‹ Essai sur la morale de Port-RoyalChapitre 21 sur 40 · LE « TRAITÉ DE LA GRACE GÉNÉRALE » DE NICOLE · texte numérisé non relu

LE « TRAITÉ DE LA GRACE GÉNÉRALE » DE NICOLE

La lecture du « Traité de la Grâce générale » ne permet pas de penser que son auteur se fit de la Grâce une opinion contraire à celle des autres théologiens augustiniens, non plus que de penser qu'il la voulut aussi souple aux initiatives individuelles qu'elle l'est dans la conception moliniste ou dans les autres conceptions semi-pélagiennes ceci malgré: les différends qu'eut Nicole à ce propos avec le grand Arnauld. Ce que nous révèle la lecture de l'ouvrage de Nicole, c’est surtout une intention d’amabilité que d’autres écrits port-royalistes faisaient pressentir et même annonçaient et que l’on trouve déjà dans un Saint-Cyran, de même qu’elle fut une intention de Pascal, ainsi que nous avons eu déjà occasion de le voir.

En effet, nous savons que dans le discours qui sert de préface à son traité — lequel discours date de 1691 — Nicole

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a donné les raisons pour lesquelles il s’est appliqué à cette question. Nous savons aussi que c’est dans ce même discours que furent rapportées les paroles de Pascal sur le regrettable aspect de dureté que revêtit par la faute de personnes qui furent mieux intentionnées qu'elles ne furent habiles, la tradition augustinienne. Nicole s'exprime ainsi dans ce discours (62) : « Il y a près de trente-quatre ans,

qu'ayant eu quelque engagement de m'appliquer aux différents qui partagent les Théologiéns sur matière de la Grâce, il me parut que beaucoup d’entre eux étaient choqués plutôt de certains térmes qu'ils expliquaient d’une manière odieuse que des opinions mêmes ; ce qui me porta à croire que c'était un devoir de charité et de justice, sans rien changer, ni altérer, ni affaiblir dans le fond des choses, de tâcher d’adoucir par des expressions favorables ce qui rebutait ces personnes dans la doctrine de saint Augustin : outre qu'il me semblait que c'était un fort grand bien de contribuer quelque chose par ce moyen, à éteindre un feu qui causait dans l'Eglise de si grands ravages et dont l’on prenait occasion de rendre suspects les plus pieux et lès plus savants Ecelésiastiques de l'Eglise. J'étais persuadé de plus, qu'il n'y avait rien de plus avantageux à la doctrine mêmé de saint Augustin que de lui ôter un air de dureté qui en éloigne bien des gens et de la mettre en état d’être goùtée et embrassée de plus de personnes. »

Ces lignes nous avertissent. Elles noûus révèlent les inténtions de Nicole. Or, à moins de douter de la sincérité ét de la loyauté de celui-ci, on est bien obligé de reconnaître que ces intentions restent dans la tradition augustinienne. D'ailleurs, les paroles de Pascal qu'il rapporté après les lignes précitées confirment quelle fut l'intention de Nicole quand il s’appliqua à ce problème de la Grâce et la fidélité ue gardera à cette intention de présenter la doctrine dé la Grâce sous un jour dépouillé... « d’un certain air farott: che qu'on lui donne et pronortionnée au goût de toutes sortes d’esprits », ainsi que l’eût voulu Pascal.

Mais à beaucoup de bport-royalistés, l’intention de Nicole dut paraître meilleure qu'heureuse. L’avertissement à l'édition de 1715 — qui devait êtré une édition de Port-

Roÿal = né le cache guère, qui rappelant la réfutation selon « la méthode des géomètres » que M. Arnauld fit dés pensées contenues dans le livre de M. Nicole intitulé « Instructions sur le Sÿmbole » et exposant l’évolution de la querelle, paraît approuver fortement là position intransigeante d’Arnauld.

« Il semble qu'il doit Uétirer que le sentiment de M: Arnauld ait cet avantage incontestable d’être plus clairement conforme aux principes de saint Augustin et des autres Saints défenseurs de la Grâce... au lieu que M. Nicole, pour en rapprocher le sien, est obligé de recourir à des explications qui paraîtront plus subtiles que solides à ceux qui se donneront la peine de l’examiner », est-il écrit dans l'avertissement de l'édition de 1715. Ainsi les Augustiniens désavouaient un des leurs qui ne se proposait pourtant que d'adoucir la façon de présenter la vérité sans rien enlever de cette vérité. La: Haras allait-elle sévir entre les Augustiniens ?

