‹ Essai sur la morale d'AristoteChapitre 15 sur 128 · Eth. Me, II, iii-v · texte numérisé non relu

Eth. Me, II, iii-v

2. Eth. Nie, 111, x-xii, de la tempérance; VII, i-v, vii-x, de l'eni[iirc de ?oi, de i'intempéiaiicc; xi-xiv, du plaisir; X, i-v, encore du plaisii'.

■20 CllAl'lTKl'; 1.

SLialité, vous serez conlineiit. Cette retenue exigée par la raison ((jcyspoaùvr,), c'est un vrai empire sur soimême [i'/y.pxrzix). Vous résisterez à la fougue du désir né dans les basses régions, et vous serez maître de vous. Vous aurez toujours la raison pour guide et vous soumettrez à sa direction suprême ce qui en vous est sans raison. Vous rendrez raisonnables les mouvements de votre cœur, vous ferez participer à la raison la passion même, et tout en vous sera conduit par la raison et comme rempli de sa lumière et de sa beauté ' .

Ainsi une admirable harmonie régnera entre vos puissances.

Modéré dans Tusage des plaisirs, vous userez aussi des richesses avec mesure-. Vous serez libéral et magnifique : vous ne serez ni cupide, ni avare, ni prodigue. 11 u'est digne d'un homme ni d'appeler les richesses avec ardeur, ni de les entasser avec un soin jaloux, ni de les répandre au hasard avec mépris, .lamais vous ne préférerez l'argent à la vertu ou à rhonneur. Vous verrez dans Targ-ent non un but, mais un moyen, un instrument, et votre vertu y trouvera une occasion d'agir. Toujours homme, et ami du beau avant tout, àvopwQ/;; y.y.i rs,ù.oy.cilsc^ , vous envisagerez dans la fortune la faculté qu'elle vous offre d'obliger autrui. Ne pouvoir pas donner n'est pas

1. £(/(. Nie, 1, vil, 13; xiii. lo-20: II. III, \p. chapitre tout entier. i. Eth. A'i',-., IV. I el II. De la libéralité et de la niagniiicence. 3. Eth. Mr.. IV. IV. '..

KSOLISSI:: DE L'ilO.MMl': V KIITU KLX LT SAGH. 27

souhaitable. Il est meilleur de douiier que de recevoir. Celui qui fait du bien aux autres, agit d'une manière excellente, vraiment libre et libérale, il se montre par là maître de ses biens, et il a le précieux avantage de s'attacher ceux qu'il oblige, étant la cause et Fauteur de leur prospérité. Que si ces libéralités entraînent pour lui quelque iuconvénient, il se réjouit encore en cette occurrence puisque sa vertu brille de plus d'éclat à ses propres yeux; et de même que les parents aimant d'une amour singulière leurs enfants et les poètes leurs vers, connne choses nées d'eux-mêmes, trouvent dans la peine même qu'ils leur coûtent je ne sais quelle douceur, parce que cette peine est un signe de leur fécondité et de leur puissance presque créatrice, ainsi, quand on oblige autrui, on n'est pas fâché de rencontrer quelque difficulté, cela fait mieux voir la grandeur du service rendu et de la reconnaissance méritée, et l'on trouve dans le spectacle ou plutôt dans la conscience d'une activité plus grande et plus excellente, un plaisir plus profond et plus doux ' .

Vous ne redouterez pas ce témoignage intime, vous ne craindrez pas de savoir ce que vous valez : vous ne serez ni superbe, ni arrogant, ni insolent, mais vous aurez de votre dignité un juste sentiment, et vous ne,' méconnaîtrez pas votre vertu'. L'hon-

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