Platon, l'hédre, 261 A
2. Et c'est aussi un loisii' : ôo/.îï t3 f, sCôaiuovta sv -zr, s/oÀ?, civai. Eth. Nie, X, VII, G.
LA MOUAL!:; D'aRISTOTIÎ ET LE GÉNIE GREC. G3
raison, c'est tout ce que l'homme a de plus séduisant ou de plus majestueux, c'est tout cela qui est donné aux dieux. On se les représente avec ces admirables qualités à un degré supérieur. Tout ce qui est grand, fort, beau, aimable, est divin. L'homme est divinisé. Naturalisme d'un autre genre, ou anthropomorphisme '. C'est encore la nature, mais la nature humaine, qui reçoit les honneurs divins.. Toutes les grandes et belles choses qu'on admire dans l'homme apparaissent alors comme venant de plus haut et comme ayant, dans cette région supérieure, leur entière perfection; mais en l'homme même elles sont déjà divines, et l'infirmité de la condition humaine, vivement sentie, n'exclut ni la confiance ni la fierté, tant l'homme est convaincu d'une sorte de eomnumauté de nature avec les dieux! Seule, l'immuable Destinée domine tout de si haut, que tout est petit et faible devant elle, et ce sont les dieux, aussi bien que les hommes, qu'elle assujettit à ses lois inflexibles. Soit qu'elle se dérobe dans une ombre mystérieuse, soit qu'elle se personnifie presque dans Jupiter, roi et père des dieux et des hommes, elle semble désigner ce qu'il y a dans la Divinité de tout à fait incommunicable et insaisissable, ce qui passe absolument la portée humaine ; et comme peut-être ce nom redoutable (v7 eiaxoy.iyn, n r.iT.oou.ivrt, uoipx Qi'jyj, Ati^ ato-a) exprime confusément la sagesse souveraine et la suprême justice non moins que la toute-puissance, rien n'est plus au-
1. Polit., I, I, 7. ... usT.îo 0£ 7.2I -zi îVîr, îa-j':o:; i-s,0[J.ry.o'j-:-/ u'. -l-i-
04 CIIAPITRH II.
giiste, rien n'est, si je puis parler ainsi, plus proprement divin. En tout le reste, l'humain et le divin se mêlent : tout déploiement d'énergie, toute brillante qualité dans l'homme est chose divine, et chaque dieu est un homme agrandi. Aussi l'homme a beau appeler les dieux ses maîtres, il ose se mesurer avec eux : attendant beaucoup de leur secours, il compte en définitive sur lui-même surtout; reconnaissant leur grandeur et craignant d'attirer par son insolence leur envie formidable, il est pourtant avec eux dans une sorte d'égalité : il se sent de race divine, quoique mortel. Voilà ce qu'il me semble retrouver dans les plus hautes théories philosophiques d'Aristote. Socrate disait, dans Xénophon, que les hommes, grâce aux bienfaits de la Providence, vivaient dans le monde comme des dieux, ôW-eo Oici /itcTcJîv-c^^ Aristote attend de la vertu et surtout de la sagesse cette grandeur et cette félicité toutes divines. Comme tous les (irecs, il appelle divines les nobles qualités de l'homme. Celles-là lui paraissent les plus divines, qui sont les plus hautes. La contemplation, la sagesse est ce qu'il y a de plus divin. Commentez ce langage par les doctrines d'Aristote. Dieu, moteur immobile du monde % fin suprême à lac{uelle sont suspendus et le ciel et toute la nature, et l'homme même. Dieu est dans un ordre à part, au-dessus de tout, lui qui est le bien, l'excellent, -b àycidôv, -b apirrcv. Mais l'homme, qui pense, fait quelque chose de divin, quand il gouverne sa vie selon