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LA SUITE DES DOGMES CHRÉTIENS

Les dogmes chrétiens sont des vérités sur la nature divine ou sur les créatures de Dieu, ou sur les relations qui unissent les créatures à Dieu. Mais, comme les créatures ne sont que des manifestations visibles des perfections invisibles du Créateur, il est clair qu'en définitive, toutes les vérités dogmatiques ont Dieu pour centre unique. Or, ainsi que nous l'avons dit plus haut. Dieu n'est connu que par le Christ, c'est par lui que nous sont révélées les incompréhensibles profondeurs de l'Etre divin, c'est par lui aussi que nous arrivons à une vraie connaissance de nous-mêmes, et de nos vraies relations avec les choses extérieures et avec Dieu. D'un autre côté, la vérité révélée par Jésus-Christ ne nous est connue que par l'Eglise; c'est donc la doctrine de l'Eghse que l'on doit suivre en cette sublime matière, et avoir soin de ne point s'écarter de l'ordre qu'elle établit entre les vérités.

§ I. — De Dieu et de ses attributs.

Dieu existe, et la raison peut démontrer cette vérité. La révélation nous apprend que nous sommes faits à l'image de Dieu. Il n'y a qu'un seul Dieu, et le polythéisme est aussi erroné que l'athéisme. Ce serait peu de savoir que Dieu existe, si l'on ne pouvait connaître ses infinies perfections. Il faut donc étudier les attributs divins. Il y en a deux classes, les uns écartent de fausses conceptions sur la nature de Dieu, les autres sont des perfections positives, des attributs intellectuels et moraux, nécessairement renfermés dans l'idée de Dieu. C'est en se plaçant à ce point de vue qu'il faut étudier les différents noms que la raison et la révélation donnent à Dieu. Or, Dieu est l'Etre absolu, et il se manifeste surtout comme absolue Puissance, comme souveraine Intelligence, et comme Amour infini. Comme Etre absolu, il est un, simple, immuable, éternel, immense. Comme Puissance absolue, Dieu est la Cause première, l'Etre nécessaire, l'Etre premier et suprême, la Force absolue et le Moteur premier ; il y a en lui volonté, liberté, indépendance absolue. Comme Intelligeuce absolue, Dieu est la souveraine Vérité objectivement et subjectivement. Il a la toute-science, c'est-à-dire la connaissance spéculative et pratique de toutes les choses possibles , nécessaires, libres, passées, présentes et futures. Il y a en lui une souveraine sagesse et une véracité absolue. Comme principe de l'amour et de la vie absolue, Dieu est immortel, se suffisant à lui-même, parfaitement heureux, souverainement bon, naturaliter bonus, souverainement bienfaiteur, moraliter bonus, ami de la nature humaine, relative bonus [Tit., m, 4), infiniment saint, juste, fidèle, doux et miséricordieux.

§ II. — De la sainte Trinité.

Mais en confessant l'unité de la nature divine, l'Eglise proclame la trinité des personnes, le Père, le Fils et le Saint- Esprit. Ces trois personnes subsistent dans une seule et indivisible nature. Elles ne sont point trois dieux, mais un seul Dieu, elles sont coéternelles, consubstantielles; elles ont chacune toutes les propriétés de la nature divine. Cependant, elles sont distinctes de l'essence divine, tout en y participant,

et distinctes entre elles. Cette distinction des personnes n'est point extérieure, mais intérieure, point simplement formelle, mais réelle, bien qu'on ne puisse pas l'appeler une différence substantielle. Ainsi, dans l'unité de la substance divine, il faut affirmer la trinité des personnes, et dans la trinité des personnes, il faut affirmer une môme nature et une même divinité.

On doit joindre à l'étude du mystère de la sainte Trinité les raisons pliilosopbiques qui sont propres à persuader l'esprit ; elles se tirent des diverses analogies que nous trouvons, soit dans l'ordre métaphysique, soit dans l'ordre des réalités, et qui montrent l'extrême convenance de ce mystère, soit avec les lois de la raison, soit avec les conditions fondamentales des êtres créés.

§ III. — De la création du monde.

