Magna Moral., I, ii
DE LA. FIN l'IlATIQUE OU DL' BONHEUR. 131
latin princeps, principatus. On est à la tête et au principe des choses, quand on est la source d'où elles prennent leur cours ; mais le chef qui commande avec un souverain pouvoir, n'est-il donc pas aussi à la tête et au principe des choses? n'est-ce pas de lui que tout part? n'est-ce pas de lui que les affaires dont il dispose prennent leur cours? Et cette primauté, comme l'autre, a je ne sais quoi qui exige le respect, l'honneur; c'est quelque chose de divin, étant quelque chose de premier et comme une cause première. Voilà pourquoi Ton honore, l'on vénère, l'on adore presque ce qui est antique ou ce qui est puissant. L'honneur, dit Aristote lui-même', c'est la plus grande chose que nous puissions donner aux dieux, et c'est aussi ce qu'ambitionnent le plus ceux qui sont dans une grande place, cl ïv à\v',\]xy~i, et eiiiin c'est le prix des plus belles choses, v.yX xb ï~ï zci; y.a/j.i7- ~:i; âOlcv. Mais revenons au texte de?, Mar/na Moraiia. La vertu est chose digne d'honneur, c'est-à-dire chose d'une excellence singulière, d"ordre supérieur, chose divine, quand par elle Thomme est placé dans cette perfection que réclame sa nature, cùx.cGv xat -h àrjtvh ziu.ici/, 'i-.y.-j yz dn «r' càirn^ aTisvooûôç, Tt; yév/jrxi. C'est qu'alors il a pris la forme même de la vertu, rid-n yâp cL-.cq ùç, tc r'nq dpzrriç (7yriaa ri/.ei. Jusque-là il n'y a en lui que des actes de vertu, ou des dispositions vertueuses, et cela n'est digne que de louange. Aux actions faites selon les vertus, la louange; à la vertu achevée, complète, qui a
1, Eth. iVic, lY, m, 10.
pénétré l'humme et l'a comme transformé en lui donnant une entière perfection, l'honneur, la vénération, un hommage presque divin. Les vertus sont choses humaines : ici apparaît une excellence divine.
Nous reviendrons sur l'effort c|ui est fait dans les Magna Moralia pour établir une sorte de lien entre le bonheur, chose digne d'honneur, rt//tcy -i, et la vertu morale, qui est proprement chose louable, ri iT.y.ivz-6'j. Ce qui importe en ce moment, c'est de bien saisir le caractère divin du bonheur, et c'est ce que ce texte met en lumière par l'énumération qui y est faite des choses auxquelles appartient l'honneur.
]\Iaintenant laissons les textes particuliers, et, envisaeeant l'ensemble des doctrines d'Aristote, tâchons de mieux comprendre encore ce rang suprême où est placé le bonheur.
Il est clair qu'il y a, selon Aristote, une région qu'on peut appeler purement humaine. Il y en a une autre qu'on pourrait appeler purement divine. Le contraste entre les deux est très fortement marqué.
Dans la région purement humaine, nous trouvons le beau, l'ordre, la mesure, la raison. Ce mot làyoz, que nous avons déjà remarqué, a une richesse de sens très grande, mais toutes ces acceptions se ramènent à une seule. Le loy:;, parole, discours, notion distincte, raison des choses et raison de l'homme saisissant la raison des choses, c'est tout ce qui explicjue, caractérise, définit, dénomme ce qui est, le discernant du reste et le mettant en sa place ; c'est ce qui détermine l'être
en lui-même par sa forme ou essence, et ensuite clans l'esprit par la notion précise et le mot propre (t:v li-pv xbj -i h ehxL léycv-x)\ Il y a dans tout ce qui a la raison, ou y participe, ou est défini par elle, je ne sais quoi de net, d'arrêté, de mesuré, je ne sais quelle proportion bien prise, je ne sais quelle justesse et sobriété, rien de trop grand, rien de trop petit, ni défaut ni excès, et, par suite, cette grâce charmante qui naît de l'harmonie.! La raison est règle : retenant et maintenant les choses dans les limites de leur nature, elle marque ce qui leur convient, et elle discerne les conditions de leur perfection, car leur perfection, c'est le développement, l'achèvement, l'accomplissement de la nature même , conformément à la notion vraie de l'être, à son essence, on peut dire à son idéal*. L'homme se conduisant par la raison et vivant selon la vertu arrive à cette beauté, à cette perfection. Et tout cela est bien le domaine de l'homme '.
"^ Rien,, au premier abord, ne semble supérieur à la raison. Et pourtant, tout ce que nous venons de trouver si digne d'estime et d'admiration s'évanouit dans une autre région qui passe l'homme * et la perfection humaine. On dirait que la mesure même, si indispensable