‹ Essai sur la morale de Port-RoyalChapitre 20 sur 40 · PERS · texte numérisé non relu

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traire au sentiment du commun même des Théologiens qui veulent que l’attrition suffise. » (54)

Par les dernières lignes, on peut voir — et il faut retenir la chose — que le mot «attrition» n’a pas toujours la même valeur, désignant tantôt la crainte des punitions mais avec |’ ombre, 1 étincelle, comme dit Nicole, de l’amour ‘de Dieu :.c’est-à-dire une contrition imparfaite.

Wendrock ajoute justement que ce que Montalte reprend avec plus de vigueur encore c’est l'opinion que soulinrent des Jésuites de Paris, dans des livres et des thèses publiques, à savoir que l’attrition naturelle, c’est-à-dire la seule crainte d’un mal temporel : dans le cas la peur du feu de l'Enfer suffit « pour recouvrer la Grâce »..

Or, cette distinction, Pascal l’eût-il faite lui-même ? Nouveau venu dans les questions de théologie morale, mal- ‘gré sa finesse toute singulière, on peut prévoir qu'il n'eut pas eu la prudence que son commentateur souligne avec peut-être trop de plaisir visible pour en être véritablement innocent. Par ailleurs, le côté mordant et nerveux du néophyte l’eût entraîné à triompher plus vite et à foncer. Dans le freinage, l'engagement et la nuance, on sent manifestement le conseil de gens engagés dans tous les détours de la polémique ecclésiastique.

Quoi qu'il en soit, dans cette note comme dans les dissertations copieuses que sont les autres notes toujours sur la même lettre, Nicole prend position contre une attrition toute formelle qui serait le rejet de tout travail intérieur sur soi-même, de tout effort et la raturation de toute morale véritable.

Ainsi de même que Montalte, il continuait ce qu'avait été déjà l'opinion de Saint-Cyran dans la même dispute. Entre les attritionnaires et les contritionnaires, il gardait la place à une contrition imparfaite, dont le Concile de Trente avait établi les conditions de validité :

Si quelqu'un dit qu'une telle contrition jointe à la résolution de mener une meilleure vie n’est pas une douleur véritable et utile et ne prépare pas à la Grâce, mais

(4) « Provinciales », avec notes de Wendrock. Amsterdam 1733.

ren

qu'elle rend l’homme hypocrite et plus grand pécheur.. qu'il soit anathème. »

Les conditions de cette attrition valable sont donc d'abord la haine des péchés et l'amour de Dieu sans lequel on ne haït point le péché donc comme je l'ai déjà dit : la contrition imparfaite. La crainte de Ja damnation éternelle dépasse la seule crainte d'un mal temporel déjà puisqu'elle souligne l'inquiétude de perdre la béatitude.

« Car comme la béatitude n’est autre chose que Dieu même on peut être véritablement touché de la perte de cette béatitude qu'on n'ait en même temps quelque amour de Dieu selon cette belle maxime de saint Augustin : « On ne perd avec douleur que ce qu'on possède avec amour ». »

Donc n'est pas récusée cette position moyenne qui n'est point celle du foyer janséniste de Louvain, mais est récusée seulement celle des casuistes qui, à moins de réduire la religion à un seul chapelet de formalités, reste pour tous inconséquente et inacceptable. Le concile de Trente avait précisé. Ces précisions des Conciles, Nicole n'a point manqué de les revendiquer comme soutiens de sa doctrine de même qu'il n’a pas oublié les témoignages de saint Thomas sur la crainte. Ces derniers établissant la nécessité de l'amour pour accomplir la loi font plus encore remarquer l'essentiel apport du christianisme aux morales antiques : cette tradition qui s'inscrivait alors toute nouvelle et se signalait par la distinction de l'esprit et de la lettre ; le seul formel réduit à néant en tant que tel et ce formel dépassé. «Ainsi saisit-on mieux cette espèce de révolte des personnes du xvr1° siècle attachées à cette vérité principale et aux autres et comprend-on mieux qu'elle se dresse devant la politique des Jésuites de l'époque qui visait petit à petit à miner l'important héritage moral, à le dilapider, à l’user, à le détruire.