Après avoir étudié la nature divine en elle-même, il faut la considérer dans ses opérations extérieures. Ces opérations, qui sont entièrement libres, et qui manifestent d'une manière plus excellente un grand nombre d'attributs divins, se ramènent toutes à un dogme central, l'incarnation du Verbe. Quelle que soit l'opinion qui prévale au sujet des causes de l'incarnation; que l'on admette qu'elle est fondée sur un décret de miséricorde subordonné à la chute de l'homme, ce qui est l'opinion de saint Augustin et de saint Thomas; ou qu'elle eût eu lieu, quand même le péché n'aurait pas été commis, il esl certain que toutes les œuvres extérieures de Dieu sont récapitulées en Jésus-Christ, et que toutes les vérités dogmatiques se rapportent à l'incarnation préparée, à Fincarnation accomplie, et aux conséquences de ce mystère, tant pour l'humanité que pour le reste de l'univers.

La création du monde peut très-bien être considérée comme une préparation à l'incarnation. Dieu créa le monde par un acte libre et pour sa gloire; ce but n'exclut point la félicité des créatures appelées à l'existence. Le monde n'est point de la substance de Dieu, mais il est tiré du néant, conduit et gouverné par la divine Providence. Le monde créé est, relativement aux fins que Dieu s'est proposées, le meilleur possible. Il y a uwQ première création, c'est-à-dire un acte initial par lequel toutes choses ont été tirées du néant, et une création

seconde, qui consiste dans l'ordonnance des choses créées. Cette dernière a duré û^ jours.

Le monde est composé de trois espèces d'êtres, de purs esprits, d'êtres matériels et d'une créature intermédiaire, l'homme qui montre, dans sa nature, l'étroite union de l'esprit avec la matière.

Les êtres créés sont conservés à l'existence par la divine Providence, dont l'action est une création continue en un certain sens. Le gouvernement de la Providence n'entrave point la hberté des créatures raisonnables. L'action providentielle maintient les lois de la nature, conserve les genres et les espèces, conduit les êtres à leur fin, et, par conséquent, les prédestine. Cette prédestination établit des degrés dans les êtres, et si Dieu peut sauver des créatures sans mérites de leur part, parce qu'il e.U bon, il ne peut les condamner sans démérites, parce qu'il est juste. L'opinion des thomistes sur la prédestination fait surtout ressortir la dépendance des créatures, tandis que l'opinion des molinistes exalte la liberté humaine dans son concours avec la errâce divine.

§ lY. — Des anges et de l'homme.

Dieu communique une vie supérieure et excellente par le don gratuit de sa grâce, qu'il fait aux anges et aux hommes. Les anges ne sont point tous demeurés fidèles, et il y a de mauvais esprits. L'homme, placé dans un état de sainteté et de justice surnaturelles est tombé après une tentation, de sorte qu'une rédemption était nécessaire pour le relever. Par son péché, l'homme a perdu la sainteté, la grâce et la justice originelles, il a été condamné aux misères de cette vie et à la mort. Les rapports entre l'homme et Dieu ont pris, depuis la faute primitive, un autre caractère, le caractère d'une expiation. Tous les hommes naissent souillés par le péché d'origine, et privés de la grâce sanctifiante. L'existence du péché originel et sa propagation dans le genre humain peuvent seules expliquer la condition présente des descendants d'Adam. On a imaginé plusieurs théories pour expliquer la propagation du péché originel, aucune n'est pleinement satisfaisante. C'est dans une étude sérieuse des actes de la justification qu'il faut chercher une solution. Par suite du péché originel, il n'y a point dans l'homme une perversité radicale, et tous sont

susceptibles d'être rachetés et régénérés. On ne peut assez admirer la conduite de Dieu, par rapport à la race humaine après le péché. Il laisse une partie de l'humanité marcher librement dans ses voies, et le règne du péché s'établit dans le monde. C'est le paganisme. La corruption de ces temps est profonde, et cependant la lumière des vérités religieuses et morales ne cesse pas de luire dans les ténèbres. Les Juifs sont placés sous une discipline toute spéciale, et préparent l'avénement de la rédemption. Le culte mosaïque avait un caractère prophétique et transitoire. Cependant, l'état moral et religieux des Juifs et des païens rendait nécessaire, à un moment donné, la venue du Messie, qui avait été promis dès le commencement du monde.

