‹ Essai sur la morale d'AristoteChapitre 16 sur 128 · FAh. Nie, IX, VII · texte numérisé non relu

FAh. Nie, IX, VII

2. Eth. Nie, IV, III. De la niagiianiiiiité. Comparer li/it/oc, I, v. E'jSo;'3[

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28 CHAPITRI'. I.

neiir et la gloire sont dus à qui fait des choses grandes et belles. Pourquoi ne voudriez-vous pas être estimé par les autres tel que yous êtes? Étant grand, vous aimerez à être tenu pour grand; faisant bien, vous ne dédaignerez pas d'être réputé bon. Non que la louange vous paraisse une récompense adéquate pour ainsi dire à l'étendue de la vertu*, ni que vous preniez plaisir à être loué par quiconque vous loue : vous savez bien que la vertu est belle par elle-même ; vous savez aussi que la louange des sots est sans valeur, comme leur mépris : comment vous soucieriezvous du jugement de ceux qui sont incapables de juger? La haine des méchants ne vous touche pas non plus. Yous méprisez tout ce que disent de vous ceux que leur malice ou leur sottise rend incompétents. Mais l'estime des bons a du prix à vos yeux, et la louange des faibles, quand elle est juste, ressemble aux hommages que les mortels rendent aux dieux : vous pouvez vous y plaire. Ayant conscience de votre excellence, vous aimez à trouver dans les autres l'écho de ce témoignage intérieur. Tout cela est magnanimité. Ce n'est point à proprement parler une vertu nouvelle, mais c'est ce qui ajoute à toutes les autres un lustre nouveau, c'est l'éclat même et la splendeur de cette beauté que les vertus nous communiquent.

Yous ne vivrez donc pas solitaire. Aussi bien n'est-ce point là votre destinée. La nature ne vous a pas fait

1. Elh. Nie, IV, iir. 17. "Ap^rr,; yào ::xvt:/.o-j; O'jy. àv yivoi-O à;''a

ESUUISSE DK L'ilOMMI:) VEUÏL'EL'X KT SAGE. V.)

pour demeurer seul avec vous-même. Elle vous a fait sociable'. Les liens de la famille et de la société civile ne sont pas des inventions de l'art ; Thommc est un être né pour vivre en société, ct-Jo-ît rslimcv âi/S^M-c;' . Vous n'aurez tout le développement que vous devez souhaiter que si vous prenez garde aux intérêts des autres. La justice est une vertu qui concerne autrui, une vertu sociale^ : vous serez juste. Vous aurez en vue le bien des autres. Le comble de la méchanceté morale, c'est d'être mauvais non seulement soi-même et pour soi, mais encore dans ses rapports avec autrui. Le comble de la perfection morale sera de régler selon la vertu non pas seulement son propre intérieur, mais la famille, la cité, l'Etat, et d'observer dans toutes ses relations avec les hommes, la mesure, la convenance, en un mot la raison. La justice pourra être considérée comme la vertu complète, parfaite, non que toute vertu, prise en soi, rentre dans la justice, mais toute vertu, en tant qu'elle a du rapport avec autrui, est, à ce titre, justice. Aussi n'y a-t-il rien dans la vertu qui ne puisse devenir Eobjet d'une décision, d'une prescription sociale; et cela même est loi, qui est commandé par la société selon les règles de la raison'*. La; loi détermine et rend

• 1. l'ulit., I, I, 8. nâsa -o)>'.; -fjïî'. sïtîv, z'ir.zo -/.a: x: T.r^ûizx: -/.o'.vwv'a'..

2. Elli. yic, I, VII, 6; IX, ix, 3. rioAiTiv-ov --ip ô à'v9pw-o; y-al 7.jv?,v T.z-i-j7.6;. — Coinparei' l'olit., I, i, 9-12.

3: Eih. Nie, V, i, 15-20.— l'olit., I, i, 12. 'H oè û:-/.a'.oxjvT, -oalt:xôv. Voir aussi Vulit., 111, vu, 1. — Rhelor., 1, ix. 'Apsrf, 5l' v Ti aCxwv ïv.x

4, Eth. Me, V, I, 13-14.

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sensible ce que la droite raison conroit cumme beau et bon'. La loi en fait un commandement précis. Tout ce que la loi définit est légitime, tout ce qui est légitime est juste-, et c'est ce qui est selon la vertu, qui, étant prescrit positivement, est légitime et juste. La lâcheté ou l'intempérance sont choses injustes : le lâche et le débauché agissent en définitive contre la loi, ils transgressent une prescription formelle de la loi. Quiconque agit bien, est juste : il agit selon la loi, il obéit à la loi. Les lois ont des préceptes sur toutes choses. Elles ont en vue les avantages de tous, ou des meilleurs, ou des chefs de la société ; et elles déterminent leurs droits respectifs. Tout ce qui produit ou conserve le bien général et celui des membres de la société, tout cela est juste. Mais comme la vertu seule procure et assure cet heureux état des individus et de l'ensemble, la loi ordonne aux citoyens d'être vertueux : elle leur prescrit de ne pas sortir des rangs dans les combats, de ne pas prendre la fuite, de ne pas jeter leurs armes, en un mot elle leur commande d'être courageux; elle leur prescrit de ne pas commettre d'adultères et de ne pas se livrer à la débauche, elle leur commande d'être tempérants, elle leur défend de se frapper et de s'injurier les uns les autres, elle veut qu'ils soient doux; et ainsi pour toutes les vertus et pour tous les vices. Ce qu'il faut faire, ce qu'il faut éviter, voilà ce que la loi définit, bien, si elle est bonne, imparfaitement,

1. Elh. Mr.. X, IX. 1 1-1-2. — VoUt., m, XI. .'Î-G. — Rhc'.or., I, xiii.

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