‹ Essai sur la morale d'AristoteChapitre 18 sur 128 · Phys., H, VIII · texte numérisé non relu

Phys., H, VIII

îj. Eth. Nie, 11, I, 5. To ;j.'f,v [io-j/.r.aa -îvto; vo|j.oOjto-j tout' è'~:v, 030: oà ;iT, su ao-ci Tro'.oCîtv i;j.2pTâvo'j7'.v. y.ai c'atiioî'. tojT(i) TO/.'.T;!a — o/.:Tî!aî àyaOr, sa'j/.T,;.

32 CHAl'lTRli: I.

être vertueux, que ferez-vous? Vous distinguerez ce qui est légitime au vrai sens du mot, et ce qui est purement légale Vous déclarerez légitime toute prescription de la loi qui est conforme à la nature et à lay ■ droite raison; et vous aurez pour ces choses légitimes, zx yiu.iij.x' , pour ces prescriptions, ces institutions, ces interdictions, ces droits, un respect qui ne se démentira pas. La légalité vous semblera tantôt bonne et tantôt mauvaise : bonne, alors que, ne procédant point, il est vrai, de la nature, elle ne la contrariera pas non plus : mauvaise, alors qu'elle n'aura pas d'autre fondement que la volonté arbitraire de celui qui fait la loi, prince ou peuple'. Parmi les dispositions légales, vous en trouverez donc qui en elles-mêmes vous sembleront indifférentes, comme tel et tel règlement de police ; vous en trouverez d'autres qui seront foncièrement mauvaises. Vous serez juste en observant ces prescriptions nées de l'usage, de la coutume ou de la volonté du législateur, pourvu qu'elle ne commande rien de honteux, de dépravé; vous respecterez ces sortes de

1. Etii. .V/i;., V, vu, 1. ToC oà ~o\:-:v.o\J c:7.a:o-j tô aâv ■ç-^7 .-/.rj-/ sttl, -à ôè V 0 jj. i y. 6 v.

2. Eth. Nie, V, I, 12. — Volit., I, ii, 18. '0 yào vôuo; ô;y.a'.ôv -ri. — Polit., 111, XI, 3. Tôv àpa vôaov apysiv a'.oîTojTspov ;xâÀXov •?, twv — o)>'.T(T)v j'va Tivâ... x3ti El' T'.vx; à'p/£iv ^jÉat'.ov, toûxo'j; ■/aTasraTÉov vo;j.o:i'jÀa7.ar '/.7.1 ÛTTripÉTaî ToT; vô;j.o:î.

3. Ceci n'est point expressément dans Aiistote, mais semble bien résulter

lie sa tbéorie. Voir d'ailleurs ce qu"il dit de la tyrannie et de cette démo- .j cratie ivre d'elle-même qui est une autre sorte de tyrannie, Polit., IV, iv | et viii; V, IX, surtout 6 et S. Voir aussi le passage où il dit qu'il y a des lois bonnes et justes et qu'il y en a de mauvaises et d'injustes, l'olit., III, vi,

c'va;, /.al Sixaio-j; t, îôî/.oy;).

ESQUlSSi: DK l'homme VEliTC KLX ET SAGE. X]

droits dont la loi est l'iinique origine, droits entièrement positifs, nullement naturels; vous demeurerez dans la légalité, et ce sera encore une partie de votre justice'. Toutefois, vous ne demeurerez point exclusivement enfermé dans d'étroites formules. Si la lettre blesse, cherchez l'esprit ^ Corrigez la loi par l'équité, et rentrez ainsi dans la justice '. Une stricte observation

