le symbole de la foi, mais l'idée elle-même de la révélation, le caractère essentiel d'une donnée révélée , condition absolue de tout vrai christianisme. L'idée de la révélotion précède en effet
toute vérité révélée; car, pour qu'une révélation ait lieu Je fait, il faut qu'elle soit logiquement possible. Cette idée est donc le fondement et la base de toute espèce de science théologique, et le point de départ de tout procédé méthodique.
Or, la philosophie de la révélation nous semble contenir deux parties distinctes : une partie spéculative et une partie pratique. La première est consacrée à l'analyse de l'idée de ]a révélation, du rapport de cette idée avec la religion, du but général et particulier d'une révélation, du surnaturel, du miracle, de l'inspiration, de la prophétie, et enfin de la possibilité de l'accord entre la raison et la révélation. Elle peut donc s'appeler la Théorie générale de la révélation. La seconde partie applique l'idée de la révélation aux faits historiques; elle suit l'histoire de la religion parmi les hommes, passe en revue les principales religions, et en fait la critique, au moyen des conditions posées dans la théorie générale. Elle pourrait donc s'appeler la Philosophie de la religion.
Mais si l'on vient à considérer le christianisme dans ses rapports avec les autres religions, on trouve que la critique de ces religions, l'histoire de leur opposition au christianisme, la nécessité absolue de séparer nettement la vraie religion de toutes les superstitions, erreurs , fausses croyances , qui ont usurpé le titre de religions révélées, renferme nécessairement Fidée d'une défense et d'une apologie de la vraie religion. En effet, si l'on suit le développement historique de la révélation, on la voit constamment exposée à des oppositions et à des attaques, qui la forcent d'engager la lutte avec les fausses religions et les fausses doctrines, et à donner à la philosophie de la révélation une forme défensive et offensive tout à la fois.
Il y a donc là l'objet parfaitement déterminé d'une science théologique, ainsi que l'indication de ses principales parties. Cette science est l' Apologétique; et, si l'apologie est aussi ancienne que le christianisme, l'apologétique est une science nouvelle, qui a pour objet les principes généraux de la défense des vérités révélées. Elle commence par analyser les idées de religion et de révélation, afin d'en tirer une théorie générale ; elle entre ensuite dans le domaine de l'histoire , signale les oppositions qui existent entre les diverses religions, étudie en particulier le paganisme et le judaïsme, et en leur appliquant les critères généraux de la vraie religion, elle démontre que le christianisme seul peut à bon droit revendiquer ce titre.
Après avoir examiné les caractères généraux du christianisme, rapologéti«[ue établit qu'il est la religion réparatrice, apportant aux hommes la rédemption par Jésus-Christ; et comme Favénement de l'Homme-Dieu est un fait historique, et que l'œuvre qu'il a fondée parmi les hommes doit durer et se perpétuer, il faudra déterminer quelles sont les institutions que le Christ a établies pour le représenter, et par quels caractères on les peut reconnaître. Elle comprendra donc un traité de la révélation, un traité de la religion chrétienne et un traité de l'Eglise catholique.
Il nous reste à indiquer d'où cette science tire ses principes, et comment elle les met en œuvre.
Il est évident que, puisqu'elle est une science générale de la religion, l'apologétique doit prendre ses principes dans cette partie de la philosophie que l'on appelle théologie naturelle ou théodicée. Mais, comme l'analyse rationnelle de l'idée de Dieu et de ses rapports avec le monde ne saurait rien nous apprendre sur la connaissance d'aucune religion en particulier, l'apologétique doit recueillir les faits dont elle s'occupe dans l'histoire de la religion parmi les hommes. Elle fera donc une étude sérieuse et profonde du paganisme, du judaïsme et du christianisme, afin de donner la loi de tous ces faits, et d'en expliquer la production. L'objet et le but de l'apologétique lui assignent le premier rang parmi les sciences théologiques; et si l'on considère les immenses travaux de la critique, l'appréciation judicieuse des résultats scientifiques, la vaste érudition tant sacrée que profane qui sont nécessaires à l'apologétique moderne, on comprendra facilement combien il faut réunir de rares qualités pour traiter cette science ainsi qu'il convient à son objet.