‹ Essai sur la morale d'AristoteChapitre 94 sur 128 · EmL, I, IV, 3; V · texte numérisé non relu

EmL, I, IV, 3; V

SOLUTION DE QUELQUES DIFFICULTÉS. do9

pu déjà la caractériser plus nettement; et puis, après cette première indication si insuffisante, il n'en fait aucune étude. C'est manifestement la vertu proprement dite, la vertu morale, qui seule l'intéresse. A la fin seulement, dans ce dernier chapitre du dernier livre, mal rattaché à ce qui précède, et débris isolé apparemment d'un traité plus considérable, il se souvient de cette contemplation qu'il avait signalée comme un des éléments et comme une des formes du bonheur. Qu'en dit-il? Lui qui avait nettement déclaré que certains philosophes regardent la pensée comme un plus grand bien que la vertu, ici, dans une belle esquisse de la vie parfaite, toute belle et toute bonne, y.yj.cv.y.yaOly., il tranche résolument enfin la question, posée auparavant, mais non discutée. La partie contemplative de notre être est décidément la plus haute, mais entre elle et le reste il y a un lien étroit. C'est elle qui commande, c'est elle qui donne la règle. Et comment? Le but suprême de la vie, c'est la contemplation, oui, mais la contemplation de Dieu, vhvzùii Q-.cù Oio^oiocv, et, pour ne laisser aucun doute sur le sens de ces mots, l'auteur ajoute deux ou trois lignes plus loin à ce mot Qeoiptîv, contempler, cet autre mot bien remarquable et absolument' étranger au langage et à la pensée d'Aristote, 0;o:z7T£J£tv, ^frivV. Yoilà donc la suprême affaire, servir et contempler Dieu, xhv 6iàv Oîpxmùziv Y.cù Oîoypiij. C'est ce qui convient le mieux à Tàme, c'est la règle la meilleure qu'elle se puisse donner

1. On lit bien dansla Folitiqne, VII (IV). viii, 6 (1323«) : 0îpa-c(av à-ooioôvat ToïîOîoT;. Mais là il s'agit du culte social et légal des dieux.

pour juger des choses, c'est le meilleur moyen qu'elle ait d'en discerner, d'en déterminer la valeur : comme c'est ce qui donne à l'âme son propre caractère et la définit, ciizcç b rriç, '^-jyjhi Eps; âpi7zo:^ c'est aussi, et par cela même, ce qui donne à la perfection de la vie humaine son propre caractère, oooq rnç y.xloy.xyxOixç, et c'est ce qu'il faut avoir en vue dans l'appréciation des biens considérés d'une manière absolue, ô (j-/.ôr.cq, rwv dcTclôi; àyaOôyv. Le choix et la possession de tels ou tels biens naturels, biens du corps, richesses, amis, feront-ils que nous soyons plus aptes à contempler Dieu, notons les mots grecs et pesons-les, -n aloi'jiç, v.y.ï y.-?i7i; twv c&ûs-îi àya9o)v 7::ir,7îi -r,v tz'j 6t:v y-dli^zoc. Qic^piavl Alors c'est une chose excellente que ce choix et cette possession. Quel plus noble moyen de juger des biens pourrait-on ■souhaiter? y.-jrri àrÀ7rr,, v.cf.ï zL-cç, b co:ç y.dlh^zcç. Au

contraire, y a-t-il là, soit à cause de quelque défaut, soit à cause de quelque excès, un empêchement à servir et à contempler Dieu? Alors c'est mauvais, £Ï m o'ri oi' h^uxv •/) 01 vzepzolrrj y.O)lvîf. zbv Btb'j Bspx-vjiiy y.aï ÔKooely, oc-jzy} ot (j^a-j/vî'. C'est donc au service et à la contemplation de Dieu que tout se termine, et l'on voit quelle intime relation existe entre la vie pratique et cette suprême fin . L'auteur, quel qu'il soit, de la Morale à Eudème a cherché dans une conception religieuse, plus conforme à la doctrine de Platon qu'à celle d'Aristote, la solution de la difficulté. Il est arrivé

1. nu. Eud., vil, XV, IG et 17 (dans Tédit. de Fiilzsche, VIII, m), 1249i>.

SOLUTION D1-: nUELOUES DIFFICULTÉS. If'l

ainsi à subordonner la pratique à la contemplation, sans ôter à la pratique son prix : il y voit un acheminement au service et à la connaissance de Dieu.

Considérons maintenant un texte de la Grande Morale que nous avons déjà cité. C'est la distinction entre les choses dignes de louange, -à ï-y.ivt-,y.. et les choses dignes d'honneur ou de respect, -y. -irj.ix, qui y est expliquée'. Cette distinction vient d'Aristote, et on peut dire qu'elle lui est propre. L'auteur des Magna Moralia y joint, en la reproduisant, un commentaire qui montre bien ce que la place faite à l;i vertu dans le système d'Aristote avait d'inquiétant ou d'embarrassant. Si le bonheur, qui est en définitive la même chose que la contemplation, est au nombre des biens dignes d'honneur ou de respect, tandis que la vertu proprement morale ou pratique est plutôt digne de louange, voilà que la vertu est placée en un rang inférieur. Mais l'auteur des Mar/na Moralia introduit ici une ^ distinction fort importante entre la vertu qui se fait et la vertu parfaite : celle-là est une laborieuse conquête du bien ; celle-ci en est la paisible possession. C'est la vertu par laquelle on devient bon, qui est digne de louange : car, dirionsnous maintenant, c'est un effort, effort méritoire ; l'autre est chose respectable, vénérable, -buàv ~i : l'homme vertueux en ce sens est l'homme qui s'est comme revêtu et pénétré de la vertu, qui en a pris la forme, rr/.zi dq

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