‹ Essai sur la morale de Port-RoyalChapitre 19 sur 40 · ATTRITION ET CONTRITION : LA PÉNITENCE · texte numérisé non relu

ATTRITION ET CONTRITION : LA PÉNITENCE

La nécessité de la « Grâce efficace » pour que l'homme puisse accomplir la moindre action méritoire — comme nous venons de le voir en même temps que nous venons de voir que l’infaillibilité de cette Grâce qui force moralement, aimablement, aisément par la plus grande et infaillible puissance de son attrait sans le forcer physiquement, donc garde quand même l'élu dans la liberté — cette nécessité de la « Grâce efficace » nous fait tout de suite saisir que dans la discussion de l’attrition et de la contrition, les port-royalistes avaient toutes les raisons de choisir la contrition. En effet, ceux dont la spiritualité, la morale, la théologie peut se résumer dans l’absolue nécessité d'aimer Dieu Arnauld écrit la Dissertation théologique sur la nécessité d'aimer Dieu — ne pouvaient se contenter de l'espèce de regret naturel du péché que désigne l’attrition. Il ne peut y avoir pardon du péché que lorsque la Grâce est redonnée au pécheur et qu'elle efface le principal de ce péché. C’est lorsque la Grâce sera redonnée au pécheur que ce dernier regrettera valablement son péché. Là aussi la crainte — ici la crainte de la colère de Dieu et des punitions méritées — ne peut suffire. On comprend ainsi pourquoi fut choisie la contrition.

Qu'aux Provinciales aient participé, à l’époque, les plus éminents théologiens de Port-Royal est une chose avé: rée. On en voudrait douter que Wendrock ou Nicole — comme on voudra — trahit la chose par une remarque sur une de ces lettres qui est vraiment trop attendue. Nicole vante trop la prudence, la sagesse des expressions de Montalte pour que cette prudence et cette sagesse ne soient pas

l'œuvre de plusieurs, habitués à la polémique. Voici cette remarque : elle est la deuxième note sur la dixième provinciale où Wendrock s'exprime ainsi : « Plusieurs donnent différentes louanges à Montalte. Pour moi je ne loue rien tant en lui que sa circonspection et son exactitude. Il n’y a rien de plus prudent, de plus sage que ses expressions. S'il trouve quelque opinion qui soit approuvée par des Théologiens habiles, quelque fausse qu'elle lui paraisse, il se donne bien de garde d’en faire un crime aux Jésuites. Nous en avons un exemple remarquable dans la question dontoHe s'agit ici 9 - x ï.

La question dont il s’agit n'est pas autre que celle de l'attrition naturelle que le commentateur envisage alors comme il suit : |

« La doctrine de tous les théologiens de Louvain, où plutôt de presque tous les anciens théologiens, sur la nécessité de l'amour de Dieu par-dessus toutes choses pour la justification des adultes, est sans doute la doctrine la plus probable. Aïnsi, c'est avec raison que ces Théologiens renferment même cet amour dans la contrition imparfaite ou dans l’attrition qui suffit pour obtenir la rémission des péchés dans le Sacrement de pénitence. Et rien n'est plus faible que cette objection qu’on a coutume de faire contre leur sentiment : Que l’absolution est donc purement déclaratoire. Car ils répondent deux choses à cela, la première que, quoique la justification précède l’absolution, elle ne laisse pas d’en être l'effet, parce que Dieu ne l'accorde qu'en vertu du désir que l’on à de recevoir l'absolution. En second lieu, il y en a plusieurs et entr'autres Estius, qui nient que tout amour de Dieu, par-dessus toutes choses, suffise pour justifier dans le Sacrement, et ils veulent qu'il ne justifie que lorsqu'il est dans un degré éminent et qu'il s’est rendu maître du cœur.

Quelque vraie que cette doctrine ait paru à Montalte ; cependant il ne fait pas un crime aux jésuites de ce qu'ils ne la suivent point. Ce qu'il reprend en eux ; c'est que ne renfermant pas la moindre étincelle d'amour de Dieu dans l'attrition, ils soutiennent néanmoins qu'elle suffit pour être justifié dans le Sacrement de pénitence : ce qui est con-

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