Etk. Ni<:., I, iii, 4, 5.— VI, viii
cette raison, qu'on appelle droite, et qui semble changer de direction avec les humeurs des hommes et les circonstances extérieures?
Il faut entrer dans le fond des théories d'Aristote. Comprenons bien l'idée qu'il se fait de la raison dans la science même ^ : nous entendrons assez aisément le r^este. r'^'^.^^.-ùf^'- ^^^i-^v^'.o Uj,^ '^:C<S-yi -î*ôur Aristote, le point de départ de tout savoir, c'est l'individuel, et le même Aristote déclare que de l'universel seul il y a science. Mais l'universel dont il parle n'est point séparé^ /'.£/wptcr//£vov, selon le mot qu'il emploie si souvent ; l'universel n'existe point à part, en soi ; il est dans chaque être, dont il exprime précisément ou dont il est même en un sens la forme, l'essence, j'allais dire l'idée directrice; il est dans chaque esprit qui le conçoit en considérant les choses et en y découvrant cette essence, cette forme, cette idée. Il est ce qui rend l'objet intelligible, et il est ce que l'intelligence saisit ou plutôt tire en quelque sorte d'ellemême en même temps que de l'objet, quand elle entre en acte et est proprement intelligente. Ainsi l'universel est au^sein de l'individuel, et c'est comme une double évolution qui l'en fait sortir, celle de la vie qui le réalise, celle de la pensée qui l'abstrait dil réel même. Engagé dans ce qui vit, il se manifeste cependant en se réa-
1. Nous nous appuyons ici sur la Métaphysique, le Traité de l'Ame et les Analytiques. Les textes de la Métaphysique sont très nombreux • voir surtout XI (K), XII (A), XUI (M). Dans le De Anima, voir notamment III, iv-viii, et dans les Analyt. poster., I, xviii et surtout xix : ce dernier chapitre est très imporlaut. Consulter aussi le De Memoria. A'iOi'SO,
lisant ; mais l'esprit qui sait comprendre cette manifestation, le dégage de la réalité et se donne, de ce qui est la raison profonde de la réalité, un spectacle idéal. L'abstraction est donc le procédé propre de l'intellect humain, procédé nécessaire, mais procédé seulement, ou moyen, transitoire par conséquent, et sans autre valeur que de préparer autre chose. Si l'abstrait fait perdre de vue le réel, on n'a pas la vraie science. Si l'abstrait, conçu à part, et prenant une sorte d'existence propre, se substitue au réel, la fiction envahit tout, fiction spéculative, fantôme de science, vaine et vide manière de penser et de parler, Y.tvokoyzlv^ . Hors des mathématiques, le pur abstrait est sans prix, et dans les mathématiques mêmes, il faut le tenir pour ce qu'il est, c'est-à-dire l'abstrait, et se garder de lui prêter une existence réelle. L'extrême rigueur de la géométrie ou de l'arithmétique vient de l'extrême simpHcité des conceptions abstraites qu'on y considère. Mais l'origine de ces conceptions est dans la réalité, dans les qualités et propriétés des corps réels. Toujours la pensée, quoi qu'elle étudie, est ramenée à l'individu. Ce n'est pas sa faiblesse qui la condamne à ne voir l'universel que dans l'individu : plus puissante, eUe l'apercevrait plus vite et le saisirait d'un regard plus sûr, mais elle ne le trouverait pas ailleurs, je veux dire, existant comme une chose en soi, puisqu'il n'a pas et ne peut avoir une telle existence. Nulle part il n'y a quelque chose de 5e-