1. Même roinaïqiie : ceci, sans être expressément dans Aiislote. parait rinterprétalioii naturelle des textes.

2. l'olit., m, X, h. 'Ev ô— oiaoûv "zz/yr, tô xa-à -'pâaaaTa 3('f./î'.v •f,/v{0'.ov. — VoliL, III, xr, 4. 'AA),à \i/ry ozx ys [xr, oovcîï oûvaiOa; o:opi!^£;v ô vôao;, oùo atv6pio~o; 5v oùwx'.zo yvupîl^îiv àX/,' i— l'tt.ôs; Ta'.oîJja; ô vôao; è'i'.7Tr^i'. ta X&'.Tti Tf, ù'.v.:t:o'zizri yvoijxir, xoivîiv y.ai O'.O'.xcïv toù; id/ovia;. "Eti 2' Èza vo pOoij îO a'. Sioojs'.v o t-. av ôô';r| —j^iwaivo;; à|X£ivov Twv y.î'.aivrov.

3. L'//). .Yc;., Y, x, 3. To s-isixi; Ziv.:t:ow aiv ijT:v, où tô xaTà ^6v vd;iov Oc, àW»' £Tavôp6to;j.a vo;i{|jLOu oiy.aîo'j. Voir sur ]'€qnitc,r^ £-:ê{xï'.a, tout cet admirable chapitre x du livre V de la Morale à Nicomarjue. Comparer Rhétorique, I, XIII, où il y a une très remarquable page sur r£T:tïi/.£ia. Nous y lisons notamment ceci : "Est', ôè £-::'.t'.y.è; tô — apà xôv ys-/p3[|j.as'vc/v v&;jiov 5{y.a:ov. Lécpiilalile, c"est ce qui est juste contrairement à la lettre de la loi. Et cela peut arriver contre le gré des législateurs quand il y a eu de leur part nn oubli, nne omission, nne fante que l'équité corrige; mais cela peut se faire aussi comme avec le consentement des législateurs mêmes, car enfin il y a des choses qu'ils ne peuvent déleiniiner : il est nécessaire que leurs prescriptions soient générales, elles ne peuvent s'appliquer à tons les détails, àva-'xaïov ;x£v t, xaOôÀû-j sî-îTv, [j.-r, r, Si, i'/X w; èttI t6 — oa'J. Plus loin, Arislote montre qu'il y a place pour l'eqnilé dans les jugements, là où il y a place pour l'indulgence: on tient compte delà faiblesse humaine (èa' olç ■zz yàp OEÏ ff'jYyvtô;j.T|V J'/Jtv, È— ;:ixf, -raOTct, et encore : xal tù toIî àvQpo)- T.[yo:; 5'jy-'..va>5X£'.v, s-iciy.i?). On regarde alors non plus la loi et sa formule précise, mais le législateur et l'esprit, la pensée qui l'a inspiré (-/aî tô |;.r, •ïrpô; TÔv vôiiov, àAAà ~pô; tôv voaoO£T-f,v sxottïïv • v.xl tô [xt, 7:pô; tôv Xôyov, àA),à -pô; ty.v ôiâ voiav toG voaoOîTO-j gxotîîïv). Dans le coupable on examine, non l'acte (;j."r, -p6; tà.v -pa^-.v), mais l'intention (àÀAà -p6; •cV "poaîpsï'.v); non le fait isolé, mais l'ensemble de la conduile; non ce qu'il est actuellement, mais ce qu'il a été dans toute la suite de sa vie, ou du moins le plus souvent; enfin on apprécie les choses plutôt qu'on ne juge strictement (tô îÎ; ô'a'.Tav uîa'/.ov ■?, cl; Z'.v.ry |2g'j).îj02i liva'. • ô yàp ô:a'.-

34 ciiAPiïUi-: I.

de la loi positive a-t-elle je ne sais quoi de dur, de cruel? Contre les excessives rigueurs de l'application littérale de telle disposition légale, ayez recours à une prudente interprétation de ce texte. Demandez à la vive intelligence, à la sagesse pratique, une décision souveraine. Songez que la loi est générale, et forcément insuffisante : elle ne peut tout prévoir ; la meilleure a des lacunes ; il y a des cas qui ne rentrent pas dans les formules connues. Pour régler alors les relations sociales, la raison de Thomme de bien a des ressources que ne peut avoir la loi écrite qui est comme une loi morte \ Ainsi dans toutes les choses pratiques, dans

