‹ Essai sur la morale d'AristoteChapitre 95 sur 128 · MiKjn. Moral., I. ii · texte numérisé non relu

MiKjn. Moral., I. ii

72 c///aa r/j; àoîtr;;'. Une telle vertu est donc, comme la contemplation, un bien suréminent, un bien divin. Ailleurs, l'auteur de la Grande Morale prétend que la sagesse même, ayùx, est une vertu, et une vertu dans la signification morale du mot. Il avait déclaré que la louange ne convient ni à l'homme prudent, ni à l'homme sage, en tant qu'ils sont tels : il l'avait réservée à la vertu pratique seule. C'était dire que les vertus intellectuelles n'ont aucune valeur morale. 11 revient sur cette première opinion, et la modifie. De la sagesse pratique d'abord, cpocv/io-tç, il fait une vertu : elle n'est pas science, dit-il, car ce n'est pas la science qui est objet de louange, c'est la vertu, et la sagesse pratique obtient la louange. Dans toute science, l'acquisition ou l'usage peut avoir quelque caractère moral, la sagesse pratique est elle-même vertu. Yoilà qui est net et précis. Mais alors comment la sagesse proprement dite, la sagesse spéculative, (jz'^iy.^ ne serait-elle pas vertu, elle aussi? iS 'est-elle pas supérieure à la sagesse pratique? Combien son objet n'est-il pas plus relevé, puisqu'il est l'éternel même et le divin, au lieu que la sagesse pratique se borne à l'humain et à ce qui est utile à l'homme? Se pourrait-il qu'étant au-dessus de la pensée pratique par son objet, la pensée pure se trouvât néanmoins au-

1. Montaigne, E^MUi. 11, xi. «Ce n"esl plus veilii pénible..., c'est l'essence même de leuràme, c'est son train naturel et ordinaire. » — Aristote dit lui-même : Tf,; àpsT?,; -/.a- tï,; s-jî p-;'25£a? r, Tt;j.T, yioac?. E\]i. Nie, VllI, XIV, 2. Est-ce parce qu'il prend ici le mot àotrf, dans le sens large d'excellence ouïe niotTi;j.f, dans un sens peu précis? N'est-ce pas aussi parce qu'il pense surtout ii la bienfaisance, et que faire du bien, c'est êtip cause et principe d'action, ce qui est chose divine?

SOLUTION DE QUELQUES DIFFICULTÉS. Ifi3

dessous, le caractère moral que celle-là possède manquant à celle-ci? Sa dignité exige qu'elle soit vertu : elle l'est donc '. Si l'on considère que suivant l'auteur de la Grandf Morale, il n'y a rien de supérieur à la vertu et au beau qui en est l'unique objet, on comprendra que la vertu étant la suprême fin"', la sagesse spéculative ou pensée pure placée par Aristote au faîte des choses devait embarrasser singulièrement un disciple qui incline vers une sorte de stoïcisme : il surmonte, à sa manière, la difficulté, en rapportant la sagesse spéculative elle-même à la vertu et en lui attribuant un caractère moral que réclame une si haute excellence, et sans lequel d'ailleurs cette excellence semblerait compromise.

Revenons à Aristote lui-même. La vertu morale est, dans son système, mise au-dessous de la contemplation : c'est certain; et en même temps le beau moral, en vue duquel on agit quand on est vertueux, est d'un tel prix que pour lui on doit mourir s'il le faut : c'est également certain. La vertu est-elle donc la voie par où l'on va au bonheur, lequel consiste dans la contemplation? Nous trouvons que, selon Aristote, la vertu a ellemême ses joies, joies profondes, qui s'allient merveilleusement aux peines qu'elle impose quelquefois \ Le

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