RD ARE
Normandie, à cette époque, ne peut être expliquée que par une survivance du jansénisme, un de ses sursauts ultimes. On pourrait faire intervenir que les prêtres s’affirmèrent plus réglementaires que sensibles. Tous certes ne manquaient point de vocation, avaient entendu l'appel, mais pour un grand nombre la prêtrise représentait un état honorable qui les surelassait. Cependant l'envie de devenir un fonctionnaire n'enrichit pas le sacerdoce et, en droites gens, ces fonctionnaires du dogme appliquèrent à fond leur formulaire, firent sévèrement leur devoir, d'autant plus que leur cœur intervenait moins.
« En outre, la secte austère de Jansénius présentait à l'esprit je ne sais quel idéalisme de fer qui ravissait ces âmes dures : éloignement de toute facilité et à force de vivre dans l'absolu dédain du pratique, goût des solutions fortes, des condamnations, attrait de l’exceptionnel — et la fatalité mélancolique de la Grâce.
« Ils n’ont plus agi en prosateurs, mais en poètes du surhumain ; leur enseignement atteignit des hauteurs où les mieux disposés avouaient : « C’est impossible » — « Mieux vaut ne plus aller les entendre ». Voici les réactions des bonnes gens qui nous entouraient. Leurs pasteurs les découragèrent. » (38)
(38) La Varende, Le Centaure de Dieu.
À ce propos, on peut rappeler ce que M. Lhermet, dans « Pascal et la Bible », dit du jansénisme, tant au point de vue théologique qu'au point de vue moral Cela partira de l'interprétation de la Bible, comme l’a faite Pascal :
« Si la Bible est la force impulsive et directive de la vie de Pascal, si elle est l’alimént de son zèle et de sa charité, elle es aussi l’âme de ses ouvrages, elle est la flamme contagieuse qui gagne de proche en proche, et circule partout. La théologie pascalienne puise son suc nourricier dans la Bible, mais il s’y mêle un élément âcre et amer qui ternit les fleurs et ratatine les fruits : c’est le jansénisme. Là dogmatique de Pascal est entièrement biblique dans sa substance, mais là le levain janséniste vient l’aigrir, en exagérant le mystère et dépréciant la raison, en faisant la part trop belle à Dieu et insuffisante à l’homme. La morale de Pascal est, elle aussi, exclusivement tirée de la Bible, mais elle est gâtée par une sévérité excessive qui la rend impraticable et inacceptable. Dogme et morale
AL
La part faite aux exagérations et aux erreurs courantes on peut retenir le témoignage. Il corrobore ceux de beaucoup qui vécurent sous cette austérité. Sans doute il serait opportun de voir si cette formation est conséquente aux
idées port-royalistes. Un défenseur de Port-Royal n’aurait
aucune peine à renvoyer, celui qui voudrait s’autoriser de ces choses pour faire une facile critique, aux textes d’un Saint-Cyran, d’un Arnauld, d’un Nicole et même d’un Jansen pour ne prendre que les plus grands. Pourtant l'étude d’une éthique ne se peut réduire à celle des textes pas plus que la seule œuvre des cénobites n’est celle du
\ dérivent donc de la Bible, mais le jansénisme insinue au sein de la doctrine un ferment qui en altère la pureté.
Que les solitaires de Port-Royal et, avec eux, Pascal, aient contribué, par leur travail intense et fécond, au grand mouvement de la réforme catholique au xvi1° siècle, c’est ce qu'une critique sincère ne saurait nier. Ils ne cessèrent de discréditer les procédés vieillots et routiniers de la discipline scolastique, que la manie syllogistique condamnait à piétiner sur place ou à s’aventurer dans les routes dangereuses. Ils n’hésitèrent pas à s'engager dans la voie du progrès en remontant aux sources mêmes de la Révélation. A Port-Royal, l’étude des Pères et de l’Ecriture refleurissait en une verte nouveauté, pleine de promesse et d'espérance. Ils travaillèrent à la restauration de la science chrétienne par le retour aux Grands monuments de la foi. C’est un mérite que les esprits les plus prévenus devaient reconnaître. ,
« Mais ils eurent le tort de pousser jusqu'à l’exagération et de franchir les limites de l'orthodoxie. Leur respect superstitieux pour saint Augustin aboutit à une doctrine hétérodoxe dont Jansénius est le père, Saint-Cyran l’apôtre, Arnauld le défenseur. Certes, la Bible est la, base de leur théologie dogmatique, mais ils en dépassent les données. Le dogme de la chute est biblique, mais ils exagèrent les conséquences en posant la perversion irrémédiable de la nature humaine, La Rédemption est un autre dogme qu'ils tirent de l’Ecriture, mais ils sont mal fondés à en limiter les effets à un petit nombre d'élus, Dans les questions délicates de la Grâce et de la prédestination, ils s'appuient toujours sur les textes scripturaires, mais ils en tirent des conclusions irrecevables quand.ïls accordent tout à l’initiative et à la volonté divines et rien à la liberté et au mérite de l’homme. [ls dépassent la mesure en affirmant que le péché d’origine a infecté notre nature au point de frapper d’impuissänce radicale notre raison et notre volonté. Que ce scepticisme philosophique, que ce fatalisme théologique aient imprégné l'esprit et l’œuvre de Pascal, c’est ce qui apparaît clairement à la critique impartiale ; d’au-