-rr.TT,; TÔ è~:i:y.k: ôpâ, i ôï o:y.a;Tr,: tov vo;j.ov;. — 11 faut voir encore ce qu'Ai'istote dit de la -'V(.!);j.f,, Eth. Xic, VI, xi, 1, et puis comparer le passage des Ma^na Moralia (II, i et n) où il est traité de Vii::t'.y.t'.x rapprochée de ce que l'auteur nomme rc'j-'vojaos'jvf,, qui semble èti'e le sentiment d'indulgente appréciation auquel on obéit quand on agit équitablement (to jxâv yip 7.pîvai, toû cô-'vojjiovo; • tô ok Sr, ToiTTciv y.al y.aTà ït,v y.o'.g:w, Toû È-'.3'.7.c>û;). — Remarquons bien que, dans Aristote, les mots s-tetxT.ç et è~:zi7.z:x ont deux sens, le sens strict, qui est celui d'équité ou d'indulgence, et le sens large, qui est celui de noblesse morale, de distinction et même de vertu. Peut-être les deux sens s'expliquent-ils par le sens originel de convenance : tantôt appréciation indulgente de ce qui convient, et appropriation de la conduite à la convenance dans les jugements sur autrui, dans les relations avec autrui; tantôt observation de la convenance morale dans lensembie de la vie; donc, vie convenable, vie comme il faut, vertueuse, bonne, étant réglée d'après ce que demande la vraie nature et ce que prescrit la droite raison. Eu ce sens^ è-izv/.i,; est d'ordinaire opposé à oaûAoç, c'est l'opposition entre ce qui est noble, élevé, bon, et ce qui est vil, bas et mauvais.

1. Textes cités plus haut, Eth. Me, V, x, et l'olit., III, x, 4, et xi, 4. — Voir encore Polit., II, v, 12. OùZk toj: -/î-'paaaévoo; èîv àx'.vr.TO'j; ^ÉAT'.ov b}Z7:zp -'àp xal — spl -ziç à'AÀa; Ts'/va; y.ai Tf|V 7:oA'.T'.y.ï,v xiç.w ào-jvxTOV àxptëw? TivTX Ypaïf,va:- y.aOoAO'j yàp àvayy.aTov ypa-^-f^vat • ai ôÈ 7:p3c;£i; tzoI twv xaO' Ëxa^tôv t'.si-j. — Eth. Nie, V, iv, 7, S, 9. "0-av îa'^ijêTjTôJï'.v, è-l tôv S;y.acTT,v ■/.■x-zx-.ifj'frj'jz'. • tÔ o' i-l tôv ovy.otï- TTiV îî'va' :£V2'. sstIv £7:1 tô ôi7.7.'.ov ô "as ô:y.20T"r.; 'îo'J)>£Ta: £lva; olov

EsoL'issi': D1-: l'homme vkrtueux et sage. oij

toutes les choses humaines, la parfaite exactitude n'est point possible : partant, la souhaiter, la chercher là où elle ne peut être, ce n'est pas d'un esprit juste \ 11 y a une sagacité naturelle qui se passe des secours de la logique proprement dite; il y a une vue pénétrante-, une sorte de divination, un art d'aller an vrai sans art apparent, je ne sais quoi de mobile, de souple, cpii n'a point une allure régulière, qui procède par saillies, méthode sûre, sans être savante, capable de pourvoir à tout sans rien prévoir, instrument universel, comme la raison même% ou plutôt organisme vivant qui trouve en soi de quoi suffire à toutes les occasions sans être d'avance dressé à ceci ou à cela et incapable de sortir d'un cadre convenue Des choses qui sont indéterminées la règle aussi doit être indéterminée''. M le vrai

oi/.a'.ov j';j.'j'j/ov... Z'.x toCto y.x: ôvouil^cTai ôi/.a'.ov oti Z[/x iï-riv^ ws-rr^p iv z'i Tt; tl—o: ûîya'.ov, -/.ai ô oi/asT-r,; ci/affTT,;.

