PRÉFACE. III
de l'esprit chrétien, sera méprisé à son tour et rejeté comme un serviteur inutile.
On pourrait croire encore que la génération présente ne demande qu'à être amenée dans le sanctuaire, et qu'il lui importe peu d'y pénétrer par un mouvement d'enthousiasme, ou de s'y jeter les yeux fermés et la tôte baissée, à la vue des dangers qui menacent la famille, la propriété, l'ordre public. Que l'on y pii?nne garde; ce culte intéressé ne trompe personne, et il se tourne facilement en outrage dès que le danger a disparu ; c'est qu'il n'était point inspiré par une soumission raisonnable, mais par une crainte égoïste et servile.
Il faut donc voir s'il n'y a pas lieu d'appliquer aux vérités religieuses la voie royale du raisonnement, de la discussion, de la vraie critique, en un mot, s'il n'y a pas une méthode à suivre dans les sciences théologiques.
Toute la tradition répond unanimement que cette méthode existe, et qu'elle a toujours été pratiquée dans l'Eglise. Eh quoi! la révélation ne nous est-elle pas donnée sous les formes de la pensée et de la connaissance humaine? La révélation n'est-elle pas essentiellement d'accord avec la raison, puisque aucune proposition ne saurait être philosophiquement vraie et théologiquement fausse (1)? L'acte de foi est-il une abdication de la dignité humaine, un signe de pieuse résignation, ou n'est-il pas plutôt une affirmation libre , réfléchie , raisonnable et méritoire de vérités qui dépassent la raison ? « Loin de nous d'embrasser la foi pour ne point recevoir de raison, ou pour n'en point rechercher ! car si nous n'avions des âmes raisonnables , nous ne saurions être de vrais croyants (S, Aug.). » Donc, puisqu'il y
(1) Concil. Lateran., y, sess. vm.
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a un rapport entre notre raison et la vérité révélée , il doit y avoir aussi un passage logique de l'une à l'autre, et, selon le mot de l'Apôtre, « tout chrétien doit être prêt à une apologie, devant quiconque lui demande compte de sa foi (i). »
Quelle est donc cette méthode propre aux sciences théologiques ?
« Si notre esprit est raisonnable, dit saint Augustin, c'est qu'il participe de l'intelligence divine et que Dieu est directement et immédiatement présent à la raison. » L'entendement humain est donc constitué par le rapport qu'il soutient avec la souveraine Raison; il n'est point la source des vérités premières, mais l'organe qui les met en mouvement, le moyen par lequel s'accomplissent les opérations des sciences.
Or, ce que les vérités premières sont pour les sciences profanes, les dogmes proposés par l'Eglise le sont pour la théologie. Si nous sommes faits raisonnables par notre relation avec la souveraine Raison, nous sommes faits chrétiens par notre adhésion à la foi de l'Eglise, qui est elle-même constituée par le rapport immédiat qu'elle soutient avec le Christ, son fondateur. Elle ne crée pas les dogmes, mais elle est l'organe qui en saisit le lien intime et qui nous apprend à les concevoir sous une forme scientifique.
En effet, tandis que la philosophie, au moyen de l'observation du monde extérieur et de l'analyse de l'idée du Vrai, de l'idée du Rien, de l'idée de l'Infini, compose une logique, une morale, une théodicée; ainsi la théologie, au moyen d'une étude sérieuse du fait immédiat de l'existence de l'Eglise , miracle perpétuel, arrive à concevoir scientifiquement les dogmes chrétiens, et en
(1) l Petr., cap. m, 15.