Voir plus liant, i:h;i[). I. p. 44-4a
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divin. Ainsi, et mieux encore, la contemplation semble mettre l'homme dans une condition surhumaine, et, en un sens, c'est bien là son privilège : elle le fait participer à ce suprême bien qui semble réservé à la divinité*; mais c'est la nature même de l'homme qui réclame une si haute perfection. Plus on approfondit l'essence de rhomme, plus on se convainc que les deux éléments, l'un humain, l'autre divin, dont la réunion caractérise précisément l'homme, sont reliés entre eux par le plus intime des liens.
L'élément inférieur n'est possible que par le terme supérieur ; et celui-ci même doit être poursuivi et peut être atteint. L'homme ne vit de la vie vraiment pratique et morale que parce qu'il est capable de s'élever jusqu'à la pure pensée. C'est donc déjà la pure pensée qui est présente, à la façon d'un idéal, dans la vie morale et pratique. On pourrait dire qu'en cette région inférieure elle se cherche ehe-même. Que si elle se trouve ellemême en une région transcendante, ce sera une nouveauté par rapport à ce qui précède, mais il y aura néanmoins un lien de continuité entre ce nouvel état et l'état antérieur. N'est-ce pas toujours cette conception
1. Mduiih. I (A\ II. 982 >> 30 et siiiv. A bien des égards la nalure hiiiiiaiiie est esclave, ôo-jÀt, : aussi, selon Simonide, Dieu semble-t-il posséder seul ce privilège de la pure pensée, hzô: àv ;xôvo; to-j-o ïyo: tô yspa;, et l'homme méconnaît sa vraie situation s'il cherche une telle science, âvopa o oOy. à';'.ov ;j.T, o'j IIt.tîïv r'r.v 7.a6" a-jTÔv ï-'.TTT,;j.r,v. Sans doute, si les poètes disaient vrai, et si la divinité était envieuse, c'est là surtout ce qui attirerait son courroux, et ils seraient très malheureux ceux qui s'élèveraient si fort au-dessus de la condition humaine, -ivra; toù; -sp-.-TO'j?. Mais la divinité n'est pas envieuse, et les poètes, comme dit le proverbe, mentent souvent.
(rAriëtote que nous avons déjà remarquée? Le dhin existant d'une manière indépendante, séparée, transcendante, et toutefois présent dans le monde et surtout en riiomme par une action qui semble immanente et qui est la raison même des choses ; en d'autres termes la fin dominant tout dans les hauteurs de l'intelligible pur et de la pure intelligence, et toutefois descendant, pénétrant partout, suscitant en des régions inférieures des fins subordonnées qui ont, en tel ou tel ordre de choses, une valeur propre, provoquant l'activité, réveillant les puissances endormies, développant les germes enfouis, et amenant par sa secrète influence, idéale et réelle, toutes choses à l'épanouissement, à la perfection. Dieu, dans le monde d'Aristote, semble d'abord n'être nulle part : regardez-y bien, il est partout; et si vous voulez savoir pourquoi, écoutez cette simple raison : il est le Vivant parfait, i^ojîv tî/ôjcv, il est l'excellent, riapts-r^v, et, plus simplement, en donnant au mot un sens plein, il est le bien, xb y.yy.Oô-j\ Ainsi de la félicité, cette chose divine. C'est un idéal : n'est-ii pas inaccessible? où donc est-il réalisé? nulle part, est-on tenté de dire ; mais sans cesse il se réalise. 11 est la source, le principe, la cause de tous les biens. La vie contemplative est rare, mais y tendre, c'est déjà commencer à la posséder; et la vie pratique, ayant dans la même source divine son principe, réahse en quelque chose la félicité. L'homme après tout n'est qu'homme. En lui, il y a du divin, et cela même le
1. Metiiph., XII (A), VII, 10721' 28. tl'aij.âv Sa xùv ^z^y/ slvat liLov àtoiov, à'o:TTOv... T(j TOioTOv où 7~ioij.7. îttÎv. iÀAà "cb ■zzAZ'.m.
174 CHAPITRI': V.
constitue homme. Mais il nV'St point tout divin. S'il pouvaitse tenir toujours sur le sommet de la pure pensée, il serait dieu : n'est-ce pas assez qu'il y puise un principe qui vivifie toutes les parties de son être et qu'il soit capable d'y ramener toutes ses actions et de s'y reposer enfin lui-même quelquefois? Dieu possède d'une manière continue cette absolue perfection : pour l'homme, c'est le point d'où tout part et où tout revient. Aristote répète souvent qu'à l'homme il est donné d'être heureux eu homme, et que le bonheur dont il est question dans Y Ethique^ est un bonheur humain ^ .
Ce sont ces mêmes conceptions d'Aristote qu'il faut avoir présentes à l'esprit quand on examine le rôle qu'il attribue à la vie sociale et à la politique. On se demande avec quelque étonnement d'abord comment l'homme peut, dans la même doctrine, être considéré comme ayant pour fin le bonheur dont la plénitude est dans la pure pensée, et comme n'étant vraiment lui-même qu'au sein de la société. L'homme est presque un dieu, ce semble, et puis l'homme n'est qu'un homme : Aristote lui assigne une fin transcendante, l'établit dans l'indépendance^ lui fait espérer les loisirs de la contemplation, excite son ambition par la vue d'une félicité divine, et à ce même être il dit que la société est son état le plus naturel ; et que ce n'est pas seulement une condition fâcheuse peut-être qu'il faut subir, mais que la vie pratique, avec tant d'affaires, de tracas, de devoirs, mul-
1. Par exemple, Eth. .\(V., 1, x. IC, ;j.a/.ap:o'j; w: àv6p(i-o'Jî.
SOLUTION DE QUELQUES DIFFICULTÉS. Ho
tiples, variés, incessants, est belle, bonne, désirable ; bien plus, que la science par excellence en ce qui concerne la vie humaine, c'est la science de la société, la Politique ; que non seulement il y a plus de beauté dans le gouvernement de l'Etat que dans le gouvernement de soi-même, mais c{ue l'homme étant fait pour la vie sociale, la Politique est, par rapport h.Y Ethique, science maîtresse, science architectonique^ ; donc, que c'est elle qui marque la lin supérieure, la fin suprême : or, cette fin, c'est la contemplation, c'est la pure pensée. Comment accorder des assertions qui ont l'air de se contrarier si profondément? La Politique, considérée comme science morale supérieure, que fait-elle ? Elle met ses soins, ses plus grands soins, nous dit Aristote, à donner aux citoyens telles et telles qualités, à les rendre bons, à les déterminer à la pratique des belles choses, 7r).£t(7r/jv ït.iu.zKuxv izouizy.i ~.s'j ttoijùç riva; v.y.i àyot.Qoi)ç, Z2vq Tiolirix; T.oi?i7ai xat r.oy.v.ziv.oi)^ rwv xaXwv. Mais, nous dit encore Aristole, et au même endroit, elle a pour fm la fin la meilleure, la fin la plus haute, xb rn; Tidi-f/Sfiç, zélo: âùi'jTov i-lQzu.z'j' . Et cette fin qu'il est déjà beau de rechercher pour un seul homme, mais qu'il est plus beau encore et plus divin de {)0ursuivre pour une nation et pour des cités% c'est le bien, le bien suprême, qui est le bien de l'homme, TàvQpwrtviv '}.yxB6-j, tûvj xvQoo)- 7:ivo)v -ih;'', parce qu'il est, en un sens, le bien divin