Quelle que fût la querelle, le texte de Nicole nous livre, en dehors de toutes les argumentations théologiques et des finesses, les intentions du moraliste doublé là de l’apolegiste.

Ce sont celles qu’il avoue lui-même au courant de te discours-préface : « Il y a des gens qui sort effarouchés de la certitude de l'effet qu’on attribue à la Grâce efficace et qui ont peine à souffrir cette détermination infaillible de la volonté, qu'ellé ne Manque jamais d'opérer.

Ïls appréhendent qu'elle n’intéresse et ne blesse la liberté et ils ne sauraient la Concilier avec l'indifférence de la volonté, ne voyant pas comme on peut dire avee le Concile de Trente qu’on péut rejeter la Grâce, s’il est vrai que celte Grâce nous détermine infailliblement au bien qu'elle nous inspire.

De cette première source il en naît une autre qui cause éncore dans plusiéurs esprits ün plus grand éloignement de la doctrine de saint Augustin. Ces persônries souffriraient sans beaucoup de peine que Dieu choisit, parmi les homines, certains justes à qui il fit des faveurs particulières, qui les conduisent au ciel avec une certitude infaillible,

pourvu que les autres ne fussent pas réduits à une entière impuissance de se sauver et d'observer les commandements. Or, il leur semble que cette impuissance est une suite inévitable de la nécessité de cette Grâce efficace et déterminante. Car ne s’ensuit-il pas, disent-ils, que tous ceux qui n'ont point cette Grâce et à qui Dieu ne la donne point, sont réduits par là à une impossibilité de se sauver ef que les commandements leurs sont impossibles ; ce qui semble ne se pouvoir accorder ni avec la bonté de Dieu, ni avec sa justice, ni avec ce qu’on trouve souvent dans les Pères, que les hommes ne sont point damnés parce qu'ils n'ont pu se sauver, mais parce qu'ils ne l’ont point voulu : « Non quia non poluerunt, sed quia noluerunt ».

C’est ce qui a donné lieu au reproche que Julien faisait à saint Augustin de détruire la liberté, tantôt par la nécessité du mal et ensuite par celle du bien : « quam antea mali, postea boni necessitate subvertis » et elle n’est guère . combattue en ce temps-ci que par ces mêmes argumeuts. »

* La dernière remarque de Nicole est importante et elle est de tous les temps. Il paraît que les choses n'ont d'ailleurs guère changé puisqu'aujourd'hui ce sont les mêmes arguments en effet qui sont toujours mis en avant contre la thèse augustinienne : toujours des scrupules de justice.

Or, ce sont ces scrupules que Nicole sut prévoir afin de les réfuter avant. En prévoyant ces scrupules, le moraliste dévoilait la psychologie ordinaire de l’honnèête homme, de celui que nous appelons aujourd'hui — passablement diminué dans ses qualités peut-être, mais considérablement häussé dans sa vanité et aussi dans son goût du hbre-examen — l’homme moyen. Il ne l’a pourtant pas méprisé puisque c’est en vue de le rassurer sur léquité divine telle que la concevait le Docteur de la Grâce ou plus exactement telle qu'Il la comprenait lui-même, Nicole, dans la doctrine du Docteur de la Grâce que Nicole entreprit cet exposé de la Grâce générale. Son intention essentielle, son but était avant tout — pour n'importe qui essaie de voir clairement dans le difficile enchevêtrement des nécessités théologiques et des exigences des libertés morales — de faire tomber les équivoques qu'entraînent les diverses

compréhensions des mêmes termes. Sur la parfaite sincérité de sa tâche comme sur la générosité de son cœur, le doute est bien impossible à l’homme droit et lucide. D’ailleurs, si Port-Royal l'a attaqué doctrinalement, jamais ce ne fut sur ces deux points.

À opposer à l'argumentation du siècle contre la sévérité de la doctrine de la Grâce, il pensa d’abord à la conduite ordinaire des hommes où il crut voir toutes ces déterminations que l’on prétend contraires à la liberté. C’est ce qu'il avait essayé de montrer déjà — comme nous l'avons vu — dans la note sur la dernière provinciale. Lui-même le rappelle : « J'en fis l'essai il y a plus de trente-deux ans, dans un dialogue ajouté à la dix-huitième lettre provinciale, qui a pour titre « Wendrokii dialogus epistolae 18, illustrandae serviens ».

