‹ Essai sur la morale d'AristoteChapitre 51 sur 128 · yiiai.h.. \\\(\). vil, 107-2IJ · texte numérisé non relu

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cité, de quoi suffire à tout et de quoi se suffire à luimême. L'esprit humain, quand il connaît, est en quelque sorte toutes choses \ parce qu'il tient dans ses notions les formes intelligibles des êtres. A peu près aussi, et beaucoup mieux. Dieu, suprême idéal et suprême réalité, est, non par des notions imparfaites et par une science diffuse, mais par son être même et sa perfection, la raison d'être de tout, le principe de tout; et, sans sortir de son éternel repos, il est, non par une action semblable à celle d'un artiste, mais par son être encore et par sa perfection, la fm qui attire tout et où tout aspire : donc la source et le terme, donc ce qui explique tout, donc ce qui fait que les choses sont : et par conséquent, en ce sens, on peut le dire sans fausser la pensée d'Aristote, l'universel véritable est tout être, en même temps que l'individu le plus individuel, l'être singulier et unique, une personne, au sens le plus parfait du mot.

-3^ Laraison humaine a pour office de jens^ l'universel dans l'individuel. Appliquée aux choses de la vie, aux choses morales, si diverses, si complexes, elle ne peut enfermer l'universel en des formules d'une rigueur géométrique. Ce n'est pas que l'universel fasse ici défaut. Au fond, l'universel, en morale, c'est l'idée même ou l'idéal de l'homme. Chacun porte en soi cet idéal, partout le même, mais sans cesse diversifié par toutes sortes de circonstances. A chacun de le chercher, de le retrou-

1. De Anima, III, viii, 1. 'Il ij/r, 72 ô'vra -lÔ; s-ti --1-j--u.

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ver, de le reconnaître sous ce qui le cache, le déguise, le dissimule. A chacun de refaire, de faire Thomme en soi-même, et de dégager, en le faisant, le type d'après lequel il le fait. On le possède, ce type, puisqu'on est homme; on se dirige d'après ce type, dès qu'on s'efforce d'être bien un homme ; mais plus on s'y conforme, mieux on le connaît. A mesure qu'on se parfait, on se sait davantage. Qui aurait une vertu parfaite, aurait un parfait savoir. On ne se connaît aux choses, on n'est compétent pour en juger, que si on a avec elles un commerce immédiat et continuel. Là oi^i il s'agit non de spéculation, mais de pratique, le jugement n'est ferme et sûr que grâce à la pratique, laqueUe seule lui fournit les données indispensables \ La raison, la saine raison, celle qui discerne l'idéal de l'homme xpivci ôcjQôk ou x.aXw;^, c'est celle de l'homme qui conforme sa vie à cet idéal. Et il n'y a point ici de cercle. La raison, n'est-cej pas l'homme ? La raison ne manque à personne ; les premiers éléments de la vertu sont en vous, en moi, en tous, p^ar cela seul que nous sommes hommes. Selon ce

1. C'est en ce sens qu'Arislote dit que les principes de la morale sont connus par l'habitude, sÔiïijlw, Elh. iSic, I, vu, 21. Comparer X, ix, 6. Ces « principes accoutumés » comme l'on pourrait dire d'après Pascal, sont conformes à la nature et à la raison : on les découvre en en usant : l'habitude, la pratique, les mettant en œuvre, les met en relief : car ils sont l'homme même. 'H6'.xt, {àpz-z-r,) vient de £6o;, dit Arislote, le caractère moral supposant la nature, II, i, 1-4. M la vie morale ni la morale ne sont toutes faites en nous : c'est notre part d'activité que l'sOoç représente.

2. Etii. Nie, 1,111, 5. "E/asTo; y.ptv£'. xaAôJ; S yivtôïXîi. — I, viii, 13. — m, IV, 4. Kpîvst ôpôô); ô j-û'joaro;. — X, ix, 20. Tû -/tprvai ôp6û; |j.s'- Y'-TTOv, cisTcsp £v ToT; y.aTà [j.o'j5'.-/t,v o'. yào È'a—sioot ■:r£p'. è'xasTa xpîvoy- 5iv opOôJ; Ta è'o-'a.

DU BEAU OU DE LA RÈGLE MORALE. 9o

que nous ferons de ces germes de lumière et de moralité, nous serons de plus en plus hommes, ou nous le serons de moins en moins. La raison deviendra plus nette ou s'obscurcira. Nous serons clairvoyants ou aveugles. Notre sens sera sain ou corrompu. Nous serons donc aptes à juger ou incapables de juger, en même temps que nous serons bons ou mauvais. En toutes choses le jugement appartient à celui qui, étant sain et ayant pour ainsi dire des organes intacts, est en état de voir ce qui est tel qu'il est. Le bon juge est, dans l'ordre des choses visibles, par exemple , celui qui a de bons yeux. Quiconque est en bon état, pourvu d'un bon organisme, d'un bon esprit, a-nsvdxio;, àyaOéç, a ce qui est requis pour juger droitement, xptvet àpQrhg, il est à même de discerner la réalité de l'apparence, le vrai du faux, il est bon juge, àyccQbg -/.piz-nq^ L'homme vertueux est, dans l'ordre des choses morales, le seul vraiment compétent : c'est que seul il est l'homme complet, bien organisé, bien fait, (j7:ov^aàog, àyaQàq. La bonté de son jugement vient de la bonté de l'objet qu'il considère sans que rien offusque ou fausse sa vue. Portant en soi le vrai homme, il est à la fois l'objet à voir dans sa perfection, et le sujet capable de voir, également dans sa perfection.

De là ces propositions qui reviennent si souvent dans V Éthique d'Aristote. L'homme de bien est comme la règle et la mesure des choses qu'il voit, y.xi dLxjépei

1. Eth. Nie, 111, IV, 3, 4. — 1, III, 5. — Voir encore X, v , 9 et 10.

ô'ysr.iû x.avwv x.ai [j.é-p:v aùrwv wv'. En chaque chose, il semble bien que la mesure, c'est la vertu et Fhomme bon, ïciy.c yxo [j.ézpoy iy.x^zo) r, àoirh "/ai à aizov^aioç ehxi-. Ce qui est la mesure de chaque chose, c'est la vertu, et celui qui est bon, en tant qu'il est tel, -/.où 'éaxiv t/.xfjxcu y-érpcv •}] àpsr/î, Y.7À c àyaSôq, 'h xoioxiXOi^ . Chacun a en soi comme un sentiment juste, fm, délicat de ce qui est bon et de ce qui ne l'est pas, chacun, je veux dire par là non le premier venu, non l'homme incomplet, mais tout homme en qui la nature humaine est développée, complète, vraiment comme elle doit être, vraiment elle-même, ni corrompue, ni abaissée, b (jtccvoy.ioz, c àyy.Bô;, b ir.iiiy.-n;, par opposition à xaxôç OU zy-îilc: : ainsi le musicien se plaît aux beaux chants et est péniblement affecté par les mauvaise La raison de chacun est donc juge, mais parce qu'elle est l'expression de l'universelle vérité ; le plaisir même de chacun est l'indice de la valeur des choses, mais parce que ce plaisir est lui-môme selon la vérité. La droite raison ne rend pas des sentences abstraites : elle est cette vive et nette intelUgence qui saisit en chaque chose ce qui est à faire, àoOiç oï lôyoç Trept twv roicùzotv ■/] ops'v/jo-tç

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