En la plénitude des temps, le Rédempteur promis naît d'une vierge à Bethléem, dans la tribu de Juda, sous le règne de l'empereur Auguste. Il faut étudier en particulier sa personne, son œuvre, et le mode selon lequel il opère le salut des âmes.

§ V. — De la personne du Rédempteur.

Le Rédempteur est vrai Dieu et vrai homme. Des preuves nombreuses et invincibles établissent la divinité de Jésus- Christ. Ses affirmations sur lui-même, ses miracles, les prophéties qui le concernent, sa vie, sa mort, sa résurrection, son ascension, toutes ces choses démontrent que Jésus-Christ est véritablement Dieu. De la nécessité de l'incarnation, il suit que l'humanité ne pouvait se racheter elle-même, et que ses mérites, quels qu'ils eussent pu être dans l'avenir, étaient insuffisants pour la faire rentrer en grâce avec Dieu. Jésus- Christ, vrai Fils de Dieu, est encore vrai ffis de l'homme. Son humanité n'est pas moins réelle que sa divinité. Il a une âme raisonnable, libre, immortelle; il est passible, c'est-à-dire exposé aux souffrances, mais il est exempt de tout péché, de toute concupiscence qui vient du péché, il est l'idéal de la perfection morale. Cette vérité n'est pas moins importante que la précédente, car elle rend possible la médiation de Jésus-Christ.

En Jésus-Christ, la nature divine et la nature humaine sont hypostatiquement unies. Il n'y a en lui qu'une seule personne, bien qu'il y ait deux natures; une seule conscience, un seul et même moi, dans lequel le Christ se connaît à la fois comme

Dieu et comme homme, et affirme avec la même vérité qu'il est Dieu et qu'il est homme. Toutefois, dans cette unité de la personne du Christ, il faut reconnaître la distinction et la différence des deux natures; d'une part, tous les attributs et toutes les perfections de la nature divine ; de l'autre, toutes les facultés et toutes les opérations de la nature humaine. Il suit de là que la vierge Marie est mère de Dieu, et qu'ainsi, il convenait parfaitement qu'elle fut, comme elle l'est en eJBFet, conçue immaculée, c'est-à-dire exempte du péché originel. Une autre conséquence de l'union hypostatique, c'est que la rédemption du genre humain a une valeur absolue, et que, par conséquent, elle élève l'humanité bien au-dessus de ce à quoi elle pourrait prétendre, en vertu des lois de sa nature.

§ YI. — De l'œuvre du Rédempteur.

L'œuvre du Rédempteur n'est pas autre chose que la manijestation des trois grands caractères du Messie. Le Messie devait être le Prophète, le Roi et le Prêtre par excellence. Jésus-Christ est le Docteur des hommes, et sa doctrine, considérée sous le rapport des preuves qui l'établissent, des vérités qu'elle contient, des actes qu'elle impose, satisfait à toutes les exigences possibles. Elle est lumière pour l'esprit, remède pour le cœur, force pour la volonté. Comme souverain Prêtre, Jésus-Christ réconcilie les hommes avec Dieu. Il est le seul et unique médiateur, offre le vrai et réel sacrifice, expie les péchés du monde, et donne à Dieu une satisfaction surabondante. De là, il suit que nous avons en Jésus-Christ un fonds inépuisable de biens spirituels et de mérites, tant pour nous que pour les autres, auxquels il nous est donné de participer.

Cette théorie de la rédemption a d'abord été dénaturée par les sectes manichéennes et gnostiques, qui ont nié la vérité du corps de Jésus-Christ, sous le prétexte que la matière est un principe mauvais. Les pélagiens et les rationalistes ont nié la nature du péché, et par suite la nécessité d'un rédempteur qui fut Dieu. Enfin, d'après les conceptions panthéistes qui ont la prétention d'être chrétiennes, le Christ est venu réconcilier l'homme avec Dieu, c'est-à-dire apprendre à l'homme qu'il est identique à Dieu, mais que, dans la condition présente où règne la limite et le péché, l'absolu qui n'existe que dans et par les individus, arrive à avoir conscience

do lui-même, et nie, par le Christ, la limite et le péché, qui sont des obstacles à l'identité du fini avec Finfini.

