‹ Essai sur la morale de Port-RoyalChapitre 18 sur 40 · NES EVE · texte numérisé non relu

NES EVE

Royal, comme d'ailleurs suivant toute la doctrine catholique et celle de saint Augustin, il faut qu'une action soit bonne à la fois secundum officium et secundum finem pour avoir une valeur méritoire, une valeur morale. Alors, quoi que l’on fasse et quoi que l’on dise, ainsi que le montrent après saint Augustin les saint Fulgence, les saint Léon et les saint Grégoire : « Tota infidelium peccatum est », puisque partout où il n’y a pas de véritable amour de Dieu il n'y a que cupidité, qu'elle soit dans les vertus apparentes des philosophes, ou dans les vices sensibles de la foule.

Ce qu'a ainsi bien exposé M. Laporte (53) confirme ce que j'ai dit tout à l'heure que la vertu véritable est une Grâce ; la Grâce efficace étant la condition aussi bien que la conséquence de cette évidence.

Alors, nous sommes sans doute ici sur ce point qui concerne l'expérience des âmes et se trouve être comme un retour parfaitement adéquat de la doctrine à la pratique devant une des principales directions spirituelles de Port- Royal. Ce souci de la toujours présente humilité et non pas seulement comme une discipline de pénitence mais aussi comme une discipline constante de vie et portée de victoires en victoires sur le vieil homme, c’est concrètement un des plus précieux si ce n’est le plus précieux des préceptes jansénistes puisqu'aussi bien il ne peut y avoir de vie valable que celle qui est nourrie de la « Grâce efficace » et qu'ainsi le rapport entre le divin et l'humain se manifeste nécessairement par l'humilité du cœur méritant, non pas que cette humilité soit alors exigée — (GE SERAIT TROP PEU DIRE) — mais surabondamment donnée par cette Grâce.

Le désir d’un Saint-Cyran de revenir à l'Eglise primitive n’était certes pas étranger à ce goût de la modestie. Au hasard de la lecture des Œuvres “chrétiennes el spirituelles et des autres, on trouverait plus qu’un témoignage ; la chaleur des temps héroïques prêtant fatalement plus cet acétisme du cœur. Enfin, les théologiens port-royalistes

(53) Laporte. La doctrine de Port-Royal. Les vérités de la Grâce. T. II, page 145.

PR

eussent été unanimes à déclarer que la vertu n’est plus qu'un péché sans l’humilité du cœur qui la pratique.

Contre cette évidence catholique, je ne vois aucune objection possible.

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