‹ Essai sur la morale de Port-RoyalChapitre 16 sur 40 · OR EE · texte numérisé non relu

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devaient mettre toute leur espérance sous l'ombre et la protection de mes ailes. » (50)

Comme pour laisser des possibilités d'arrangement à la rigidité de la règle, Nicole revient sur les exceptions au principe de non-présomption comme à celui de prudence.

« J'ai dit que c’est là l'ordre que Dieu garde d'ordinaire dans la dispensation de ses grâces ; parce qu'il arrive que Dieu élève quelquefois en très peu de temps de certaines âmes au plus haut degré de la perfection et qu'il donne à d'autres qui sont peu avancées dans la vertu une Grâce si puissante qu'elle fait surmonter des tentations qui paraissent au-dessus de leurs forces. Et au contraire il souffre aussi quelquefois que les plus grands saints succombent à des tentations très légères pour abattre l’orgueil de lhomme et lui apprendre que celui qui se glorifie ne se doit glorifier que dans le Seigneur. »

C’est toujours au même nœud que nous revenons là où se lie l’adoration à l’obéissance — les deux termes étant insécables — ce qui donne à la morale catholique son sens et sa singularilé, la sépare de toute autre éthique individuelle ou sociale et lui interdit — au moins en principe — d'être hautaine.

Ses commandements et son dogmatisme lui-même pourront bien et devront bien être intangibles, mais non pas contraignants dans le sens d’une contrainte imposée de l'extérieur. Or, ce caractère d’obéissance et tout ce qu'il exige de la part de l’homme de bonne volonté, d’acceptation et d'humiliation intérieures et de bon gré, les Jansénistes l’ont toujours revendiqué comme étant d’ailleurs de pure tradition catholique, avec peut-être de leur part un certain goût plus accentué de ne rien diminuer de ce qu'il exige souvent d’héroïsme. Mais cela est dans la tradition augustinienne.

Le Docteur de la Grâce a connu cette exigence. Parmi les problèmes moraux qu'il se propose toujours, on reconnaît sa préférence pour la solution juste mais difficile, son souci de ne jamais être en conflit avec l'Ecriture, si minime

(5o) Imitation de J.-C. 1.3 ch.3.

me es

que puisse être le point de douleur. Ainsi, dans la question du mensonge, ne balance- t-il pas. Envisageant le cas d’un chrétien interrogé sur un homme juste et innocent qui se cache et dont il connaît la cachette, ce chrétien devra-t-il mentir ou livrer l’innocent ? re faux témoin ? Serez-vous traître ? — « Quid facies, faisus testis aut proditor eris ? ». — Il pose les choses de telle manière que le problème paraît insoluble. Non pourtant ! Hésitera-t-on entre le crime de faux-témoignage et celui de trahison ? Evitera-t-on ce double écueil en se taisant ou en déclarant qu'on ne veut rien dire P Toutes ces vaines interrogations pour amener le lecteur à conclure avec lui qu’il sera bien plus fort s’il dit : « Nec prodar, nec mentiar ». (5x)

Et pour qu'il n’y ait aucun doute sur les conséquences d’une telle décision, il cite comme exemple l'attitude de Firmus, évêque de Thagaste qui, ayant caché un homme que l’empereur faisait recher cher répondit aux envoyés du Prince qu'il ne pouvait ni mentir ni livrer l'homme et qui, maloré les tourments qu'il eut à souffrir, persista jusqu'au PT dans sa résolution, entraînant d’ lues par son courage tellement l'admiration de l'empereur qu'il en obtint la grâce de l’homme poursuivi.

Il y a presque de la grossièreté à opposer le courage d’une pareille morale aux arrangements des casuistes. De fait toujours chez saint Augustin, plus sans doute encore que chez les autres Pères reconnaît-on la préférence, le choix de cette solution héroïque et c’est cette discipline que vinrent proposer, bien importunément sans doute (52), les Jansénistes au monde du xvr1° siècle.

Mais les raisons et le besoin de cet héroïsme, ils ne seraient point gênés pour nous les montrer dans les exigences de redressement de la nature humaine, dans l'intangibilité de la loi divine et dans la justice du châtiment du péché de nature. Ce qui était importun d’un point de

vue était au contraire particulièrement opportun d’un au- (Br) Saint Augustin. De mendacio, XII1.59.93. (52) Bien importunément du point de vue du siècle évidemment,

bien opportunément du point de vue spiriluel pourrait-on dire.

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tre point de vue quand on n'oublie pas la condition de péché qu'est la condition humaine et que toutes les difficultés viennent du premier péché.

Dans sa note sur la quatorzième lettre, au début de la « dissertation théologique sur l'homicide », Nicole insiste assez sur celte vérité — qui est d’ailleurs dans presque tous les Conciles — quand il développe son premier principe. [ écrit « que l’homme a été plus corrompu par le péché originel dans sa volonté et dans son entendement et qu’ainsi il a plus d'opposition pour les vérités qui regardent les mœurs et en juge moins sainement que de celles qui regardent la foi ».

Il pense que le péché originel, ayant corrompu ainsi que l'enseigne le dogme, toute la nature humaine, ce n’est point seulement le corps qui est principalement touché, mais aussi l’âme dans ses facultés et principalement dans ses facultés d’entendement et de volonté. L’une et l’autre ayant participé au premier péché, il n'est que justice et conséquence que ces deux facultés soient éprouvées, l’entendement se trouvant comme aveuglé et dans l'incapacité de pouvoir connaître sans aucun doute et pleinement la vérité, la volonté, elle, refusant le seul amour du Souverain Bien étant condamnée à la vaine recherche et aux coupables désirs des créatures.

Cependant comme il pense que c'est la volonté qui eut la part la plus importante dans la consommation du péché de la connaissance du Bien et du Mal, c’est elle qui sera la plus blessée, la plus dévoyée.

« Sa corruption a été beaucoup plus grande que les ténèbres de l’entendement n'ont été épaisses », remarquet-il. Mais le théologien joint au psychologue ne pourra pas ne pas voir que la volonté corrompue obscurcit l’entendement surtout quand il s'agira de discerner le bien et le mal.

« C'est ce qui fait que notre esprit n’est jamais plus obscurci et plus aveugle que quand :ïl s’agit de discerner le bien d’avec le mal et de choisir les règles qu'il doit suivre dans sa conduite, parce qu'outre son peu de pénétration naturelle, il est encore environné des ténèbres qui viennent de la concupiscence. »

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