Mit., III, XI, 3 et
DU BEAU OU DU LA RÈGLli MOUALE. lOo
moi ycfi;ç? Est-ce la loi non écrite, la loi éternelle? Probablement, du moins entrevue comme ordre suprême des choses. Est-ce aussi la loi écrite? Oui, mais pas toute seule. La loi, vo/;.;?, c'est cette chose sociale, cette puissance publique, cet ensemble des coutumes et des usages non moins que des institutions et des prescriptions proprement légales, c'est tout ce en quoi se résume la vie de la cité, ce qui vient de la tradition et que consacre une origine antique, ce qui vient des législateurs et qui trouve dans les récompenses ou dans les peines publiques une sanction, ce qui vient de la religion, des mœurs, des habitudes, et qui s'exprime dans la louange ou dans le blâme, dans les sentences de Yojmiion, mélange singulier, réseau immense et serré, pouvoir vague, règle mobile, mais impérieuse, quelquefois maudite, toujours consultée, rarement désobéie.
Singulière destinée de ce mot vày-og. Tantôt nous le voyons opposé à la nature, o-jo-t;, et tantôt c'est ce qu'il y a d'intelligible et de réglé dans la nature même qu'il semble exprimer.
Recourons à l'étymologie du mot. Il vient de véy.&j, et l'idée d'une distribution régulière est au fond de tous les sens que nous lui reconnaissons. S'il devient dans la langue musicale terme technique désignant le rythme, le mode^ n'est-ce point qu'un arrangement, une certaine combinaison, une certaine distribution réglée des sons constitue précisément un mode musical et distingue celui-ci de celili-là? Tout ce qui est ordre, rangement, est loi. Aristote pourra dire avec
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vérité : ; or, yiy.o; Tx^ig zl;K La loi met chaque chose en son rang, à sa place, mais comment? Par un caprice, une fantaisie, une détermination arbitraire de l'esprit imparfaitement renseigné, ou. au contraire, conformément à l'essence vraie des choses, en vertu d'une vue nette et exacte de la réahté, et par une décision de la pensée qui possède la science ? Dans le premier cas, la loi est en contradiction avec la nature, dans le second elle s'accorde avec elle ; dans le premier cas, elle exprime ce qui semble, ce qui paraît, et elle est née de 'opinion, oc'ix', elle n'a d'autre origine que la volonté qui la pose, 9z7i:^, elle est convention pure et simple, G-j-Arr/.r. ' ; dans le second cas, elle exprime ce qui est, elle est par nature, oÙ7u, et selon la nature, /aTà rhv
Les sophistes attribuent Torigine du beau et du juste à la loi. Yeulent-ils dire que dans la nature tout est mêlé ou confondu, en sorte que la nature est indifférente au beau et au laid, au bien et au mal, au juste et à l'injuste, et que ces distinctions supposent un travail de la pensée établissant entre les choses telles que la nature nous les offre, une sorte de partage, une distribution, non pas fictive, mais idéale ? Deux textes remarquables pourraient autoriser cette explication.
\. Volit., m, 51, 3, 12S7; VII (IV), iv, 5, 1326^. 2. Arislote et surtout Platon, et avant lui l'arménide, opposent la Sô^a k la science.
^. Polit.. lY (VI), XI. 4, 1298.
!i.Metor., I, xui, 1-2. — Eth. Nie, V. vu. 4-5. 5. Rhetor., I, xiii, 1-2. —Eth. Nie, \,\u, 2-5.
Archélaûs, disciple d'Anaxagore, n'étaitpas un sophiste : or, voici un fragment qui nous est parvenu sous son nom. Il disait que le juste et le laid sont non par la nature, mais par la loi, je traduis à dessein littéralement : Kai rô diy.aiov zhoci y.sà tô aiG-/pbv où oùasi, alla vôuM ' . Rapprochons cela d'un autre fragment, où il est dit que, selon Archélaûs, il y avait dans Tinteiligence un <jTiélange primitif ^ Qu'est-ce à dire, sinon qu'à première vue, les choses telles que les présente la nature, sont indistinctes, et que la pensée y introduit ensuite la distinction en y mettant l'ordre, en les partageant et distribuant, non pas à son gré, mais du moins par un acte à elle propre, vây.oç'^ Et c'est apparemment dans un sens analogue que Démocrite a pu dire que le chaud et le froid, le doux et l'amer, et en générai toutes les qualités sensibles existent par ce qu'il nomme vâ^j-cg^. Ces distinctions supposent la sensation, qui est, comme la pensée, une sorte de distribution d'éléments confus, un partage entre ceci et cela ; et n'est-il pas remarquable que la proportion et la mesure, qui sont des caractères delà loi (ô vôixog xb ^.ifjov, pourra dire Aristote^), se rencontrent déjà dans la sensation, tout ce qui est ou trop fort ou trop faible échappant aux prises des sens