‹ Essai sur la morale d'AristoteChapitre 48 sur 128 · Elk. .^■^.. 111, V · texte numérisé non relu

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ci); àv rocorà;/}, dirons-nous que ces ordres sont des commandements exprès, obligeant la volonté, et penserons-nous avoir affaire ici à ce que '^ant appellejjim — pératif catégorique? Non, pas précisément : si nous perdons le sentiment des nuances et des délicatesses du langage d'Aristote, si nous le traduisons presque brutalement en langue moderne, la théorie se trouve dénaturée, faussée. Cette droite raison ordonne, zàz-ii, mais, sans jouer aucunement sur les mots , je dirai qu'elle a pour office bien moins de donner des ordres que de mettre de l'ordre. Elle ordonne moins à l'homme ceci ou cela, qu'elle n'ordonne l'hoimne, non jubet\ dirai-je en latin, scd ordinat. Même quand çMe prescrit une action, r.oo7-.6(.xzzi, elle prescrit plutôt un bel arrangement, une belle disposition de Tàme et de la vie, qu'elle n'énonce un article de loi. La forme qu'elle donne est esthétique plutôt que légale. Elle ratigc l'esprit, le sentiment, assignant à chaque chose sa place, déterminant ainsi la conduite, beaucoup moins analogue en cela à une loi qui commande qu'à un principe intime d'harmonie. Régulatrice., sans être à proprement parler impérative, elle est l'homme même se connaissant tel qu'il est dans la vérité de sa nature idéale-

1. Le mot y.3 Ac'jc : (juèei) n'est jamais employé dans les Nkomachea avec le mot raison pour sujet. Il est dit de la loi, V, i, 14; V, xi, 1. Dans les Eudemea, au contiaire, nous trouvons ceci (II, m, 2) : 'Ev Trâat 6è x6

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0 )>ôyoç. Mais ce n'est pas le sens kantien, ce n'est encore qu'un emploi analogue à celui que nous remarquons dans les Eth. Nie, YI, i, 2 : oaa f, 'taTpi7.T, x£)v£Ûî'., et de plus il faut remarquer que dans les livres appartenant en propre aux Nicomachea le mot ne se trouve pas.

ment considérée. Elle est l'homme réel prenant pour ainsi dire conscience de son idéal et voulant donner à toutes ses actions la forme vraiment humaine. Si donc cette droite raison juge et décide, ses décisions mettent en évidence la beauté ou la laideur des actions, plutôt qu'elles ne commandent ou n'interdisent expressément ceci ou cela. Ce sont des définitions pratiques ', ayant toujours un caractère esthétique, et c'est dans la société seule qu'elles deviendront des injonctions ou des prohibitions.

Il faut remarquer encore que la droite raison, exprimant en quelque sorte l'idéal de l'homme, ne procède point comme la raison spéculative, appliquée à la définition et à la démonstration des choses mathématiques. Celles-ci sont de pures abstractions. Les règles qui y président sont rigoureuses et ne souffrent point d'exception : elles ont, peut-on dire en traduisant Aristote par un mot de Leibniz, cette parfaite généralité qui vient de la nécessité'. Les choses réelles sont d'un autre ordre. Une si complète exactitude ne s'y trouve point, et comme elles sont elles-mêmes mobiles et souples, elles requièrent dans les règles qu'elles reçoivent une sorte de mobilité çt de souplesse. Un corps vivant ne se traite pas comme un objet géométrique ^ Une dé-

1. E(/(. Me, II, VI, 13. "Etx'.v àpa 't, àpîTt| é";iî TrpoatpsTixTi, èv jxïffô-

2. Eî/i. A7c., VI, III, 2. — kwd. post., I, ii et m, v. — Metaph., XI (K), 1061a28;XIII (M), Il et surtout m.

3. Fhys.,U, II, chapitre li'ès remarquable. — I*-.' Aaiina, I, i, 17. — De Cœlo, III. I. 299316,

'88 CHAPITRE m.

finition courte et précise n'en détermine pas l'essence ; une suite de raisonnements enchaînés les uns aux autres n'en épuise pas la nature et les propriétés. L'expérience révèle la réalité, qu'aucun artifice de raisonnement ne saurait deviner', et la raison, s'ajoutant à l'expérience pour l'interpréter, garde, dans ses conceptions universelles, quelque chose non pas d'incertain et d'indécis, mais de flexible en quelque manière, et, si on l'ose dire, de vivant". Les choses humaines, les choses pratiques, plus complexes encore que les choses de la nature, offrent à un degré supérieur ce caractère remarquable. Elles sont indéterminées, peuton dire, et ne souffrent que des règles indéterminées ^ Elles n'ont pas la rigide simplicité de l'abstraction'*, elles ne tiennent pas dans le raccourci dune formule. Les règles les mieux établies ne peuvent ni tout prévoir ni pourvoir à tout. Quelques cas se dérobent à leur empire. Personne d'ailleurs ne connaît bien ces choses sans en avoir l'expérience ; personne n'en juge bien si l'usage, si l'éducation, si la pratique personnelle ne lui en fournit le sens"'. Or, rien n'est plus variable que cette connaissance propre à chacun, qui dépend de tant de choses, que tant d'influences diverses modifient. Où sera donc, dans le domaine des choses morales, la fixité, la consistance, l'universalité? et qu'est-ce c^ue

1. Elh. Xtc. J, IV. 7; VI, xi, C. — l'hys., Il, i, G; Vil!, m. 2, 3.

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