Enfin le Christ est Uoi, et sa royauté est absolue dans les cieux, sur la terre et au-dessous. Il est le maître absolu de toute la nature, il est le prince de la paix, l'auteur de notre résurrection future, le juge souverain des vivants et des morts. L'humanité lui est entièrement soumise, il lui a donné des lois dans le code de la nouvelle alliance, et il intercède constamment pour elle en sa qualité de suprême médiateur.

§ VII. — Des fruits de la Rédemption.

Les fruits de la rédemption, ainsi que nous l'avons dit, sont les bienfaits que Dieu nous dispense en vue des mérites de Jésus-Christ. Ces dons et secours surnaturels, accordés à la nature raisonnable seule, et par le bon vouloir de Dieu, se nomment grâces. Il y en a de plusieurs espèces, il importe de distinguer surtout entre la grâce habituelle et la grâce actuelle, entre la grâce sanctifiante, les vertus infuses et les dons du Saint-Esprit, entre la grâce efficace et la grâce suffisante. La grâce nous est absolument nécessaire dans la condition présente pour accomplir toutes les prescriptions de la loi, soit naturelle, soit positive. Elle nous prévient, et c'est par elle que nous sommes justifiés, c'est-à-dire, rendus justes et saints de pécheurs que nous étions. La grâce est donnée à tous, mais non point d'une manière égale. Elle s'applique à toutes les puissances de l'âme; elle éclaire l'entendement, purifie le cœur et les afî"ectionSj soutient la volonté et fonde en nous de vrais mérites.

Il y a eu de longs débats sur les rapports de la grâce divine avec le libre arbitre. En principe, il faut affirmer des vérités démontrées, quelle que difficulté que l'on éprouve à les concilier entre elles. Les pélagiens et les sémi-pélagiens ont en général confondu la grâce avec la nature; les thomistes, et, plus tard, les jansénistes, ont exagéré l'efficacité de la grâce et atténué le libre arbitre ; les scotistes et les molinistes ont fait ressortir la valeur des déterminations de la volonté, jusqu'à subordonner entièrement les décrets divins aux résolutions de l'homme. La vérité n'est point dans ces extrémités.

L'incarnation du Yerbe étant devenue, par suite du péché, l'œuvre de la rédemption, il fallait, après la rédemption of-

ferte par Jésus-Christ, un ensemble d'institutions solides et durables, qui fussent parfaitement appropriées à l'application des mérites de Jésus-Christ à tout le genre humain. Ici se présentent l'institution de l'Eglise, l'action de l'Eglise dans l'humanité, et enfin la consommation de toutes choses à la fin des temps.

§ VIII. — De l'institution de r Eglise.

Dieu avait pourvu, dès l'origine, au maintien et à la conservation de la vérité révélée parmi les hommes. Mais, depuis la révélation faite par Jésus-Christ en personne, une institution spéciale était nécessaire. Jésus-Christ a donc établi son Eglise. L'Eglise n'est pas autre chose que le Christ continué et étendu à toute l'humanité. Comme Dieu, le Christ envoie le Saint- Esprit à son Eglise. Cet Esprit descend sur les apôtres au jour de la Pentecôte, et manifeste constamment sa présence dans l'Eglise. Il conserve et développe la vérité révélée, répand la grâce dans le cœur des fidèles, et anime le corps entier de l'Eglise. Comme homme, Jésus-Christ est représenté par l'apostolat. C'est un fait incontestable que, dans l'Eglise de Jésus-Christ, certains hommes sont spécialement choisis pour être ses organes et ses représentants. Cette institution de Jésus- Christ s'étend à tous les temps. Nous voyons, dans la primitive Eglise, la primauté sur les autres apôtres donnée à saint Pierre. Les apôtres s'adjoignent des Anciens ou Prêtres, et des 3Iinistres ou Diacides. Dans l'âge qui a suivi, l'histoire nous présente un développement complet de la hiérarchie. L'évêque de Rome, successeur de saint Pierre, est le vicaire de Jésus- Christ, les évêques succèdent aux apôtres, les prêtres et les ministres inférieurs travaillent avec eux dans le ministère des âmes, et composent le corps du clergé, ou l'Eglise enseignante. Enfin, comme Dieu-Homme, Jésus-Christ est représenté dans l'Eglise par l'union intime et la fusion perpétuelle des deux agents dont nous venons de parler, le Saint-Esprit d'une part^ et les organes de Jésus-Christ de l'autre. De cette fusion résulte l'unité de doctrine, l'unité de sacerdoce et de ministère, et l'unité de gouvernement. Ces différents attributs caractérisent l'Eglise de Jésus-Christ, et la font reconnaître entre toutes les autres sociétés religieuses. Elle est une, sainte, universelle, apostolique. Elle n'est point, par conséquent^ une

institution abandonnée au bon plaisir ou au libre choix des hommes, elle est une société dans laquelle il faut nécessairement entrer pour avoir la justification et le salut.