Saint Augustin écrivait : « On pourrait croire que la loi des mœurs suffit en quelque sorte pour rendre l'homme juste, parce qu'on voit que ces personnes accomplissent au dehors ce que la loi commande. Il est vrai qu'ils aimeraient mieux qu’elle ne leur commandät point tout ce qu'ils font, sans que leur cœur y ait part ; mais ils ne laissent

pas cependant de le faire. Ainsi on peut dire dans un sens qu'ils marchent dans la loi de Dieu : mais on ne peut pas dire qu'ils veulent y marcher, puisque leur cœur n'a pas de part à ce qu'ils font. Or, il est impossible que leur cœur ait part à ce que l’on fait par la crainte du châtiment et non par l’amour de la justice. À ne regarder que le dehors de l’action, ceux qui craignent le châtiment et ceux qui aiment la justice s'abstiennent également de voler. II n'y a donc que le cœur qui les distingue. Leurs actions sont semblables mais leur volonté est différente. » (55)

Cet argument, c’est celui que reprendront sous des formes différentes les curés de Gand quand ils établiront leur doctrine devant la Faculté de Louvain à seule fin d’ailleurs de dévoiler l’impudence des Jésuites dans leur ville. La lettre des curés de Gand aux Docteurs de la Faculté de Théologie de Louvain, comme d’ailleurs les pages où ils donnent les raisons de leur doctrine, Wendrock les à transcrites à la suite de ses notes. Les pasteurs flamands indiquaient dans leur lettre que le seul point sur lequel on était entré en dispute et pour lesquels ils demandaient à Louvain de trancher était celui-ci : « Que l’attrition conçue par la seule crainte de l'enfer ou des peines que Dieu nous doit faire souffrir, sans qu'il y ait au moins quelque mouvement d’un amour imparfait de bienveillance envers Dieu, ne suffit pas pour obtenir dans le Sacrement la grâce de justifitation... »

Par ces mots on voit que les querelles autour du jansénismé, qu'il soit jansénisme de France ou des Pays-Bas étaient les mêmes surtout sur des questions de morale et de morale appliquée les discussions sur la Grâce offrant peut-être — sans rien affirmer — quelques très petites divergences de Louvain à Port-Royal. On remarque aussi l'attachement des jésuites à leur morale où qu’ils soient.

« Que s'il y en a qui croient que la vertu propre aux

Sacrements de la loi nouvelle consiste à conférer le don de la Grâce justifiante qui efface les péchés, sans que nous y

(05) Saint Augustin, in Ps. 77.

soyons disposés auparavant par une charité parfaite où commencée : ces personnes doivent considérer que jusqu’à présent l'église catholique notre mère ne nous a jamais enseigné que les Sacrements eussent plus de force que le mariyre pour la justification des pécheûrs. Car nous savons que c'est aux martyrs que Jésus-Christ a fait cette promesse si avantageuse : « Tout homme qui me confessera devant les hommes, je le confesserai aussi devant mon Père qui est dans les cieux. » Et néanmoins il sert si peu, selon la doctrine apostolique, de livrer son corps-au martyre, si l’on n'a pas la charité que S. Paul ne craint point d'écrire aux Corinthiens : « Si je livre mon corps aux flammes pour être brûlé et que je n'ate point la charité cela ne me sert de EG) 0)

Ainsi parlent les curés de Gand et le texte canonique cité à la fin devrait suffire à trancher la querelle. On se demande même pour quelle raison rester catholique quand, comme les casuistes, on se sent le besoin d'innover dans un domaine aussi défini, donc aussi défendu. C’est bien peutêtre là qu'on peut leur reprocher le plus. Enfin, à quoi eût servi la croix du Christ et son message continué par une Eglise persécutée si l’insolence de certaines thèses nouvelles — insolentes au moins par leurs équivoques et leurs conséquences, si ce n’est par leurs intentions — vient à l'intérieur détruire tout l’enseignement, toute Ja tradition, auraient pu tout de suite objecter tous les Augustiniens, les Thomistes, les Jansénistes, etc., aux Jésuites casuistes. C'était d’ailleurs bien leur esprit, ce qui les faisait combatifs. Ils auraient aussi pu rappeler ces évidences, cette connaissance d’un enfant au catéchisme : savoir que sa religion dépend entièrement du premier commandement du Décalogue et que souligne lapôtre des Nations par ces paroles aux Corinthiens : « Si quelqu'un n'aime pas Notre Seigneur Jésus-Christ, qu’il soit anathème ».

