‹ Essai sur la morale d'AristoteChapitre 59 sur 128 · l'oUt., IIF, XI, 6, 1287h · texte numérisé non relu

l'oUt., IIF, XI, 6, 1287h

et ne donnant lieu à aucune perception distincte ' ?

Si Ton attribuait au mot vôu.oi une signification analogue dans les discours des Sophistes, leurs propositions les plus choquantes pourraient recevoir une interprétation favorable. On ne peut nier cependant qu'ils n'aient été enclins à rendre la pensée en quelque sorte maîtresse des choses, non par cette prise de possession légitime qui est la science, ir.i'y-.i^u.r, , mais par cette usurpation qui est \ opinion^ dicx. C'est en ce sens qu'ils ont dit, selon Platon, que s'il y a des choses belles, ce n'est point de par la nature, mais seulement de par la loi -. C'est en ce sens qu'ils ont déclaré que le laid n'a d'autre origine que l'opinion et la loi \ Et ce qui n'est qu'opinion leur a paru science ; et la volonté du législateur s'est identifiée pour eux avec la justice.

Mais voici que la loi va se réconcilier avec la nature. Aux lois écrites on oppose les lois non écrites. Et ce ne sont pas seulement les coutumes, les habitudes, les mœurs, cette discipline domestique et sociale qui s'établit par l'usage et se transmet par une sorte de marche continue : règles sans formules, et sur lesquelles reposent et dont dépendent les lois ellesmêmes ^ Nous voyons éclater dans une pleine indépen-

1. De Anima, II, ii, 13. Kai ôià ToO-roxpivs'. tx al^^r.Tâ* -zô fip ;ji£7ûv y.p'.Tixûv. — III, IX, 1... TÔ) xpiTixô) B ôiavoîa? â'pYov i^-zl -/.aï alsOTiTsw;. — Comparer Eth. Nie, III, iv. Il faut remarquer comment -/.oîvciv se trouve ainsi rapproché de aîsOivsïOai dans Aristote.

2. Platon, Gorgias, 482E. "A ■s-jzsl o-Jx è'tt: xaAà, voau oé. — Protayoraf, 337 C. ^ûsB'., o'j vôaii).

3. Platon, République, II, 339 C. AÔçTi-" [J-ùvov xai v&;j.ip 3.'.t/o6'k

4. Thucydide, II, xxxvii, Bise, de Fcriclcs, pense sans doute à cela quand il parle de lois, oso; à-'oa-^o: ô'vtîc a'T/vvT,v b[xrAo-^'0-j\J.hr;/ 'fspoujiv. —

dance et avec un empire souverain des lois non écrites^ infaillibles, éternelles : ce n'est pas assez de dire d'elles qu'elles sont aujourd'hui et qu'elles étaient hier : elles vivent toujours, et personne ne sait quand elles ont commencé d'être. Voilà comment parle un poète ; on connaît cet admirable passage de VAntigone de Sophocle \ Et Socrate disait la même chose : il montrait au sophiste Hippias qu'il y a des lois non écrites, partout les mêmes, et ayant pour origine la sagesse des dieux ^

Platon ne donne guère aux mots vôu.oç, et vôu.ma que leur signification usuelle ^ S'il dit dans le J^mee que certains mouvements se produisent contre les lois de la nature, y.y.-x -o'jq rhz a-jc-sw; vôu.ov;,'\ l'expression est tout à fait digne de remarque^, tant elle paraît moderne plutôt qu'antique ; mais partout ailleurs, ce que Platon place dans la région des choses divines

l'iaton, Lois, vu, 793A, dit : Ta -/aÀ(j'j|j.£va Crô twv T.oltÙM'j 7.ypxçx •/6<j.'.[xx. Ces mots ne désignent pas autre chose, et plus loin, 807 et 823, il uiontre comment ce qu'il nomme i-iTT,os'J;j.aTa contribue, non moins que les lois proprement dites, à régler l'esprit et la conduite des citoyens. (Voir Grote, Vlato, t. I, p. 251, note et t. III, p. 378). — Aristote dit aussi dans le même sens àyoâcpuv voiiwv, dans ce dernier chapitre des Eth. Nie. (X, IX, 14), qui sert de transition à la Politique, et où le rôle de la tradition, de l'habitude et de l'éducation est si fortement marqué.

1. Sophocle, AîU/p-one,, v. 440. Aux ordres du tyran, Antigone oppose ce ([u'elle appelle âypa--a xxTcsaXfi Oôwv voaiaa, et elle ajoute :

OJ •('âo 'i vi>v Y= i(ày9i';, àAA' ait r-.KZt

Page 1