MORALE CHRÉTIENNE
Introduction.
On appelle mœurs en général , mos, vi^oç, la manière d'agir habituelle d'un être raisonnable. La. Morale ou Ethique a donc pour objet d'étudier l'action dans ses principes, ses conditions, ses formes diverses, son but et sa fin. Cette science repose sur l'idée du bien, qui est la loi suprême de l'action, et qui n'a d'autre objet que Dieu, car Dieu est le souverain Bien. La morale est donc une science théologique. Toutefois la morale chrétienne, qui se propose de déterminer quelle est la forme parfaite des mœurs, d'après l'idéal montré en Jésus-Christ, ne se place pas. comme la morale philosophicjue, à un point de vue purement rationnel, elle se pénètre des éléments chrétiens, et s'efiforce d'expliquer scientifiquement les faits de l'humanité, régénérée par le christianisme et conduite par l'Eglise catholique.
Quant à la forme de la science en question, il faut reconnaître qu'un système de morale contient certains éléments essentiels, invariables, immuables, universels, et certains autres qu'il faut puiser dans l'expérience et dans l'histoire. L'entendement humain faisant un continuel effort pour saisir plus intimement l'objet de la science, et pour en trouver une expression de plus en plus exacte, il est clair qu'il y a un développement et un progrès constant dans la conception d'un système de morale chrétienne.
Ainsi, pour acquérir une pleine connaissance de la matière complète de la morale chrétienne, il faut étudier la suite des développements de celte science, et considérer la vie de l'Eglise,
OU riiistoire du royauuie de Dieu, comme une manifestation éclatante des faits moraux de l'humanité. Nous serons aussi conduits par le même procédé à trouver la forme la plus appropriée à un système de morale chrétienne, car l'observation nous montrera aux diverses époques de l'histoire de l'Eglise, et selon la diversité des lieux et des individus, une forme de morale qui n'était que le reflet lumineux dans la conscience humaine de l'objet même de la science. Il sera donc possible de trouver la vraie forme de la morale après avoir étudié l'histoire de cette science, et observé les données de la conscience chrétienne au temps passé comme au temps présent.
Il reste enfin à tracer le plan d'un système de morale chrétienne, et à mettre sous les yeux l'enchaînement rigoureux qui en unit les diverses parties. Or, l'idée fondamentale et le but de la morale chrétienne est la ressemblance de l'homme avec le Christ. Comme le Christ est Dieu et homme tout à la fois, le théologien trouvera dans la connaissance de Jésus- Christ la dialectique de l'idée du bien , l'analyse des conditions nécessaires à la réalisation du bien, ainsi que la forme expérimentale et rationnelle des vertus et des devoirs. De là, une conception systématique de la morale chrétienne doit comprendre tout d'abord une Doctrine des Biens, c'est-à-dire l'analyse de l'idée du bien, et l'étude des conditions au moyen desquelles le bien peut être accompli. Cette étude n'est pas autre chose que la recherche des lois de l'organisation morale de l'homme et de l'humanité.
En outre, comme c'est un des grands principes du christianisme que tout ce qui est arrivé à Jésus-Christ doit se passer dans l'âme et dans le corps de chaque chrétien ; et de même que Jésus-Christ a souffert, est mort, est ressuscité et est monté au ciel, où il est assis à la droite de Dieu son père , ainsi, le corps et l'âme doivent souffrir, mourir, ressusciter et monter au ciel (Pascal); il s'ensuit qu'un système de morale chrétienne doit rechercher comment les lois générales de l'ordre moral, qui ont été exposées dans la doctrine des biens, arrivent à leur pleine réalisation dans une âme humaine, formée sur le modèle de Jésus-Christ, qui est l'idéal des mœurs. Il comprendra donc une deuxième partie que l'on peut appeler la Doctrine des Vertus.
Enfin, comme il ne suffit pas de considérer la personne morale agissant au-dedans d'elle-même et sur elle-même pour
la réalisation du bien, mais de la suivre dans ses opérations extérieures et dans ses œuvres proprement dites, il est nécessaire de compléter les deux premières parties par une troisième, qui contiendra la Doctrine des Devoirs, où Ton étudiera la double série de rapports i\jiQ soutiennent les facultés de la personne morale, dès qu'elles entrent en exercice.
Il est facile de voir que cet ordre systématique ne diffère pas beaucoup de celui qu'a adopté saint Thomas, en traitant d'abord de Dieu, comme fin dernière de l'homme, puis des vertus et de leurs conditions essentielles, et, enfin, des divers états de vie et de leurs obligations respectives.