Ce n’est pas qu'il faille bannir la crainte ; mais comme revient l'enfant prodigue, le pécheur doit revenir avec le regret d'amour, le regret du mal commis. Nous qui devons nous adresser à Dieu comme au Père, comme enfants adoptifs de Dieu, nous devons certes avoir une crainte du Père,

Mais les curés de Gand remarquent aussi : « Il y a une crainte pour les serviteurs et une autre crainte pour les enfants. Il y a une crainte qui n’est pas chaste, telle qu'est celle d’une femme adultère qui craint son mari en même temps qu’elle le hait comme un obstacle à ses désirs, qu’elle souhaite de le voir absent et qu’elle est tout prête à violer la chasteté qu'elle lui doit si elle ne redoutait sa colère et ses châtiments. Et il y a une autre crainte qui est chaste, qui est celle d’une honnête femme qui craint son mari prenant garde de ne rien faire et de ne rien dire qui lui déplaise, de peur qu'il ne l’abandonne, parce qu'elle aime sa présence et qu’elle souhaite extrêmement d’être aimée de lui. I y a une crainte que l’Ecriture dit être suivie de peine et de douleur et il y en a une autre à laquelle la même Ecriture joint la réjouissance et la joie comme quand David nous dit : « Servez le Seigneur avec crainte et réjouissezvous en lui avec tremblement. » Enfin, il y a une crainte qui n’est pas fondée sur la charité et qui est chassée par la charité parfaite ; et il y en a une autre qui, selon le Psaume, est sainte et subsiste éternellement, et qui croît toujours tant que nous vivons ici-bas, à proportion que croît notre charité. »

Il est bien évident que cette dernière crainte est une crainte d'amour ; la crainte de déplaire, celle de tomber.…., une crainte qui réalise presque dès ce monde la perfection de l’amour dont parle saint Bernard et qui sera notre dilection éternelle : s'aimer soi-même pour Dieu dans ce mystérieux échange auquel le Seigneur a assigné un ordre qui trahit cette étonnante délicatesse du divin à l'égard du créé, qu'il faut que ce soit homme qui aime le premier ou tout au moins en ait l'impression comme s'il en avait véritablement l'initiative, le premier élan.

Il est non moins évident que c'est le commencement de cette crainte et aucune autre qui peut faire oser prétendre, avec le Sacrement, à la justification des fautes du pécheur.

D'ailleurs, c'est tellement une crainte allant de plus en plus vers le regret d'amour, vers la contrition qui est préférable que même aujourd'hui un maître de la Spiritualité, par son discours, montre mieux que ses préférences

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pour la contrition à la place d'une attrition en entendant par attrition la seule crainte des punitions.

Dans « Le Christ, idéal du moine » (56), Dom Columba armion (57) étudie la componction et ses effets. Or, loin de penser que l'amour de Dieu et la joie puissent trouver un obstacle dans l'attitude ordinaire du repentir, dans la componction, il pense au contraire que l'amour et la joie devront repartir de là comme d’une base solide. Et de nous expliquer comment. Si la componction à sa source principale dans le souvenir de l’offense faite à Dieu, à Dieu considéré comme Bonté infinie, — en un mot, en un mot qu'il ne nous dit pas mais que nous pouvons mettre pour lui, s’il s'agit de contrition et non pas d’attrition — la componction est alors dans la ligne de la contrition parfaite, laquelle est une des formes les plus singulières et les plus parfaites de l'amour de Dieu. Ainsi sera-t-il en son pouvoir d'exciter la générosité qui veut réparer le passé par une ferveur plus grande. Donc, au xx° siècle, reconnaît-on la

nécessité de cette pénitence que réclamèrent — bien vainement — les Jansénistes. Mais Dom Marmion ajoute que,

pour la même raison, et s'il en est ainsi dans le cas, suivant le jeu de la Grâce, l’âme se rendra défiante d'elle-même, mais admirablement souple sous la main de Dieu et très attentive à l’action de l'Esprit-Saint. On ne peut encore que souligner les concordances. IT est vrai aussi que les port-rayalistes ne pourraient que contresigner et de bon

(56) Dom Marmion, Le Christ idéal du moine, p. 211.

