‹ Essai sur la morale d'AristoteChapitre 113 sur 128 · Eth. Nie, 1, IV, 12 el 13; II, ii. 10; III. iv · texte numérisé non relu

Eth. Nie, 1, IV, 12 el 13; II, ii. 10; III. iv

vie future'. L'unique passage où il y ait quelque allusion à ïai( delà de la mort est sans importance doctrinale ; c'est une simple référence à une opinion vulgaire, et il n'est question que de la place que peut occuper dans le bonheur des hommes la destinée de leurs descendants, au cas où elle serait connue d'eux'. Jamais, dans l'analyse et dans la délinition de l'idée du bonheur, une vie à venir n'apparaît, et alors qu'Aristote nous exhorte à tendre, quoique mortels, à l'immortalité, c'est de l'immortalité présente qu'il parle , c'est de la pensée présente ayant pour objet l'éternel , et devenant ainsi, au moins un instant, éternelle en quelque sorte elle-même et divine.

Des deux conditions du bonheur, la vertu parfaite, ù.tj'.-.f,t -ù.ily.q, et une existence parfaite, [:jIo-j zilzlc-j, il voit bien que la seconde n'est guère assurée en ce monde, et que le bonheur par conséquent se trouve en cela du moins à la merci de la fortune. Il s'y résigne, et ne lève pas les yeux vers une autre vie pour y chercher, avec la stabilité que celle-ci n'offre pas, la certitude que le bonheur dépend de la vertu. Il se cou- i sole de la brièveté de la vie, il se dit que, s'il y a des cas où il faut savoir mourir, on a même alors la meilleure part dès qu'on a le beau pour soi; mieux vaut

1. 11 semble même la nier. E/ft. A'ic, I, x, 2. ''Api ys xal è'j-tv s-JSatiiiov TÔTE è—ô'.5àv à—o6âvr, ; ■?, toOtô v; TavTîAwi; âio—civ, àA)»w; Te xai I Toî; ÀéyoixjIv "r,;xtv svÉpYc'.iv t'.vx rr,v c'joa'.;j.ov{av. 1

2. Eth. Nie, I, X, 4. Cette opinion vulgaire est conforme aux antiques 1 traditions religieuses de la Grèce : le culte rendu aux morts les supposait sensibles au bonheur ou au mallieur de leurs descendants, comme euxmêmes devaient aux soins pieux dont ils étaient l'objet leur propre félicité.

une joie vive d'un moment qu'une longue jouissance faible, une vie belle d'une année que plusieurs années de vie vulgaire, luie seule action et belle et grande, que plusieurs petites \ Nous avons déjà admiré ce magnifique langage : mais si tout se termine avec la vie présente, le bonheur, pour l'homme qui meurt par vertu, cesse avec l'acte excellent cjui tout ensemble le consomme et Tanéantit. La mort, en mettant un terme à la vertu, à la conscience, à la joie, en même temps qu'à la vie , supprime tout. Et que devient cette condition requise tout à l'heure pour la félicité parfaite, 1-x^oÏjrjy. y:ny.cç fiicv releicv ^ ? On dit que dans les choses du bonheur il ne faut rien d'incomplet, cùotj yàp ànléç iazi tcTjv rf,; iùdxiy.oviaç, et l'on admet qu'un coup brusque arrêtant à jamais toute activité, celui que ce coup brise soit heureux ! De même, dans l'ordre de la pensée pure, l'on se contente d'éclairs. Qu'on dise que c'est tout ce que comporte l'actuelle condition de l'homme, soit ; mais alors qu'on ne parle pas de bonheur parfait et de félicité divine ! On veut que rhomme soit presque un dieu, et, se souvenant sans cesse qu'il n'est qu'un homme, on le resserre de toutes parts dans les bornes de l'existenc'e présente. On prétend qu'il y trouve son ciel. Le seul moyen de sortir des difficultés où se heurte la doctrine d'Aristote, c'est de dire à l'homme : le bonheur pour lequel la nature

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