§ IX. — De l'action de l'Eglise dans l'humanité.

Mais si nous considérons l'action de l'Eglise parmi les hommes, nous verrons qu'elle se renferme tout entière dans le ministère prophétique, sacerdotal et royal de son fondateur. A l'exemple de Jésus-Christ, l'Eglise enseigne, et son enseignement est infaillible. Elle ne saurait se tromper ni errer en aucune façon, quand elle décide des questions de foi, de mœurs ou de discipline générale. Elle puise ses décisions aux sources de l'Ecriture sainte et de la tradition, et est assistée par le Saint-Esprit. Toutefois, cette infaillibilité n'est point un privilège accordé à chaque fidèle ni à chaque évêque, mais au corps des pasteurs uni à son chef. Si l'Eglise a pour mission et pour privilège de dispenser aux fidèles la vérité sans aucun mélange d'erreur, il s'ensuit que les fidèles ont le devoir d'écouter l'Eglise et de lui obéir.

A l'exemple de Jésus-Christ, l'Eglise exerce aussi le ministère sacerdotal, elle est établie pour la dispensation des choses saintes. On en distingue surtout de trois espèces, qui constituent le fond et la substance du culte chrétien. Il y a d'abord dans l'-Eglise un sacrifice vrai et réel, parce qu'il est la représentation, sous une forme mystique, du sacrifice du calvaire. Il y a en outre sept sacrements, signes efficaces de la grâce, et institués par Jésus-Christ pour tous les besoins de la vie spirituelle. Enfin, il y a des actes religieux réglés par les liturgies^ offices, prières publiques, bénédictions, dont l'efficacité dépend de la sainteté du ministre et des dispositions de ceux qui les accomplissent.

Dans son humilité profonde, Jésus-Christ n'en était pas moins le Roi des rois et le Seigneur des seigneurs. L'Eglise doit donc aussi représenter la royauté de Jésus-Christ. Elle existe comme une société indépendante du pouvoir temporel, et elle a le droit imprescriptible d'accomplir librement sa mission. Elle est absolument souveraine en toutes les choses qui sont du domaine de la vie spirituelle. Evidemment elle ne saurait renverser ce que Dieu lui-même a institué ; car servir Dieu, c'est régner; mais elle interprète et applique la loi

divine, prononce en quel cas on est lié, absout et remet les péchés, fait des lois disciplinaires, administre et juge, même dans le for extérieur.

Telle est l'action vitale et organique de l'Eglise pendant toute la durée de l'humanité, et jusqu'à la consommation des siècles. Il faut voir en dernier lieu comment cette fin de toutes choses est préparée dans le temps avant qu'elle s'accomplisse dans l'éternité.

§ X. — De la fin de ïliomme dans le temps.

La vie humaine, dirigée selon les prescriptions de l'Eglise, nourrie dans la vérité, confirmée par la grâce, transformée par les sacrements, représente la vie parfaite, la bonne vie. Au contraire, le mépris de l'Eglise et de la vérité qu'elle enseigne, l'abus des grâces de Dieu, la profanation des sacrements caractérisent la vie mauvaise, la vie du péché. Chacune de ces deux vies prend fin pour l'individu, dans le temps, pour l'humanité, à la iin des temps.

La fin de l'individu dans le temps est marquée par la mort, c'est-à-dire par la séparation temporaire de l'âme d'avec le corps. Toute la descendance d'Adam est soumise à la nécessité de mourir, et avec la mort cesse la possibilité de mériter ou de démériter. Après la mort, le jugement de Dieu fixe les destinées de l'âme immortelle, et immédiatement les justes reçoivent dans le ciel la suprême béatitude, tandis que les méchants subissent la damnation dans l'enfer. Enfin, ceux d'entre les justes qui n'étaient pas entièrenient purifiés, achèvent de satisfaire à la justice divine dans un état intermédiaire appelé jowr^a^ozVe.