(57) Dom Columba Marmion fut abbé de l’abbaye bénédictine de Maredsous, de 1909 jusqu'à sa mort en 1923. Par ses ouvrages et par son action autour de lui, il s’est placé comme un maître contemporain de la Spiritualité catholique. Ayant été en relation avec un moine formé par lui, j’'eus ainsi l’occasion de voir quelle ‘était sa spiritualité : une spiritualité sensible à la délicatesse de la vie de la Grâce, aux délicatesses de Dieu à l'égard de la créature.

Or, c’est le même sentiment qu'il nous est offert de partager à la lecture des « OEuvres chrétiennes et spirituelles » et de tout le reste de Duvergier de Hauranne. Les autres travaux des jansénistes continuent l’abbé de Saint-Cyran. Il est curieux de voir que Ja tradition — car c’est aussi une tradition que la chaleur de cette Spiritualité qui est toute faite de l'amour que l'on doit au Créateur — se garde à plus de deux siècles. Port-Royal était donc bien dans la ligne, sur ce point.

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cœur les dernières lignes sur lesquelles Dom Marmion finit ses remarques sur la componction. Voyant dans celle-ci une source d’humilité comme de générosité, il pense qu'elle ne peut qu'incliner l’âme à accepter candidement — je ne dis pas naïvement, je dis candidement, c’est-à-dire avec l'esprit d'enfance qui est demandé — toute la volonté divine, quelle que soit celle-ci, quitte à voir dans les épreuves envoyées l’occasion de se venger sur elle — l'âme — Îles perfections et les droits divins méconnus ou outragés par le péché. 6

Ces choses si conséquentes, si normales, ce sont pourtant les mêmes qu'ont défendues, réclamées les théologiens de Port-Royal, et on leur a prodigué l'accusation de tomber dans les erreurs de Luther ou de Calvin. La calomnie ne tient pas mais provigna quand même.

Cependant, l « obligation d'aimer Dieu » pour pouvoir quelque chose religieusement, ce n'était pas trop demander, non plus que demander un peu, un tout petit peu, une étincelle — pour répéter encore le terme de Wendrock — d'amour de Dieu pour que vaille l’absolution,

n'était pas exagéré.

De « l'obligation d’aimer Dieu », Wendrock (58) a tiré la nécessité et les arguments des attaques qu'il porta contre le Père Antoine Sirmond dans la troisième note in-

(58) Wendrock cache peut-être Arnauld dans cette note. Nicole et Arnauld, d’ailleurs, travaillaient souvent ensemble ou se partageaient le travail. Il y eut une première « Dissertation Théologique sur le commandement d'aimer Dieu » d'Arnauld, que reprit Nicole, qu'il augmenta. Si donc celle-ci est de Nicole, elle est à la fois de Nicole et d’Arnauld.

D'ailleurs, à ce propos, il est utile de rappeler l'influence d’Arnäuld sur les port-royalistes, Arnauld étant le doctrinaire par excellence.

Dans l'étude de la « Doctrine de Port-Royal », au début des « Vérilés de la Grâce », M. Laporte a exposé comment agit cette influence sur les port-royalistes. T1 distingue trois groupes de penseurs ayant Arnauld comme centre.

