‹ Essai sur la morale d'AristoteChapitre 22 sur 128 · Etk. .Vîc.VIlI, m, (5-7, ot iv · texte numérisé non relu

Etk. .Vîc.VIlI, m, (5-7, ot iv

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cette mutuelle vue et cette mutuelle jouissance qui les fond presque l'un dans l'autre, s'excitent sans cesse au bien et sans cesse se perfectionnent ^ Alors aimer son ami et s'aimer soi-même, c'est tout un. Et vraiment il faut s'aimer soi-même, ce n'est pas contraire au plus parfait désintéressement. Il y a une manière vulgaire, basse, mesquine ou mauvaise de s'aimer soi-même. On s'aime petitement, si l'on recherche pour soi les petites choses. On s'aime mal si l'on s'aime au détri^ ment d'autrui. Le parfait ami n'a pas d'cgoïsme. Mais il a une belle et louable manière de s'aimer. Oui, il recherche pour soi ce qu'il y a de plus grand et de meilleur, il prend pour soi les biens les plus précieux, il a l'ambition la plus noble, il vise à ce qu'il y a de plus haut, il choisit la plus belle part. Tout cela, c'est s'aimer. La vertu, il veut l'avoir; l'excellence morale, il la désire, il la poursuit, il la conquiert. Noble amour de soi, lequel se confond et avec la vertu et avec l'amitié. Façon désintéressée de s'aimer". L'égoïsme veut les biens vulgaires et les veut pour soi seul. Le vrai et noble et légitime amour de soi veut, de tous les biens, les plus grands, mais en les prenant il n'en exclut pas autrui. Ces biens sont l'objet d'une commune

1. Elh. .V.c, iX, IV, o."E7t: --iç, ô -f'/o; TaXo; aJTo;. — IX, ix, 5-10; XI, 5.

2. Etli. yic, ]X, viir. L'auteur de la Gvumîc Morale ne vevit appeler de ae nom de çiÀa-jTo; que régoi^;te (il, xin et xiv) : de celui qui s'aime noblement lui-même, il dit qu'il est c5'.>>iya6o;, et non çiXa'jTo;, puisqu'il ne s'aiuie que parce qu'il est bon : ;jiôvov vip t'.iztp «iaeî ofJTÔ; ianTÔv ot: àyaOô;- ô 5è çaûXo; cpi/iavTo;- o-Jolv yào iys: ôC 5 ■■iùâ^iz: aoTÔ; éa-jtôv, o'ov -/aAÔv t;, 2aa' z:z-j to'jTojv a^TÔ; Iï'-tov ■^ù-ipz: r, a'JTÔî.

esquissl; de l'homme vertueux et sage. 43 possession, d'une commune jouissance, sans se partager, sans s'épuiser. Rivalisant de générosité avec votre ami, plus vous vous dévouez, plus vous prenez pour vous-même de ces suprêmes et incomparables Liens, car votre vertu, votre honneur, votre excellence sont d'autant plus grands cjue \ous sacrifiez plus généreusement tout le reste. Mais votre ami peut avoir en même temps le même mérite. En prenant pour vous ce qu'il y a de meilleur, alors que vous l'aimez, lui, jusqu'à vous oublier vous-même, vous ne l'empêchez point de vous aimer de la même manière, vous l'y excitez plutôt', et sa générosité pouvant égaler la vôtre, sa perfection pourra aussi être égale à la vôtre '.

Ainsi l'amitié donne à la vertu plus d'éclat, plus de consistance, plus de force, plus de douceur, et ellemême n'a que par la vertu toute la pureté, tout le désintéressement, toute la générosité qui lui donnent sa perfection et son charme. Point d'amitié véritable sans vertu ; point de vertu vraiment humaine sans amitié.

Yoilà donc votre vie bien réglée; voilà vos mœurs rendues conformes au beau : la mesure, l'harmonie, l'ordre, la raison régnent en vous. Vos sentiments sont bons. Vous vous plaisez où il faut, yous vous affligez où il faut. Vos amours et vos haines, vos joies et vos tristesses sont selon la raison". Yous leur donnez des

i. Ceci n'est pas explicitement exininiù par Aristote, mais résulte de sa tliéone.

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