‹ Essai sur la morale de Port-RoyalChapitre 17 sur 40 · TRI ES · texte numérisé non relu

TRI ES

Dans l’obscurcissement de l'intelligence par la volonté et son goût cupide, il voit la cause de la diversité des mœurs par le monde et la raison de l’aversion des hommes pour les préceptes moraux qui lui commandent de refreiner ses passions. C’est pourquoi aussi il comprend qu'il est - bien plus facile de persuader un Chinois ou un Amérirain à croire à un seul Dieu que de le faire renoncer à la polvgamie ou réprimer les mouvements de la vengeance. Or, si Dieu a retiré les hommes des opinions insensées où ils étaient sur la divinité en se faisant connaître à eux Il leur a donné un remède spécifique pour leur volonté, insensée elle aussi, en leur faisant une loi et pour les convaincre de leur impuissance personnelle, Il les a laissés plus de deux mille ans dans leurs égarements ; à la vaine et désastreuse direction d’une volonté déréglée et d’un entendement orgueil- Jeux. Ici il cite saint Thomas : « Dieu a laissé les hommes pendant le temps qu'a duré la loi naturelle sans leur donner d'autre loi. Et les erreurs où les hommes sont tombés ont convaincu leur orgueil de la profonde ignorance où le péché les a plongés ».

L'on voit alors la règle d'humilité qu'on en peut tirer, qu'on en doit tirer. Elle se confond avec le précepte d'obéissance auquel on revient toujours dans toute étude d’une morale chrétienne. Nicole parle du théologien qui déit faire usage de sa raison pour de plus en plus se convaincre que rien n'est plus raisonnable que de se soumettre et de soumettre sa raison à la loi de Dieu. L'on pressent ce que cette remarque condamne de jugements trop humains et de règles trop en marge de la loi divine. Mais peut-être cette remarque repose-t-elle aussi le principe de modestie de tout chrétien. Elle le précise, le dégage de toute équivoque, de toute erreur possible en affirmant l’aversion essentielle de la morale chrétienne pour toute vertu hautaine, toute vertu qui a tendance ou à son insu ou consciemment à se croire vertu de nature alors qu’elle ne peut être qu’une Grâce.

Que toute vertu chrétienne ne soit pas de nature mais une Grâce, cette vérité rejoint et dépend de la même raison que celte autre sur laquelle insiste M. Laporte et qui, au fond, s’en rapproche et lui ressemble. L'auteur des « Vériés de la Grâce » explique que, suivant la doctrine de Port-

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