I. Le premier groupe qui travaille en parfaite conformité avec Ja pensée d’Arnauld, se compose de Barcos et des disciples de Saint- Cyran : Le Maître, Lancelot, Hermant, Lalane, Saint-Amour, Bour-

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titulée « Dissertation Théologique sur le commandement d'aimer Dieu », et qu'il résume ainsi

« Si le culte, l’adoration et le sacrifice de la Religion chrétienne ne peut subsister sans amour, nier que l’amour de Dieu soit nécessaire pour être sauvé, c’est nier que le culte de la Religion chrétienne soit nécessaire pour être sauvé ; c'est détruire et renverser toute la Religion qui consiste principalement dans le culte qu’elle prescrit. »

On peut s'étonner que l'énoncé de telles évidences ait pu créer des difficultés, soulever une seule objection de la part des catholiques. En effet, manquer d’assigner comme nécessaire à la religion l’amour de Dieu, c’est lui retirer exactement sa raison d'être et ne plus faire du culte que des cérémonies sans but. Dans l'offensive de Wendrock contre le Père Sirmond, il apparaît que celui-ci aurait voulu faciliter la religion à des esprits plus peureux que généreux, à des cœurs soucieux seulement de leur tranquillité.

Cependant, la pensée du Jésuite est-elle bien comme

l'entend le port-royaliste à

C'est là comme une parenthèse. Ce qui m'y fait penser, ce qui me fait douter ce sont quelques mots du Jésuite

geois, Bourzeis, Sainte-Beuve, Feydeau... Ce groupe se désagrège à la Bulle d’Innocent X, en 1653, condamnant les 5 propositions.

II. Le deuxième groupe qui se compose de Nicole, de Lalane, de Girard, de Saei et de Pascal, travaille sous le contrôle d’Arnauld jusqu'à la Paix de l'Eglise de Clément IX. Il n’y à qu'avec Pascal qu’Arnauld est en désaccord à propos de la signature du Formulaire.

À partir de la Paix de l’Eglise jusqu'au retour des mauvais jours, il y a un relâchement du travail. Sauf l'édition des Pensées et celle de la Grande Perpétuité de la Foi (1669-1674) de Nicole et d’Arnauld, pas de livres. Chacun d’ailleurs travaille pour lui.

III. Aux mauvais jours revenus, autour d’Atrnauld exilé se reforme un groupe par correspondance. Voici les membres : Du Vancel à Rome, Neercassel (évêque de Castorie) en Hollande, Pont-Château, et Quesnel et Duguet, ious deux oratoriens forcés de quitter l'Oratoire et qui rejoignent Arnauld dans son exil. Quesnel, lui, travaille toujours sous la direction d'Arnauld, recevant ses conseils et ses approbations pour tous les livres qu'il publie de 1685 à 1695, et dont le principal est la « Tradition de l’Église Romaine ».

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contre lesquels Wendrock se récrie presque avec colère, au moins avec indignation.

Voici ces mots : « S'il eût dit (Dieu) je vous perdrai quelque obéissance que vous me rendiez, si de plus de votre cœur n'est à moi, ce motif à votre avis eut-il été bien proportionné à sa fin ?... »

Or, il y a des âmes incapables de s’attendrir et qui n'en désirent pas moins aimer pour cela. C’est plutôt question de caractère que de cœur. N'est-ce pas pour rassurer ces êtres que le casuiste aurait inventé alors sa distinction de l'obligation de rigueur et de l'obligation de douceur, comme il le fait dans sa Défense de la vertu P (59). Rien ne permet évidemment de penser sans douter que ce furent bien là les intentions du Père Antoine Sirmond. Pourtant, on peut s'arrêter à l'hypothèse car les habitudes du temps, la pudeur si stricte qui pesait sur les choses du cœur firent peut-être exprimer sous des formes théologiques ce qui n’est peut-être plus du seul domaine théologique. Ces considérations peuvent rendre l'hypothèse possible.

Quand il voit dans le premier précepte du décalogue un commandement de rigueur quant à l'amour effectif et d'exécution — ainsi il sauve formellement la loi — il voit seulement un commandement de douceur non obligatoire, non seulement au regard de l'amour affectif mais aussi aux amours d'intention et de motif.

