‹ Essai sur la morale d'AristoteChapitre 124 sur 128 · Simmn theûhg.,i'^i"', quœst. 133, ait. 1 el · texte numérisé non relu

Simmn theûhg.,i'^i"', quœst. 133, ait. 1 el

L'EUDÉMONISME et la notion de dieu. 2,S5

propre de la magnanimité de faire grand, mafjnmn operari, approuver la magnificence quoiqu'il réprouve un faux luxe, et trouver bon le désir de la gloire quoiqu'il condamne la vaine gloire ' . Aristote avec sa fière et brillante morale passe dans cette philosophie chrétienne : il est modifié, transformé, il ne disparaît pas. Et de même la théorie de la contemplation se christianise, et la théorie générale du bonheur est mise en harmonie avec la doctrine chrétienne de la béatitude. L'homme ne se rapetisse pas parce que toute possibihté de se suffire à soi-même lui est ôtée; et son énergie ne s'évanouit pas, parce qu'il lui devient impossible de se contenter du monde présent. En montant plus haut, il garde tout ce ({u'il avait déjà : loin de le perdre, il le possède mieux. Et enfin l'idée qu'il se fait de la félicité est à l'abri de tout danger : il n'a pas à craindre de retomber sur soi-même ou de briser en quelque sorte ce bonheur qu'il rêve : sa fin suprême est clairement placée au-dessus de lui. C'est vers le ciel et vers le Père qui est dans les cieux qu'il lève ses regards.

Ainsi tour à tour Y cudémonisme d'Aristote s'est présenté à nous comme une doctrine que tout semblait justifier, et comme une théorie exposée à de redoutables objections. Quand nous l'avons comparé ù d'autres systèmes, nous l'avons trouvé tantôt supérieur à Platon même et tantôt inférieur. Nous l'avons vu corrigeant Platon, et il nous a fallu avoir recours à Platon

1. Humma Ihcolog., 2» 2''', quwst. 135, ait. 2, ad 2""', et ait. l; qiuost. 132, art. 1.

pour le soutenir. Avons-nous cherché des termes de comparaison chez les modernes? Les plus dissemblables nous ont successivement servi soit à léclaircir et à l'interpréter, soit à l'améliorer et à le compléter. Spinoza nous a paru d'abord le plus propre à le traduire ; mais Stuart Mill, Leibniz et Kant se sont trouvés d'accord avec lui. Lorsque, désireux non plus seulement de le comprendre, mais de le critiquer, nous avons signalé ce qui nous paraît en être le défaut capital, c'est en y ajoutant, avec ce qu'il y a de meilleur dans Platon, certaines notions chrétiennes, que nous l'avons comme transformé. Cette influence transformatrice, il la reçoit sans périr. En y versant une doctrine plus haute, on le rend meilleur, on ne le fait pas éclater. Cest qu'assurément le fond doit être bon, solide et généreux. Il l'est en effet.. Vouloir que perfection ou excellence et bonheur et félicité, ce soit tout un, c'est poser la base du véritable eudémonismc rationnel et moral.

DE LA RELATION DE PRIORITE QU ETARLIT L EUDEMONISME ENTRE LA PERFECTION ET LE RONHEUR, ENTRE LE RIEN MORAL ET LE RIEN NATUREL ; ET DES ÉLÉMENTS DE SOLUTION QUE FOURNIT ARISTOTE POUR CETTE QUESTION.

Des deux éléments du souverain bien, la perfection et le bonheur, quel est le premier en importance et en dignité? Si la perfection est pour le bonheur, c'est le bonheur qui l'emporte ; et comme il est la fin vraiment dernière, c'est à lui qu'appartient la primauté. Or, n'est-ce point là, ce semble, le sens de Veudémonisme?

Je trouve dans Bossuet cette admirable page :

« Aimez purement, aimez saintement, aimez constamment, et vous serez droits. Si vous craignez seulement les menaces de la loi, sans aimer sa vérité et sa justice, quoique vous ne rompiez pas ouvertement, vous n'êtes pas d'accord avec elle dans le fond du cœur. »

Que c'est précis, net, et beau ! Les célèbres distinctions de Kant n'iront pas plus loin. Voilà bien la loi morale respectée et obéie par respect pour la loi morale, le devoir fait par devoir, sans quoi, au lieu de la moralité.

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il n'y a que pure légalité. Seulement Bossuet ajoute l'amour, qui ne gâte rien. Mais continuons :

(( La loi menace, elle est redoutable : vous, à ses menaces, vous donnez la crainte. Que faites-vous pour son équité? L'aimez-vous, ne l'aimez-vous pas? La regardez-vous avec plaisir ou avec une secrète aversion, ou avec froideur et indifférence? Que sont devenus vos premiers désirs, vos premières inclinations? La crainte' n'arrache pas un désir, elle en empêche l'effet, elle r l'empêche de se montrer, de lever la tête ; elle coupe les

branches, mais non la racine. Elle contraint, elle bride, elle étouffe, elle supprime; mais elle ne change pas. Le fond du désir demeure ; je ne sais quoi qui voudrait, ou que la loi ne fût pas, ou qu'elle ne fût pas si droite, ni si rude, ni si précise, ou que celui qui l'a établie fût moins fort ou moins clairvoyant. Mais cette intention ne se montre pas. Yous n'entendez donc pas quel secret venin coule dans les branches, quand la racine de l'intention n'est pas ôtée, quand le fond de la volonté n'est pas changé? »

Et, plus loin, dans le même discours, Bossuet ajoute :

« 11 y a une autre crainte : non la crainte de l'adultère qui craint le retour de son mari, mais la crainte d"une chaste épouse qui craint de le perdre ^ »

Méditons ces paroles et appliquons à l'espérance ce que Bossuet dit de la crainte. De plus en plus nous

1. Sermon pour le quatrième dimanclie de l'Avenl (1669), Sur la viritable conversion.

verrons apparaître la beauté, la dignité, la valeur de la moralité, peu importent les noms. C'est vraiment elle qui prime : la loi est belle, elle est bonne : de là naît Tamour, et de l'amour la joie ; il y a une crainte qui est amour et une espérance qui est amonr ; mais de la crainte et de l'espérance où il n'y aurait aucun commencement, aucun germe d'amour, que faudrait-il dire sinon qu'elles seraient mercenaires et feraient injure à la loi ?

Est-ce l'avis d'Aristote? oui, certainement, malgré les grandes difficultés que nous savons. C'est ce qu'il veut dire quand il déclare que le beau est la fm de la vertu. C'est aussi le sens de sa théorie du plaisir. D'une vie vertueuse sans plaisir, ou d'une vie de plaisir sans vertu, que faudrait-il préférer? La vie vertueuse sans plaisir. Aristote flétrit du nom de vie de jouissance, rjv à-o).a-j3-nxiv fjisv\ la vie oîi les plaisirs du corps sont poursuivis au détriment de toute noble activité. Puis répondant lui-même explicitement à la question que je viens de poser, ne déclare-t-il pas en propres termes que l'on ne pourrait vouloir de la joie, si pour l'avoir il fallait faire une très laide chose, fût-on sur d'ailleurs d'être à l'abri de toute peine? Et n'ajoute-t-il pas, non moins expressément, non moins fortement, que l'on se porterait avec la même ardeur vers certains objets, et ils sont nombreux, quand bien même ils ne procureraient aucun plaisir?

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