‹ Essai sur la morale d'AristoteChapitre 30 sur 128 · Vi'c, X, VII, 3, G et · texte numérisé non relu

Vi'c, X, VII, 3, G et

ACCORD DE LA CONCEPTION ARISTOTELICIENNE DE LA VIE AVEC LE CARACTÈRE ET LE CÉNIE GREC.

Ce qui frappe tout d'abord dans le portrait de Thoiinètc homme et du sage, que nous venons de tracer d'après Aristote, c'est la ressemblance avec le Grec de cette grande époque qui va de Périclès à Alexandre. Aristote n'a point copié la réalité, non sans doute ; mais il l'a eue sans cesse en vue, et il nous en présente l'image agrandie, embellie, idéalisée. Il dit dans sa Poétique que la tragédie doit représenter les hommes plus grands qu'ils ne sont, avec des qualités plus hautes, avec cette perfection d'intelligence, de cœur, de volonté que la vie réelle n'offre point, (^û-ic-j; \ C'est ainsi que la tragédie prend ce caractère solennel, auguste, qui en fait la puissance et le charme sévère, a-iuyo-j n'^. Aristote,

1. Voelic . II. Voir aussi xv. BeXtîc/'jç v.zl y.aAXîov; ir.'.z'.y.slzi; -o'.sTv 7:apaôc""'aa.

i. Rhetvr.. Ui. m. ... -ro t£;j.vov à-av 7.2I Toa-izôv.

LA MOliALl' D'aIUS'IOTI': ET LK GtMK GUEC. lï,\

dans sa Morale, procède d'une manière analogue : il peint riiomme tel qu'il doit être, il met sous nos yeux un modèle où toutes les facultés humaines reçoivent leur complet développement, où la nature humaine s'épanouit tout entière. Et c'est pourc|uoi c'est bien une Morale qu'il compose. Mais Aristote, comme tout à l'heure le poète tragique, demeure fidèle à la réalité en l'épurant. L'homme parfait, c'est encore l'homme réel, moins les défauts inévitables, (le n'est pas autre chose que ce qui est, c'est mieux : disons que c'est ce qui est, mais dans toute la pureté de son essence '.

L'homme vertueux d'Aristote, c'est donc l'homme tel qu'Aristote le connaît, c'est le (irec de ce temps-là; je dirai que c'est Aristote lui-même, tel qu'il souhaite d'être, tel qu'il est dans les bons moments ; ce sont ses contenqDorains les meilleurs, dans lenrs meilleurs jours ; c'est lui et ce sont eux, avec leurs plus nobles aspirations, avec leurs plus belles ambitions. L'esprit grec, le caractère grec est là, et je ne crois pas que nulle part dans la philosophie morale anticjue il y en ait une plus vive et plus complète image.

Voilà bien ce goût de la mesure, de la proportion, de la beauté. Le Grec est né artiste, et l'art g-rec est exquis :

1. l'oetic, XV. Kal -'i? iy.î'vo: (î'y.o'/ô-'-va-^o'. à-oo;oovT;; Tr,/ oiv. îîav ;xopaf,v, ciaoio'j; tîO'.O'jvtî;, •/. a)>A£o'j; ypâ:;(>'jsiv o-jtcj vtal tôv — o'.T|Tr,v ;xi;jiO'j;j.ïvov... zôTkXx xà TOiaûxa è'/ovra? s-', twv 'rfjîliv, i—'.tv/.z'.i:, — O'.îlv T.7.^2.Zî'.-^\i% f, TXAr,prjTf,-o; o:T. — Voir aussi l'olit., 111, vi, 6. 'AA/.à toûto) o'.i'jî'po'jT'.v o'. 7— O'jojIoi TÔJv àvopôjv zv.zTzryj Twv — G/.Aôiv, oJsTcp y.al tÔ)'/ ;j.r, y.2À(I)v to'j; xa/.o'j; ciaji, y.al Ti Ycvpaaaiva ô:à zé/yr^^ tôjv àXr.O'.vwv. TM juv-fi/Oa'. Ta o'.:7-ap;j.£va /lopU î'.î ëv.

oV CIIAIMTUI- il.

le sentiment de la vie y est sans exubérance ; c'est un mouvement puissant, mais sans fougue; quelque chose d'alerte, d'agile, de noble, de divinement paisible. C'est je ne sais quel mélange heureux de liberté et de raison, de force et de séduisante douceur. Apollon qui lance au loin les traits est aiissi le chantre à la lyre d'or et le dieu de la pensée.

0 (Heu jeune! dieu libre! û dieu plein de beauté ! Montre-nous comme on marche avec grâce et flerté*.

Le Grec méprise le luxe et les molles délices de l'Orient ; il laisse aux barbares les délicatesses excessives de la vie, non moins que les raffinements de la cruauté. Il aime le beau, ct/î/.a/:;, il est élégant, mesuré, et fait toutes choses noblement, aisément, èij.u.ûm:, tùayr.y.oyo)ç -. Une dédaigne point les plaisirs, mais il ne s'y plonge pas tout entier, il aifronte le danger, mais il* ne s'y précipite pas. Il supporte la douleur, mais ne trouve pas honteux de se plaindre. Il aime la lumière du jour, mais il la quitte courageusement, non sans regret. Il apprécie la vie, et il sait mourir. Il a en grande estime les exercices du corps, mais il veut que l'intelligence brille dans ce corps assoupli, et il convie les muses à chanter les victoires de l'athlète. 11 esl passionné pour la vie politique, mais les entretiens sur les choses d'audelà l'attirent et le captivent. Citoyen libre et jaloux de ses droits, il entend participer au gouvernement

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