Or, — la remarque n'est point vaine — on peut désirer de sa volonté et encore de quelque façon contre son cœur, faire le bien et le faire encore de mauvais cœur. On fait pourtant le bien quand même. Aïnsi, volontairement on dépasse son mauvais cœur. C’est déjà l'intention de bien faire et non pas seulement par la crainte du chà-

(59) Dans Ja « Défense de la vertu », le Père Sirmond distingue entre une « obligation de rigueur » d'aimer Dieu qui consisterait à obéir à sa loi et une « obligation de douceur » qui consisterait alors dans une obéissance mue par l'amour effectif de Dieu. L’ «obligation de rigueur » pourrait être comparée au précepte, au véritable commandement, et l’« obligation de douceur » au conseil. L’ « obligation de rigueur », quant à l’amour effectif et d'exécution, une « obligation de douceur » non obligalofre au regard de l’amour affectif et des amours d'intention el de motif.

timent, mais par la crainte et l'ombre de générosité qui croit, c'est-à-dire avec une crainte qui sera déjà le début. de l'amour de Dieu.

Mais il n'est que justice de reconnaître que de ces nuances le Père Sirmond ne parle plus guère, et ce qui est pire, qu'il déclara le premier précepte du décalogue non obligatoire pour les amours d'intention et de motif.

La distinction des casuistes n'eut été que celle d’un amour effectif et de volonté et d’un état de sensiblerie amoureuse dans lequel on est ou on n’est pas, qu’il n’y eût pas eu querelle. Ce que Wendrock leur reproche c’est qu'ils aient essayé d'arrêter la portée des décisions des Conciles sur la nécessité d'un commencement d'amour de Dieu pour la justification. Au moins, cette volonté de bien faire, étant déjà un certain amour du bien, est la voie de l’amour de Dieu, même si elle coexiste avec un goût sensible du cœur pour les biens immédiats et trompeurs, puisque c’est là la condition de l’homme : celle de la nature déchue.

C'est déjà là, fragile mais volontaire, l’incohation du véritable amour de Dieu ; celui dont saint Bernard voit ainsi le progrès dans sa Lettre aux Chartreux (6o) : «Il y a celui qui loue le Seigneur parce qu'il est puissant, celui qui le loue parce qu'Il est bon pour lui et aussi celui qui le loue simplement parce qu’'Il est bon. Le premier est esclave et craint pour soi, le second est mercenaire et désire pour soi, le troisième est fils, ne songe qu'à son père. »

Ce sera la charité du fils, ne cherchant pas son bien propre qui semblera évidemment à Bernard la meilleure. Aussi croira-t-il que c’est d'elle qu’il est dit : « La loi de Dieu est sans tache et convertit les âmes »... parce que, expliquera-t-il, « elle seule peut déprendre l’âme de l'amour d'elle-même et du monde pour la tourner vers Dieu. »

Toutes ces vérités de l'amour de Dieu qui sont aussi bien celles de la Grâce, sont sous-entendues dans la posi-

(60) En 1125, saint Bernard écrivit celle lettre aux Chartreux, qui traite des degrés de l’amour. Il devait, trois ans environ après, comme la reprendre pour écrire, à la demande du cardinal Haimeric

le traité « de diligendo Deo ».

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tion de Port-Royal contre les attritionnaires. Ces vérités d’ailleurs ne sont pas eelles d’une austérité inhumaine que l'on a attribué facilement à cette école. D'autre part il n’est pas difficile de voir que le caractère froid d’un rigorisme desséchant qu’on a voulu trop prêter aux Jansénistes ne peut pas bien aller avec le souci de sauvegarder l'amour de Dieu qu’ils réclamèrent pour l'efficacité du sacrement de pénitence. Ainsi fut exagérée la vérité de leur rigorisme. En tous cas, les écrits jansénistes sont contre une telle déformation. Leur lecture permet de voir jusqu'à quel point furent calomniés leurs auteurs. Ne nous resterait-il d’ailleurs que les seules lettres de Pascal à Mademoiselle de Roannez que nous aurions là en parlant de choses qui touchaient les amis de Port-Royal, le témoignage de la vie de ces êtres injustement considérés comme inhumains de désespoir et de mortifications impossibles. Le secret de leur vie mortifiée et mortifiante, il était’ entièrement et simplement dans cette charité que nous garantit la Grâce. Mais ils pensaient qu'il ne fallait rien moins que cette Grâce pour provoquer l'amour de la créature pour son Créateur. Leur position dans la querelle des attritionnaires et des contritionnaires, est parfaitement conséquente à cette vérité.