C'est le dialogue où, par de nombreux exemples, parfois cocasses, pris dans la vie quotidienne des hommes, il prouve que maintes fois les hommes ne font jamais telle action que parce qu'ils n’y sont point attirés par quelque passion et qu'ainsi, s'ils n'ont aucune envie d'accomplir cette action, ils n’ignorent pas, pour autant, qu'ils pourraient le faire, de même qu'ils pourraient faire le contraire, mais un contraire qu'ils n’ont pas le goût de faire non plus. La Grâce agirait de façon analogue, déterminant l'homme sans le forcer : puisque c'est sa volonté qui est déterminée dans le sens où elle est attirée, et attirée aimablement ; c’est-à-dire de son plein gré.

Le moraliste ne se trouve pas peu heureux de l'agrément que donnèrent à cette explication certains jésuites eux-mêmes. Il donne comme un « aveu très net et très précis que cette Grâce ne blesse point la liberté et que par conséquent toutes les objections qu'on peut tirer de là sont vaines et sans force contre cette explication de la manière dont la Grâce agit. » ...la déclaration expresse que fit, dans une thèse soutenue à Louvain le 22 juillet 1688, un professeur jésuite de cette ville, le Père Isaac de Bruyn, choisi par la Compagnie de Jésus elle-même pour combattre les sentiments de cette Unjversité par trop gagnée aux Jansénistes.

Voici les térmes de la déclaration précieuse que cite Nicole lui-même :

« Judicium de efficacia Wendrockiana seu determinante moraliter. Hanc nuper amplerus est etimius aliquis, juramenti memor, sane laudabiliter-sé a Jansenio secernens. Liceat tamen paucis illam scholastice discutere. Hulus gratiæ efficacia similitudinibus quibus dam illustrata proponitur, quod.ita impellat ad actum virtutis, ad quem a Deo datur prout quemque prudentem naturalis ratio impellit, ne ad nugantis amici preces sibi oculos eruat, aut nasum prœscindat, quod licet absolute et physice posset facere. Non ego talem gratiam dare posse et cum absoluta libertate consistere : quin et de facto dari aliquando non illibenter confitebor. »

Ainsi sera son premier point de contre-argumentation.

Il continue en faisant remarquer qu'il n’est nullement nécessaire pour que la volonté soit infailliblement déterminée par la raison et la pente du cœur, qu'elle ne trouve dans le parti opposé que des choses sans aucun attrait. Il suffit largement qu'elle préfère un parti à l’autre : la préférence suffisant pour la déterminer de façon efficace et infaillible.

Dans la vie ordinaire, il ne manque pas d'exemple pour illustrer cette opinion que la volonté suit toujours l'amour le plus fort; va toujours au parti préféré. Il rappelléra que c'est d’ailleurs ce qu'on enseigne dans la Morale : que la volonté suit toujours ce qu'on appelle « judicium practice praclicum » ; et que ce jugement n'est qu'un jugement de préférence. « C’est ce que M. Pirot, Professeur de Sorbonne — écrit-il — enseione présentement à toute la France en faisant consister la Grâce efficace dans un amour supérieur à tout amour contraire et en reconnaissant que cet amour dominant ne manque jamais d’avoir son effet. »

Aussi, croit-il juste de pouvoir répondre que personne ne suppose rien de gratuit, au Jésuite de Louvain dont il cite de nouvelles lignes qui, celles-ci, luj reprochent alors d'inventer des cas extrêmes gratuits comme céux de se couper le nez et de se crever lés yeux, dont nous avons le pouvoir physique et dont cependant, nous n’usons pas,

x On ne suppose qu'une passion ét une raison dominante et supérieure à la passion et à la raison contraire, et cela suffit pour rendre l’effet de la Grâce certainement infaillible, en ajoutant seulement une protection de Dieu, qui empêche que la volonté de cet homme dont l’amour de Dieu fait la passion dominante, ne soit attaquée par quelque passion nouvelle qui, se joignant à la éupidité qu’elle trouve dans le cœur, devienne plus forte que cet amour. »

H s'ensuit que Dieu ne donne jamais sa Grâce efficace sans y adjoindre tous les secours nécessaires à son efficacité. Déjà l’on voit dans cette interprétation de Nicole malgré les divergences avec l’autre Port-Royal, que ses idées n’en diffèrent pourtant guère quant aux résultats.

