‹ Essai sur la méthode dans les sciences théologiquesChapitre 16 sur 29 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Si l'on considère les dogmes chrétiens comme un enchaînement de vérités révélées, rigoureusement et logiquement déduites les unes des autres, on arrive à déterminer rohjet d'une science théologique spéciale, appelée dogmatique qui comprend d'abord une classification des dogmes, puis une exposition des preuves théologiques et rationnelles sur lesquelles ils peuvent être appuyés.

La classification des dogmes n'est point arbitraire, mais elle se trouve toute faite dans le symbole de la foi (1). Il est à remarquer que la formule proposée à la croyance des plus simples fidèles satisfait à toutes les exigences scientifiques; elle distribue toutes les vérités dogmatiques dans les trois grandes opérations ad extra, la création, la rédemption et la sanctification, attribuées aux trois personnes divines, sans omettre au préalable de rappeler tout ce que la révélation et la raison nous apprennent sur la nature de Dieu, et sur le mystère ineffable de la sainte Trinité.

La méthode d'exposition des vérités dogmatiques est tantôt analytique, tantôt synthétique, tantôt l'une et l'autre à la fois. Lorsque l'esprit scientifique commence par l'étude des faits et des témoignages , les classe d'après leurs caractères , les généralise, et s'élève à la conception d'une vérité générale, qui est la synthèse exacte, l'expression correcte des éléments analysés, la marche est analytique. Cette méthode convient surtout aux dogmes matériels, c'est-à-dire à ces vérités qui, bien que fondées clairement sur la parole de Dieu, n'ont point encore été formulées d'une manière définitive par l'autorité de l'Eglise : telle est, par exemple, la doctrine concernant les

(1) Gat. ROM., part. I, cap. 1, qwest. 4. In très potissimum partes distributiim argumentiim videtiir, ut in una divinœ naturœ prima persona et mirnm creationis opus describatur ; in altéra , secimda persona et Redemptionis mysterium; in tertia, tertia item persona, caput et fons sanctitatis nostrie, variis et aptissimis sententiis concludatur. .

anges. Au contraire, quand on part d'une vérité dogmatique déjà délinie par l'Eglise, et que l'on en déduit, par voie de conséquence logique, d'autres vérités particulières, qui ont aussi leurs fondements et leurs preuves dans les monuments de la révélation, on procède synthétiquement et par le raisonnement déductif. Cette méthode convient davantage à l'exposition des dogmes formels et aux articles de foi. Les dogmes formels sont ceux qu'une agression hérétique a essayé d'ébranler, et que l'Eglise a solennellement définis : tels sont les dogmes du péché originel, de la justification, des sacrements, etc. Quelquefois, il faut réunir les deux procédés, et montrer l'accord parfait des faits et des raisonnements sur un même point de doctrine.

Mais l'exposition des dogmes ne saurait se contenter de passer en revue les éléments révélés sur lesquels ils sont appuyés, elle met en une pleine lumière les preuves rationnelles, les arguments de convenance, les relations qui existent entre les lois de l'ordre surnaturel et celles de l'ordre naturel; elle vise, en un mot, à donner l'intelligence des choses de la foi. Cette méthode est suffisamment autorisée par l'exemple des saints Pères, et elle a toujours été provoquée et encouragée par l'Eglise (1). Elle a pour résultat une connaissance des vérités révélées bien supérieure à la foi simple et spontanée, bien qu'elle soit inférieure à la claire vision. Sans supprimer ni diminuer le mérite de la foi, elle éclaire l'intelligence, attache plus fortement l'esprit à la vérité divine, et met aux mains des fidèles des armes pour la défendre.

La théologie dogmatique est gouvernée par certains principes régulatifs qui découlent de la nature de son objet, et des limites de l'esprit humain. En voici quelques-uns : 1" toute recherche scientifique sur les dogmes doit partir de la formule proposée par l'Eglise; 2'' aucune spéculation, légitimement conduite, ne peut abandonner, comme le dit saint Augustin, le sentier de la foi; 3'' tout travail de l'esprit humain sur les vérités révélées ne saurait avoir pour but de déposer la foi ou d'en démontrer la fausseté. L^ne pareille tentative implique le doute ou la négation de l'objet même de la

(1) AuG., ep. cxx ad Consent. Absit ut ideo credamus, ue rationem accipiamus aut qureramus. — Cf. Axselm., Cur Deus homo, cap. 1; negligentin mihr videtur, si poslquam coiifirmati riuiiius in tide, non studemus, quod crediniiis intpHisere.

science. La critique du théologien philosophe, aussi hardie qu'elle soit, doit se proposer un hut noble et élevé, l'accord de la raison avec la foi, rafferniissenient du lien intime et solide qui doit rattacher l'esprit humain à l'auteur de toute vérité soit naturelle, soit révélée. Toute autre critique conduit au scepticisme et à la négation de la foi; 4" il n'est pas moins évident que le théologien philosophe ne saurait considérer comme sérieuse une théorie scientifique quelconque , qui serait en contradiction formelle ' avec une vérité révélée. L'auteur de la raison, dit Leibnitz, ne saurait contredire l'auteur de la foi; S*" enfin, le meilleur moyen de se préserver de toute témérité, dans cette délicate matière, est de se rattacher étroitement à la tradition, de ne point viser à replacer la science sur de nouvelles bases, à la reconstituer sur un plan tout-à-fait nouveau; il faut, au contraire, reprendre toute question au point où le passé théologique Ta laissée, et combiner harmonieusement, dans le travail que l'on poursuit, les éléments anciens avec ceux que fournit la spéculation moderne. Donnons maintenant un aperçu rapide des matières renfermées dans la Dogmatique, en nous préoccupant surtout de faire ressortir le lien qui en unit les diverses parties.

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