Elh. Nie, VIII, XII
200 CHAPITRE YI,
de tout bien sans être proprement bienfaisante. Elle a droit au respect, à l'honneur, à un hommage de vénération qu'il nomme -lur, ^ : en quoi consiste cet hommage? Il ne songe pas à le dire. Ou il déclare simplement que c'est ce qui est dû à ce qui est divin, sans d'ailleurs s'expliquer davantage % ou il parle d'une manière commune, laissant aux lois de la cité le soin de régler dans le détail ces formes du culte religieux, pures cérémonies où l'âme n'est pour rien. La piété, cvaé^eix, dont Socrate et Platon parlaient si volontiers, n'occupe chez lui aucune place. S'il parle de choses qui s'y rapportent, c'est à propos de quelque autre vertu, et à titre d'exemple : c'est ainsi qu'il dit que dans les sacrifices aux dieux il ne faut pas craindre la dépense ; il ne parle ici que d'offices ou de devoirs civiques, et, dans l'énumération des obligations de largesse que la loi ou la coutume impose à un citoyen d'Athènes, il
1. Eth. Nie, IV, m, 10; VIII, ix, 5 ; VIll, xiv, 4 ; IX, ii, 8. Sans doute, il dit: tf,; eùcpvsjia: -f, t'.;j.t, vï.oa;, VIII, xiv, 2, et il ajoute qu'eu ne peut s'acquitter ni envers les dieux ui envers ses parents, ibid., 4 : t6 S'JvaTov yàp f| OLAia £-'.ÎIt,T£Î, où tô y.stT' à:îav • oOci yàp è'jtiv èv T.i7:, Y.3ibi-zzp sv xatç Tzpbi TO'j; ôcO-J; ~-'jy^U 'f-^'- "O'j; -'ovîT;- où53'.; yàp à'v t.ozi tt,-; à|{av àxoÔGÎT,, Ei; oûvaiiiv Si ô OcOXtîûwv ir.-.zv/.'r,;, slvai ôoxsï. Mais il parle ici d'après les idées communes. — Metor., I, v, i361»29. Tlixt, ôi, EïTi JJ.ÈV 5-r,[i£Tov c'jcpy£T'.y.-f,; ôÔçt,ç • Tijj.ôJvTat ôè -/al [j.âA'.3Ta ol s'jspysTr,xÔTcî' o'j [XT,v «A/và TiiAÎTa: xal ô o'JvâfXEvo; c'jcpyr,'î£Tv. Appliquer cela littéralement aux dieux serait, selon Aristote, de l'anthropomorphisme.
2.11 pense que c'est assez en marquer le prix que de le mettre (nous l'avons vu) au-dessus de la louange qui s'adresse aux actions humaines. C'est là en effet ce qui distingue ce qu'il nomme t^i-it,, alors qu'il donne à ce mot un sens précis. Nous avons signalé et expliqué plus haut, p. J62, le texte où disant tt,: àpcT-?,; -r, r-jj./, yspa?, il semble négliger la distinction entre t:;j.t, et è'zaivo:.
place, à côté des festins publics et d'autres publiques réjouissances, certaines cérémonies religieuses'. Il recommande d'être grand en cela, d'être magnifique : par piété? nullement, mais par dignité. Entre la divinité et l'homme il ne reconnaît aucun commerce affectueux. L'antiquité assurément n'a pas connu ce que nous nommons l'amour de Dieu ; mais elle a parlé de piété envers l'auteur de la vie et le dispensateur des biens, et Platon a joint à l'élan de la pensée vers le bien suprême un élan d'amour esthétique, je le veux bien, plutôt que vraiment moral, mais non sans ardeur religieuse. Aristote n'a rien de semblable.
On lit dans la Morale à Eudème que l'amitié [n^ùloc] qui unit le père et le fils est celle qui porte Dieu vers l'bomme {^rirso Bicïi -nob; àvB^'jiT.ovf ; mais c'est dans la Morale à Eudème. Aristote s'était contenté de donner pour exemple d'amitié s'adressant à ce qui est bon et supérieur (r.foç, àyxBbv /.y.i b-ntoiycv) les sentiments des enfants pour leurs parents et des hommes pour les dieux. Ce dernier point n'était touché qu'en passant et le développement ne concernait que les parents'. Un peu plus haut, d'ailleurs, Aristote avait
1. Elh. Nie, IV, II, 11. Comparer VIII, ix, 7 : parlant des fêles religieuses, il les déclare utiles parce qu'elles sont pour les citoyens une ngréable récréation, àvaraûjctc ijlï6' rfio^n^^, et il veut qu'une politique sachant embrasser l'ensemble de la vie, se préoccupe de ces repos salutaires.