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« À ceux qui aiment Dieu, tout tourne à bien » (30), rappelle saint Augustin, faisant souvenir autant aux anciens (30°) qu'aux évangélistes (30°) et à l’apôtre (30°).
C'est pourquoi Paul ajoute un peu plus loin : « Je suis certain que ni la mort, ni la vie, ni les anges, ni la vertu, ni le présent, ni le futur, ni la hauteur, ni la profondeur, ni aucune créature ne pourra nous séparer de la charité de Dieu qui est dans le Christ Jésus Notre Seigneur )).
Pour trouver la vérité, il la faut chercher de toutes ses forces. « Il faut faire en sorte de désirer comprendre ces choses », dit Augustin, rendant sa part à la bonne volonté jusque dans la connaissance. La progression vers la vérité, il la trouvera dans l'inspiration de l'Esprit-Saint qui conduit au Fils, c’est-à-dire à la Sagesse de Dieu par laquelle le Père lui-même est connu. Non cherchée, la vérité ne peut être trouvée mais désirée, recherchée d’un cœur droit, elle ne se cachera pas à celui qui la cherche ; elle ne peut se cacher à ceux qui l’aiment ; d’où la parole du Fils : « Demandez et vous recevrez, cherchez et vous trouverez, frappez et on vous ouvrira. Rien n'est caché qui ne doit être découvert ». (31)
C'est l'amour donc qui demande, cherche et découvre, conclut Augustin. Citant le livre de la Sagesse (VI.13), il rappelle que la recherche de l'instruction c’est l'amour et que l’amour c’est aussi l'observation des lois, que l'observation des lois c’est une assurance d’incorruptibilité et encore que l’incorruptibilité rend proche de Dieu. Aïnsi, il y a une certitude pour les âmes de bonne volonté. Evidemment, il ne peut s'agir que des véritables âmes de bonne volonté et non pas des versatiles, de celles qui veulent efficacement la vérité, puisqu'aussi bien la sagesse va de tous côtés chercher celles qui sont dignes d'elles, se montrer joyeusement dans leurs voies et les assister dans tous leurs
(30) Saint Augustin. De moribus catholicæ eccelsiæ, VIT. 13. (30’) Saint Augustin cite le Deutéronome, VI. 5.
(30) Saint Augustin cite Matth., XXII. 37.
(30°’’) Saint Augustin cite Ep. aux Romains, VIII. 28.
(31) Matth. VIL.7, X.26.
Cat
desseins ainsi que le dit le livre de la Sagesse. Or, lesquelles seront dignes d'elles si ce n’est celles qui ont des intentions droites qui se veulent justes et aimables au Seigneur. Nous sommes ramenés au texte du Deutéronome que rappelle saint Augustin comme nous l'avons vu : « Diligentibus enim Deum, omnia procedunt in bonum ».
Mais qui aimera Dieu ? — Celui qui le connaîtra. — Qui le connaîtra ? — Celui qui aura commencé de l'aimer.
C’est ici que tout se complique, se rend insaisissable, car la créature dans l’état de nature déchue ne peut commencer d'aimer que par l'inspiration du Saint-Esprit. Dieu est donc nécessaire à son premier mouvement de dilection. Seuls aimeront ceux qui sont prédestinés encore que cette prédestination n’entraîïne aucunement fatalité.
Ici règne le plein mystère. Mais toute l’école portroyaliste a pensé qu'il fallait bien entrer dans ces vérités sans les comprendre, car de même que notre répusnance à la solidarité de chacun dans le péché d'Adam entrainerait en conséquence le rejet de notre solidarité dans le Rachat, elle a vu qu'il fallait bien admettre la nécessité non plus seulement d’une grâce élevante mais d'une grâce recti-. fiante : la Grâce médicinale du Christ pour retirer quelque âme de toute la masse pécheresse ; si l’on voulait vraiment garder à la Rédemption son sens, sa valeur et toute sa majesté.
Cependant, l’âme élue sera agie efficacement et pourtant librement. Dans les tribulations de la vie, cette école aurait pu trouver nombre d'exemples suffisants pour illustrer la liberté de l'homme et sa volonté tant dans ses actions vertueuses que peccables et ainsi rejeter les ridicules accusations de luthérianisme qu'on lui a prodiguées.
Au cœur non inspiré, tout est péché au sens théologique du terme et tout tourne à mal. Au contraire pour le cœur touché de Dieu « Tout est Grâce », chaque épreuve étant non seulement objet de pénitence et aussi de dilection mais encore de joie, ce qui rature comme une vanité l’antique scandale de la misère des sages et de leur stoïcisme.
C'est par confusion de la part théologique et de la part humaine qui sont les deux aspects — incompénétra-
dé are
bles à notre intelligence — du mystère de la prédestination que se jouent les équivoques. Quand on envisage le dogme sous la seule optique humaine, il faut que l’homme démérite volontairement pour qu'il soit réprouvé. Et cn fait
ceux-là déméritent qui se damnent — on dit expressément «se damner » pour souligner qu’on engage sa volonté au mal — et il n'y a pas de damnés qui n’aient démérité vo-
lontairemient., Mais envisagé sous la perspective du Divin, le dogme révèle qu'il faut grâce particulière de Dieu à l'égard de chacun non pas pour qu'il accorde les biens spirituels que lui demande un chacun, mais pour faire que ce chacun soit déjà capable de les demander, dans les conditions de la prière. C’est pourquoi les justes effectuent leur salut sous le tremblement et pourquoi la doxologie janséniste gardera comme première et essentielle de ses déprécations d’être toujours prête à demander ces biens spirituels.
Saint Paul, saint Augustin, saint Fulgence et les disciples ont d’ailleurs toujours soutenu cette doctrine, avec bien d’autres Pères et Confesseurs aussi ; doctrine que Port- Royal a toujours réclamée comme la seule tradition catholique et que reprend Pascal en terminant son troisième écrit sur la Grâce quand en faisant référence au psaume de David « Seigneur je suis pauvre et mendiant » (3), il fait cette distinction montrant combien doivent s’humilier les créatures sous la main du Seigneur en qualité de pauvres et sous la condition particulière de nature déchue : « Il y a cette différence entre les pauvres dans l’ordre de la nature et les pauvres dans l’ordre de la Grâce, que les pauvres du monde ont toujours le pouvoir prochain de demander et ne sont jamais assurés de celui d'obtenir ; au lieu que les pauvres de la Grâce sont toujours assurés d'obtenir ce qu'ils demandent, mais ils ne sont jamais assurés d’avoir le pouvoir de demander ». (33)
Ainsi c’est de notre générosité dont nous ne sommes pas assurés, non plus que si nous l'avons nous ne sommes certains de sa persévérance en raison de l'amissibilité de la
(32) Psaume, XXXIX.r3.
(33) Pascal, 3° écrit sur la Grâce.