§ XL — De la communion des saints.

Il faut remarquer qu'il existe une communion des saints, c'est-à-dire une relation spirituelle, une solidarité pleine de dévouement entre les fidèles qui smit sur la terre, les saints du ciel et les âmes du purgatoire. Les saints intercèdent pour leurs frères auprès de Dieu, et par conséquent, il est bon et utile d'honorer les saints et de vénérer leurs reliques. Quant à nous, nous pouvons soulager ceux qui souffrent en purgatoire par nos prières, par nos bonnes œuvres, et surtout par Toblation du saint sacrifice de la messe.

§ XII. — De la consommation de toutes choses dans l'éternité.

Mais riiunianité qui aspire au souverain Bien, et qui ne peut ici-bas le posséder pleinement, aura une fin comme l'individu. Il y aura donc une fin du monde et une consommation des siècles. Ce moment terrible, qui est connu de Dieu seul, aura pourtant des signes précurseurs. Le monde visible ne sera pas réduit au néant, car Dieu n'a pas créé pour anéantir, mais il sera restauré dans une forme parfaite et durable.

Dans l'intervalle de la première et de la dernière catastrophe, aura lieu la résurrection des morts, c'est-à-dire la restauration des corps des hommes dans leur union avec l'âme immortelle. Tous les hommes ressusciteront sur l'ordre du Christ et par l'opération du Saint-Esprit. Les corps des ressuscites seront identiquement les mêmes que les corps actuels, quant à la substance, mais ils seront de forme différente et dans un état proportionné aux mérites de chacun.

Enfin, au momerit fixé par le Père, à l'appel du Fils et par l'opération toute-puissante du Saint-Esprit, tous les hommes seront appelés au jugement de Dieu. Ce jugement dernier est le complément du plan providentiel, et l'achèvement des desseins de Dieu sur l'humanité. Il sera rendu par l'Homme-Dieu en la compagnie de ses élus. La rétribution assignée par le souverain juge aux mérites et aux démérites des hommes sera éternelle, et Dieu régnant avec ses élus sera à jamais tout en tous.

Telle est, d'après le docteur Dieringer, la classification la plus méthodique des dogmes chrétiens. Mais il est superflu d'ajouter que là ne se borne pas le travail de la dogmatique. Elle a d'abord pour objet de donner une énumération complète et un enchaînement bien ordonné des vérités dogmatiques; puis, sans se rendre solidaire d'aucun système philosophique, elle doit, autant que possible, conduire l'esprit à une plus complète intelligence des dogmes, en conservant scrupuleusement la plénitude, l'intégrité et la majesté de la foi (1). On

(1) Vincent. Lirin., Commonit., cap. 28. Accipiant licet dogmata evidentiam, lucem, distinctionem, sed retineant necesse est plenitudinem, integritaleiu, proprietatem.

voit par là ce qu'il est nétessaire de modifier, dans la méthode suivie pendant les seizième et dix-septième siècles. La théologie dogmatique n'est ni une controverse, ni une histoire des dogmes, ni un ensemble de thèses ou dépositions qu'il importe simplement d'appuyer sur les textes des saintes Ecritures et sur les témoignages de la tradition. Une bonne exposition des dogmes demande, au temps présent, des connaissances philosophiques sérieuses et profondes. Le théologien doit prendre pour modèles de ses recherches sur les dogmes les travaux des grands docteurs de l'Eglise, tels que saint Augustin, saint Anselme, saint Thomas, et se bien persuader que les études psychologiques présentent des résultats d'une valeur incontestable pour la théologie. N'est-il pas vrai, ainsi que l'a dit Bossuet, que la connaissance de nous-mêmes doit nous élever à la connaissance de Dieu, et que, d'un autre côté, les mystères de Dieu ont de frappantes analogies et d'admirables convenances avec les lois de la nature humaine? C'est donc en suivant cette voie, ainsi que l'ont fait de grands théologiens parmi les modernes, que l'on fera accomplir à la méthode de la théologie dogmatique les progrès dont elle est susceptible à l'époque présente.

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