YAh. Me, 1, IX
2. Ëth. Nie, X, VII, 6 cl 7. Ao-z-îï tî tj 3'j&aiaovia £v t?, 5/0Af| slvai.. ïj-rai 3è (les vertus pratiques et sociales) às/oî^o: -/.al -riAou; tivôî èïîsvxai... 'H TO'j ro),:T'.xo'j àoîTr,... àj/oXoî, •/.al Trap' aùxô tô — oÀiTsûauOai ~sçi:tzo'.oulié'jr, ô'jvasTcîa; xal x'.aà; •?, Tr,v ys î'joaiaovîav aÔTw y.al -zoU ~o/î-a'.;, ÉTï'pav o'J73cv T?,: -OAiT'.y.?,:.
Entravée dans sa marche vers le but où elle aspire, elle semble le toucher, d'une autre manière : le sacrifice qu'elle fait au beau moral est, comme la contemplation même, félicité.
Ainsi, plus on approfondit la doctrine d'Aristote, plus les idées paraissent se troubler. Mais ce travail d'interprétation n'est pas vain. Si les textes s'opposent aux textes, ce n'est qu'en apparence. L'étude qu'on en fait augmente d'abord les difficultés : elle donne, à lafm, le moyen de les surmonter. Non que toutes ces difficultés s'évanouissent complètement, mais on comprend au moins pourquoi Aristote ne les a pas remarquées. Sa doctrine n'est pas satisfaisante de tout point, mais on découvre ce qui en faisait dans son esprit la consistance et l'unité.
D'abord, il ne faut voir dans ces mots yrix ou récompense^ fin du combat, loisir préparé par la guerre, que des métaphores ou, pour mieux dire, des comparaisons. Nous, en usant de ces termes métaphoriques, nous y trouvons une analogie et une convenance telle avec les choses morales qu'ils deviennent des expressions propres, justes, presque exactes. L'idée du mérite les résume et les explique. Chez Aristote, l'analogie demeure beaucoup plus lointaine ; la signification littérale n'est nullement effacée, et la métaphore, où l'empreinte des choses est encore si vive, est, je le répète, une comparaison. Je ne trouve pas que l'idée de mérite, en dehors des relations sociales, soit familière à Aristote. Il admet que l'homme a une dignité, une valeur, ce
qu'il appelle à^îa, et nous avons remarqué ce mot. Il lui arrive de dire, par exemple, que les voluptueux préfèrent leurs plaisirs à leur dignité, p.àX/ûv àyar.y. rà; rojaûra; 'hhvàç rrii àcly.; , et cela parce qu'ils agissent contre le beau, -apà xb za/c'v^ Mais cette dignité , cette valeur, ce n'est pas proprement le mérite au sens moderne du mot dans la langue de la morale ou de la théologie morale, c'est la noblesse que confère à l'homme sa nature d'être raisonnable, c'est sa valeur, comme homme comparé à l'animal sans raison-.
Cela posé, je rappelle que, chez Aristote, l'idée d'activité domine tout ; j'ajoute qu'il admet des degrés différents d'activité, formant une sorte d'échelle hiérarchique ; enfin je remarque que, si le sommet est ce à quoi tout aboutit, c'est aussi du sommet que tout part. La lin est principe et cause. Ktant la raison de tout le reste , elle est en quelque manière ce qui donne le
1. Eth. Nie, 111, xr, 8. — Voir encore 111, vu, 5. KaT' i;(av r.ij/z: y.ïl TpâxTii ô àvopsïo;.
2. Je dis comparé à l'aniinal sans raison, non pas à l'univers : dire connue Pascal que l'homme, que la pensée vaut mieux que l'univers, c'est exprimer une idée qui n'est pas antique. Aristote déclare formellement que l'univers est supérieur ii l'homme, car l'intelligence éclate plus dans le grand tout, et en particulier dans les corps célestes, ,qnedans l'être chétif qui est riionime : c'est chose plus ample, plus divine. Voir un texte très remariiuahlede la Métaphysique (Xll (A), 1075''' 15 et suiv.) que nous aurons occasion d'expliquer plus loin. — Notons que, dans les Elh. Nie, VIII et IX, Aristote, traitant de l'amitié, et parlant de la proportion qui doit exister entre hvalenr de l'objet aimé et Vamonr qui s'y attache, dit qu'il faut aimer vcaT' a^îav; c'est si l'on veut le Jdcri/o, qu'il nomme ainsi, et nous nous rapprochons du sens moderne du mot. Mais il ne s'agit pas là d'une théorie morale du mérite et du démérite, et le mot a la même signification à peu prés ipie dans cette locution française : un homme de mérite : cecpii désigne toute valeur, morale on autre.
