‹ Essai sur la morale d'AristoteChapitre 21 sur 128 · Elh. Me, vin, m · texte numérisé non relu

Elh. Me, vin, m

4. Elh. yic, VIII, V. 5. Kal Ta iyaOà ^o'jAOvxai -rot; s'.aovuîvoi; r/rtvojv Ïjzv.i... y.al s'.aoOvtï; tôv -^"aov. to aûiot; âYaOôv •sù^oû's:'^ • ô 720 àyaOci; '-■"'.o; -'îvô'j.cvo;, àyaSôv -i/z-Z'. (o -jjÎao:.

ESQUISSE DE L'HOMME VEl'.TUEEX ET SAGE. 3Î)

l'ordre et la perfection. Que le bien donc \ùus plaise. parce qu'il est le bien. Votre ami doit être aimé parce qu'il est lui. C'est sa personne, non votre intérêt ni votre agrément qu'il faut avoir en vue '. Pour lui, vous négligerez, vous oublierez, vous prodiguerez, vous sacrifierez et ce qui est à vous et vous-même'. Pour lui, vous délaisserez tout ce qui peut servir ou agréer. Vous abandonnerez tout, s'il y a lieu, vous perdrez tout. Vous ne garderez pour vous que l'honneur d'agir ainsi. Cette renonciation totale à vos intérêts et à vos plaisirs a une beauté dont vous serez touché. C'est la seule chose à laquelle vous ne renoncerez pas. Vous voudrez exceller dans l'amitié, vous aspirere^ à la perfection de la vertu. Les richesses, les honneurs, la renommée, tout ce qui est avantageux ou doux, tout ce qui a du prix ou du charme, vous le rechercherez pour votre ami plus que pour vous-même. Parfois vous semblerez renoncer à la vertu au profit de votre ami, lui laissant délicatement quelque occasion de bien faire. Vous trouverez plus beau d'être aimé comme la cause d'une belle action que de l'accomplir vous-même. Vous regarderez donc en tout votre ami et son bien, vous ne tendrez qu'à cela, vous ferez de cela votre fin, vous ne voudrez que cela. Volontiers^ vous mourrez pour votre ami, s'il le faut : tant il est vrai que ce que vous aurez en vue, ce sera lui, et non pas vous. Mais, en

1. Elh. Sic, VIII, m, 2. OJ -.'i.-j r, jttiv ot-îo îtt'.v ô •^lAoJaîvo;,

2, mi. Nic.,]\, IV, i.

40 ciiAriTi;i; i.

agissant do la sorte, combien ne scrcz-vous pas noble, beau, bon, excellent et par conséquent heureux! Dans cette amitié parfaitement désintéressée vous trouverez la perfection de votre vertu, et, sacrifiant tout à autrui, tout et vous-même, vous serez parfait; vraiment homme de bien, vraiment homme, vraiment vousmême ' . Sans amitié vous ne pouvez avoir cette vie belle et louable que vous souhaitez; sans amitié, vous avez en vous je ne sais quoi de farouche et d'inhumain, qui n'est pas selon le vœu de la nature-; sans amitié, vous manquez de mille occasions d'agir bien, vous ne rendez point de services, vous ne prenez point de peine pour obli,£;er, vous ne vous dépensez point pour autrui. Votre vertu est privée de ce caractère, beau entre tous, de cet honneur singulièrement souhaitable : être Fauleur du bonheur des autres ^ Pour celui qui a des amis, il y a dans le monde des êtres qui sont, par lui, par son action, ce qu'ils sont, des êtres qui lui doivent leur félicité, des êtres qui sont comme les œuvres de ses mains. L'œuvre est chère à qui en est l'auteur, non moins que son être même \ Si vous avez des amis, vous avez cette joie et cet honneur d'aimer ce qui n'est pas vous, comme s'il était vous : aussi bien c'est quelque chose qui est par vous d'une certaine manière. Sans

1. Elit. yiC, IX, IV, u-lO; VIII (le diiipitrc toul ealici-, niais suiioiit 9 et 10).

2. Eth.Xic , IX, IX, 2, 0, 10. •>. £/,'/. Nu:., IX, vil, 0-7.

4. Eth. A7c., IX, VII, A. ... £jaèv ô' svîpyjîa • T(Û 'F,-/ -'ic v.al 7:pâT-c:v

elvai... et le re&'.e qui est très remarquable.

ESQUISSE DE l'iiommi-: ve iiTU i:ux et sage. 41 amitié, vous ne connaîtrez point ces mystérieuses délicatesses de la vertu. Vous vous ôterez à vous-même un des pins puissants ressorts de l'activité : n'est-il pas plus aisé d'oser beaucoup ({uand on n'est pas seul? Il y a des actes difficiles, il y a dans la pratique du bien des obstacles à vaincre. On a plus de courage, plus de force morale à deux'. Le commerce habituel avec des hommes légers vous communique quelque chose de leur légèreté. Avec des méchants vous craindriez la contagion du mal. La familiarité des bons ne vous familiarisera-t-elle pas avec le bien? Yivant avec les bons, ne deviendrez -vous pas meilleur'? Et c'est là la vraie amitié, celle qui unit les bons entre eux. C'est la seule qui puisse être vraiment désintéressée. On ne trouve point ailleurs cette perfection requise pour l'amitié \ Or, par un contuiuel commerce entre hommes vertueux, par un perpétuel échange d'idées et de sentiments entre personnes éprises de la beauté muralr, la vertu croit chaque jour. L'ami est pour son ami un spectacle admirable de vertu, et chacun voit comme daus un miroir la vive image de sa propre perfection. 11 prend ainsi une conscience plus nette de son excellence, de sa valeur, de sa beauté : se voyant dans cet autre soimême, il trouve dans la contemplation de l'activité parfaite une parfaite joie, et c'est aussi un stimulant c'bbien agir : ces deux êtres, si intimement unis par

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