‹ Essai sur la morale d'AristoteChapitre 88 sur 128 · Nie, X, IV · texte numérisé non relu

Nie, X, IV

\'oi CHAPITRE V.

éminent, crime manière excellente ? Et, si elle l'a ainsi, nesera-t-e!Iepas plus véritablement elle-même? L'excès déforme, non moins que le défaut; mais le surplus dont nous parlons, c'est l'excellence de la forme même, c'est une bonté souveraine qui n'est que plus proprement bonté, et avoir plus que le strict nécessaire, c'est enfin la seule façon d'avoir tout ce qu'appelle et comporte la nature. C'est là une des vues les plus profondes d'Aristote. Nous la retrouverons tout à l'heure encore quand nous considérerons la vie contemplative. Etre soi, selon Aristote, c'est avoir ce qui est requis pour être soi, et puis c'est encore avoir quelque chose en plus. Il y a une manière médiocre d'être soi; il y en a une éminente, et c'est celle-ci qui est la vraie, parce qu'elle semble franchir les limites de l'être même. La vertu est donc l'activité la plus déterminée, la plus précise, la plus conforme à l'essence, à la nature, à la notion propre, à l'idée ou l'idéal de chaque être'; mais elle n'est cela que parce qu'elle est chose éminente, excellente, et qu'au lieu de resserrer, elle dilate, au lieu de comprimer, elle exalte. Elle est perfection-. Et la perfection, c'est l'activité, c'est l'acte : acte réglé, en ce sens que la nature propre de l'être lui sert de mesure et de loi'' ; mais acte puissant,

l.Voir dans la Polit., I, v, 1, l'opposition entre tû tî^vôiov etTÔî-cÀi;.

2. Metaph., V (A), xvi. Kxl t, àoti-ï^ •zz'Ac'm'j:^ ti;- é'y.aTTOv yàp tôt; tî'-

3. Voir ce qa'Aristote dit de ce qu'il appelle ;j.ivsOo; dans l'action tragique où il veut de justes proportions, Voet., v, et dans l'État, où il •veut aussi une juste grandeur, l'ûlit., VII, (IV), iv. 11 comprend que dans les choses morales, il y a possibilité d'aller en quelque sorte à l'infini, ce que Ma-

SOLUTION DE QUELQUES DIFFICULTÉS. Id3

cette mesure n'étant pas une borne fûclieuse, ni cette loi une gène, mais au contraire une carrière vaste qui s'ouvre à l'activité, en un sens, inépuisable de l'être dirigé par la droite raison, allant, par conséquent, droit devant soi, sans écart, sans égarement, et allant par cela même jusqu'en haut. Or, quand on est parvenu à ce terme, que trouve-t-on enfin? Le suprême bonheur dans la vertu parfaite.

C'est ainsi qu'en demandant à la doctrine même d'Aristote, plus profondément considérée, l'explication d'une apparente antinomie, on comprend qu'il ait pu, sans contradiction, donner poin- objet à la volonté humaine la vertu et le bonheur. Mais il est clair que nous n'avons pas ici envisag-é la vertu sous un aspect proprement moral ou pratique. Sous ce nom de vertu, nous avons compris la spéculation, la contemplation, la vie contemplative. Vivre selon la pure intelligence, vivre de la vie de la pure pensée, c'est ce qu'Aristote appelle vivre selon la vertu la plus parfaite, v.y.-.à rh àoixvj rivj -ù.iiz-y-rr/ . Quand la vertudevient proprement la vertu

lebrnnclie appelle ^'anmcer dans k bien. Notons ce passage de la rvlilique iiiiliiiiié plus liant, VII (IV), i, 3. 1323. 11 parle de ceux qui trouvent toujours i|ii'oii a assez de \eitu, tt,; àpsT-r,; J'/s^v L-/.avov voailIo'jîLv ôzosovoCv, mais qui veulent sans cesse plus de richesses, de puissance, de gloire, etc. Kal — ivTuv iwv zoioùzoiw £lî à — £'.pov ÇT,TOÛfft tt,v Ci— ep^o)>T,v. C'est tout le contraire qn'il faudrait pour être vraiment heureux. M5aaov •j-rrâp/c!.. (r, î'jôa:;iOv[a) tûTç to r, 0 o ç [xâv y.al tt.v Sidvoiav Xc7.oa;j.T|ij.É vot; îlî ■j-îp6oAT,v (notons tous ces mots), Tcpi 6è tt.v i'^w xtt.s-.v tcôv iyaôôJv |j.£TpiiîJci'jffiv, T| Toïî iv.z'.'/x [làv y.£XTT,;j.îvo:î rXsîoj twv /pr,(7t|j.ojv, èw Se; TC'JTO'.; £AA£Î-o'jciv.— Raiipclons ici nn texte très remarquable que nous- ;ivons déjii cité, Eth. Nie, IV, m, 8 : "Esti o)-, 6 ;j.£-'aVj'i'j/oî tÔj ;ièv ;j.£y£- 0£'. axpo;. ■zC^i C£ ô) ; oîT [lézoq.

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