branle à tout ; et, parce qu'on ne marche que pour aller au but . le but est en un sens ce qui fait marcher. L'attrait opère comme ferait une impulsion. Et, par une conséquence qu'il est aisé de saisir, rien de plus nettement séparé de tout le reste, dans ce système, que le sommet où tout aspire ; rien aussi qui exerce en tout une influence plus présente , puisque là est la source d'où tout découle. Plus haute est l'activité, plus expressément elle se distingue de ce qui lui est inférieur, et plus vivement éclate, avec son indépendance, sa dignité propre. Mais ce qui lui est inférieur reçoit d'elle ce qu'en soi il a de mieux ; ce qui lui est inférieur n'est même constitué dans l'être et n'a une essence que par le rapport qu'il a au supérieur, ou par l'aspiration qui l'y élève, donc par l'attrait qui en descend jusqu'à lui. Le vrai et complet bonheur, c'est la contemplation, c'està-dire l'activité la plus parfaite et la plus haute : c'est le suprême bien et la lin dernière. Les autres biens ne sont biens que par la relation qu'ils ont avec ce terme absolu. Toute activité à la fois pleine et réglée est, en son rang, un bien ; elle a, en son ordre, un prix, une valeur, une excellence qui fait d'elle une fin désirable : mais n'est-ce pas du suprême bien qu'elle tient d'une certaine manière sa nature ? Sans l'attrait du souverain aimable et souverain désirable, qu'y auraitt-il à rechercher, ou plutôt quelle activité existerait? Qu'est-ce qui déterminerait la matière à recevoir une forme, la puissance à passer à l'acte? Le bien suprême est donc la source ou le principe des biens, il en est la
cause '. [)ans l'ordre pratique, Aristote le dit du bonheur, et avec raison^ sa doctrine étant donnée : vh eùdy.iy.:'Ay.v vhv à-o'/Tiv y.y-i ~ô y.lzizv twv y.yy.%)v' . Tout ce qui n'est pas la contemplation ou la suprême activité n'est bien que par une sorte de dérivation de cette source première et par l'influence de cette cause : mais comment? parce que la suprême activité est comme l'idéal où tout aspire ; et l'idéal, qui plane au-dessus de tout, ne se répand-il pas, ce semble, partout pour présider aux mouvements mêmes qui vont vers lui et pour animer, pour soutenir, on dirait presque pour constituer l'incessante action qui le cherche ? Partout où il y a quelque degré de bien, il y a activité, et activité pleine en son ordre et réglée, disions-nous, donc il y a quelque reflet ou quelque iniluence de la pensée. La vertu pratique ou monde n'est ce qu'elle est que parce que la suprême perfection existe : elle est une perfection secondaire, quoique excellente en son ordre ; la pensée, si différente d'elle à certains égards, est son idéal ; la pensée est donc déjà en elle, si l'on peut dire, étant ce qui la rend possible, ce qui la constitue. Il n'est pas question, pour Aristote, de mériter le bonheur par la vertu , au sens propre que nous attachons à ces mots ; la vertu morale n'est pas à proprement parler la voie qui mène à la contemplation, si l'on en-
1. iktaph., IX. (0j, VIII, UloUa 9. "A-:tv i-' iy/r,-/ 'ixi'.Zz: TO-'i-'vôar/ov •/.al -uéXo;. — Eth. Nie, III, m, 12, Tô ST/aTov h àvy.XJTî: -owtov slvai
2. Elli. Nie, I, XII, S. Muib il ne dit pas cela au sens [ilaluuicieii qu'il ro.jclte e.\|iresséiiieiit, 1, iv, 3.
tend par là qu'elle crée un titre à une récompense. Le lien qui unit les deux modes de l'activité est d'une autre sorte. C'est un lien analogue à celui qui, dans la philosophie d'Aristote, unit la nature et Dieu. Le monde n'est ce qu'il est que par l'immobile moteur qui attire tout à soi'. La pure pensée, en laquelle consiste le bonheur, c'est pour l'homme l'immobile moteur qui explique les divers mouvements de la volonté. C'est ce qui donne à chaque action son prix. C'est ce qui fait le beau moral et la vertu pratique. On n'arrive pas toujours au terme, mais, sans le toucher encore, on peut trouver dans ce qui n'est en définitive que par lui une excellence qui ravit : en mourant, par exemple, pour une noble cause, on perd, avec la vie, la possibilité de cette contemplation qui est la fin dernière ; mais la vertu est fin, elle aussi, fin subordonnée, donc inférieure, mais analogue au fond à la fin suprême, et celui qui meurt par vertu trouve en cet acte, qui en un sens est parfait, une singulière et profonde joie. Et pourtant, certes, ce n'est pas le bonheur même. C'en est un refiet, ou un rayon. Les conditions faites à l'homme étant ce qu'elles sont, le bonheur dans sa plénitude est un idéal : on y tend sans cesse, on ne peut guère y prétendre ; on le rencontre parfois ; mais les circonstances sont ce qu'elles peuvent, et avec les matériaux dont on n'est pas maître on fait de son mieux. Si l'idéal inspire toute la conduite, cela suffit.
1. P//I/S., VIII, iv-vi ; Mclfqih., XII (A), vi et vu ; cl x. 1073» 11 et 19,
Ainsi se maintient la distinction si nettement marquée entre les deux modes d'activité proposés à l'homme, et en même temps cette dualité se ramène d'une certaine façon à l'unité. Il demeure vrai que le beau moral et la vertu morale qui le prend pour objet, et la mesure en laquelle cette beauté consiste, et la raison qui est la règle et le juge de l'honnêteté, sont choses de l'ordre humain, tandis que la sagesse spéculative, la pensée pure, l'inteUigence, sont choses transcendantes et vraiment divines; mais ces deux sortes d'actions si distinctes se rapprochent Tune de l'autre, si l'on considère d'une part que la vie pratique, qui semble d'abord proprement humaine tire de l'idéal divin sa raison d'être et sa valeur, et d'autre part que la vie contemplative, qui semble purement divine, convient à l'homme d'une manière essentielle et propre. Déjà dans la pratique il y a des occasions où l'homme, en présence de difficultés extraordinaires, se surpasse en quelque sorte lui-même, et sa vertu héroïque fait de lui une sorte de dieu ' : en agissant ainsi, il franchit les limites communes et semble • oublier cette juste mesure qui est le caractère de la beauté; mais il obéit encore à la raison, puisqu'il est dans sa nature d'être capable de s'élever au-dessus de soi : une si éminente vertu n'est point un effort pour se raidir et se hausser follement, c'est une façon triomphante d'être bon, et il y a là, avec une beauté supérieure, je ne sais quelle plus grande ressemblance avec ce qui est