1. Elh.Nic, I, II, 1; vu, 18-22, et encore en plusieurs autres eiulroils.

2. t'ii coup (l'œil, le mot y est : Z-.t. yàp to ï/£:v i/. tt,; îa-;:p'a; o<x'x-ji... Eth. Nie, VI, XI, 6.

3. On reconnaît ici les expressions de Descartes, Discours de la méthode, sixième partie, dans le passage si leinarquable sur le langage.

4. Voir Eth. Nie, VI, v, viii, ix, x, xi, sur la œp&vr.ci;, r;JSo-jA(a, la s'jvsa'.;. Le cardinal Newman, dans son ti es remarquable Essay on a Grammar of Assent (Londres, 4" édit., 1874) cite avec complaisance Aristote sur ce point, et il développe lui-même avec nne merveilleuse abondance et une singulière finesse de vues la nature, les ressources, l'usage de cette logique naturelle.

5. Eth. Nie, V, X, 7. To'j -/àp àopîsTOU iopi^-ro; •/ai ô y.avoV/ £itiv. Aristote sait très bien d'ailleurs quel danger il y aurait à trop laisser à la lihre décision des hommes : la passion risquerait de les égarer souvent, l'olit., III, XI, 4. Voir ce qu'il dit des Éphores à Lacédémoue : leur irresponsabilité et ce grand pouvoir qui leur était donné à vie lui paraissent un privilège au-dessus de leur capacité et de leur mérite, car enfui ce sont des hommes, et c'est un danger de commander non d'après des règles écrites, mais en vertu de ses propres décisions, tô --àp àv-j-îûO'jvov y.xl tô c:à

30 CIIAPITRI' I.

n'est toujours démontrable, ni l'art n'est toujours assujetti à des règles précises. Les choses morales à leur tour ne sont pas susceptibles de ces déterminations exactes, de ces délimitations rigoureuses, que les mathématiques demandent'. Le droit a aussi une partie quelque peu flottante. Sans doute, ce qui regarde la propriété, les pactes, conventions, traités de toutes sortes entre citoyens, les échanges commerciaux, etc., tout cela peut recevoir des règles fixes, et en reçoit en effet. C'est en cela que consiste le droit strict, la justice stricte. ]\Iais là même apparaît l'équité/ qui indique ce que veut la loi, plutôt que ce qu'elle dit ; l'équité vaut mieux que la justice, peut-on dire : non qu'elle soit une autre espèce de justice, meilleure, plus excellente, mais elle est la justice même, la justice véritable'. Elle s'élève au-dessus de tel ou tel droit positif, parce qu'elle est le droit selon la saine raison et selon la nature; elle peut être contre la loi, ou en dehors de la loi, eUe n'est jamais contre le vrai droit, et, en corrigeant la loi, elle

à/,/.' aÛTo-; vo'jao va;, i-isci2Àî';. La volonté des hoiniiies n'esl point une légle sûre : Taû-ra 2r, Trâv-ra ^iiÀT'.ov -'ivcS-Oa'. y.aTi vôjjlov ■?, xaTi àvôpci— wv ^o'jat.îiv o'j yào às-^aAT,; ô xavuiv. l'olit.. U, vu, 6-7. De nièiiie, s'il admet que les lois ne peuvent être immuables, attendu qu'il faut cherelier, non ce qne faisaient les ancêtres, mais ce qui est bien, il ajoute que ces changements exigent une grande prudence, car il n'en est pas de la loi comme des arts : la loi doit une grande partie de sa force à la coutume, donc au temps, et c'est l'adaiblir que de la renouveler trop aisément. Volit.r H, v, 12-14. On voit combien Ârislotc tient, en ces délicates matières, à se garder de tout excès.

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