En 1656, dans une lettre à Mademoiselle de Roannez, chez laquelle il a cru voir un zèle pour le Pape, Pascal proclame: sa fidélité à l’unité de l'Eglise tant pour lui que pour les autres port-royalistes et, ayant écrit : « Je ne me séparerai jamais de sa communion », il semble se reprendre sur l’espèce de présomption de ses forces, et il ajoute et corrige : « Au moins, je prie Dieu de m'en faire la Grâce, sans quoi je serais perdu pour jamais ». Ce souci de ne jamais préjuger de soi et aussi celui de toujours reconnaître à la Grâce son parfait caractère de gratuité, les Jansénistes les ont eus, plus particulièrement sans doute, encore que rién là ne venait les prédisposer au désespoir puisqu'aussi bien il y a cette parole si consolante du Christ que Pascal rappelle dans une autre lettre à Mademoiselle de Roannez : « Il sera donné à ceux qui ont déjà ».

S'il est donné à ceux qui ont déjà, on comprend mieux que celui qui a cessé d'avoir par une faute grave a besoin d'avoir de nouveau le regret par amour pour être justifié ;

qu'il faut donc déjà l’ättrition avec une ombre dé dilection, c'est-à-dire pas moins qu'üne contrition imparfaite. Ainsi la position de Port-Royal sur cette discussion est exempte d'équivoque.

Si Port-Roÿal, sur cette question de l'attrition et de la contrition est exempt d’équivoque, Port-Royal ayant peut-être pris à cette occasion une position moins extrême il faut aussi dire que, la discussion étant moins connue, il y eut moins de calomnies et que les déformations qui restèrent eurent moins de portée. La vérité ne pouvait pas alors être aussi facilement brouillée.

Si, pour éviter les équivoques et même les confusions les théologiens jansénistes comme d’ailleurs les thomistes avaient toujours voulu préciser qu'il fallait la « Grâce effi- ‘cace » qui, en un sens, est irrésistible, encore qu’elle ne soit pas de contrainte, peut-être espéraient-ils au moins que cette distinction arrêterait la suite d’autres confusions. Si elle fut la source d’autres, dégénérées en polémiques, querelles et haines, on sait que cela faisait l'affaire de quelques-uns de brouiller le jeu et de lFenvenimer.

Cependant, il reste sur la morale de la prédestination et de la liberté et sur le problème de la Grâce une gêne venant de l'apparence que peuvent prendre les délicatesses de choses aussi difficiles, aussi facilement confondues. Or, le goût qu'aurait ey Pascal de faire de l'économie de la Grâce et de sa vie un exposé plus aimable et plus intelligible à toutes sortes d’esprits a trouvé presque son auteur en Nicole. Ce dernier, croyant que les équivoques ne venaient que des mots (61) voulut en chercher la solution dans un essai de réduction des confusions terminologiques de la doctrine augustinienne. C’est ce qu'il se proposa dans son « Traité de la Grâce générale ».

L'adhésion qu'obtint ce Traité, de peu de gens de Port-Royal, puisque le grand doctrinaire, Arnauld, fut à ce sujet en désaccord avec Nicole, souligne par la modicité

(61) Voir la note n° 20.

du nombre de ceux qui s’y rangèrent que, pour beaucoup d'autres, cette tentative était dangereuse, au moins paraissait ainsi et obscure. De fait, le Traité de Nicole souleva la correction d’Arnauld de cette théorie de la Grâce générale, qu'il fit dans l « Ecrit Géométrique ».

Quelqu'inutile que fut ainsi l’essai de Nicole, on ne peut faire une étude de la morale de Port-Royal sans envisager cette tentative. La réfutation qu’en fit le grand Arnauld continuera à nous instruire sur les difficultés de la vie de la Grâce.

UN Essai DE RÉDUCTION DES ÉQUIVOQUES TERMINOLOGIQUES DE LA DOCTRINE DE SAINT AUGUSTIN :

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