. « Quand on parle de la Grâce efficace, on y comprend, outre son impression qui est en un certain degré, tous les autres secours et protections de la providence, qui la rendent supérieure à la cupidité et qui la conservent dans cette proportion.

« Cette détermination infaillible de la volonté pour lé parti que la raison ét la passion favorisent, fait qu'il y à une infinité de rencontres où lés hommes jugent presqu'infailliblement de la résolution à laquelle la volonté se porterà ; c’est-à-dire qu'ils jugent infailliblément de sà détermination future : et il ÿ a au contraire d’autres détérmihations, où, s'ils en jugent, c’est avec beaucoup d'incertitude. »

Et l’auteur, comme exemple de la première disposition, de citer la certitude que l’on à que lé Prince d'Orange dominé qu’il est par la passion de régner, ne cèdéra le royaume d'Angleterre au roi Jacques que sous la contrainte, de même que le Grand Seigneur ne cèderait point de son gré Constantinople à l'Empereur d'Allemagne ; alors qu’il est des occasions où, ignorant la passion dominante d’une personne, partagée entre plusieurs, on ne peut que

prévoir de façon très incertaine — et même il est des cas où l’on reste dans le doute complet — dans quel sens dé-

cidera finalement sa volonté. Mais cette incertitude n'est que pouf les hommes : tout est certain à Dieu. « Sans avoir recours à la science moyenne, Il [Dieu]

voit toutes ces différentes impressions ; [1 voit celle qui l’emports ; Il connaît les décrets de sa providence. ».

Or, en partant de l’infaillibilité de l’effet des passions dominantes, on aboutit à constater que la vie humaine est pleine de puissances sans effet, puisque les passions dominées n’aboutissent pas.

Cependant, qui prétendrait raisonnablement, à cause de cette contrariété que subissent les passions dominées, de la part de passions dominantes, que l’homme est ainsi privé de liberté ?

C’est une certaine perversion générale, tant de l'esprit que du cœur que de ne pouvoir s'arrêter à l’ordre d’un choix. Aussi, comme le dit si justement Nicole : « La liberté de la volonté est une chose de sentiment et d'expérience dont on ne saurait douter. » Un homme norinal se sent libre moralement. Il se remarque libre autant pour les ordinaires choses quotidiennes que pour celles du Spirituel. Il se sent libre, il se sait libre.

Sa troisième remarque, Nicole la fera porter sur la façon que nous avons de considérer que la volonté ne peut faire les choses qu'elle a en grande aversion, alors qu'elle peut faire celle dont elle a peu d’éloignement par une simple petite raison ajoutée aux autres et qui fait aller la volonté dans ce sens. Constatation qui nous fait mieux remarquer la règle de saint Augustin qui veut qu'une passion petite et surmontée facilement devienne difficile à vaincre quand elle se trouve fortifiée par l'habitude.

« Mais, dira-t-on, cet homme, qui n'a pas voulu bien agir, lorsqu'il le pouvait, n'avait pas la Grâce efficace, car il n’a pas bien agi, et cependant, selon saint Augustin, il pouvait bien agir, et ce même, en faisant le mal qu'il pouvait ne pas faire, tombe dans l'impuissance de faire le bien. Quel est donc ce pouvoir, quelle est cette impuissance ?... »

Nicole expliquera cette contrariété apparente par les deux états : l’un de concupiscence forte, l’autre de concupiscence faible. Le premier sera surmonté facilement avec peu d'efforts. Le second qu'avec de grands efforts. Cependant, sans la « Grâce efficace » on ne résiste jamais ni à

l'un ni à l’autre, parce que sans elle « La volonté ne veut faire ni de faibles ni de grands efforts ».

Il est à remarquer que Nicole dit «ne veut faire » plutôt que « ne peut faire » car dans sa pensée « ne veut faire » traduit mieux sans doute la libre infaillibilité de la volonté dans ce cas. Ainsi est dissipée toute équivoque de contrainte.

De ces considérations, Nicole fera naître la « Grâce générale ».

« Comme :il n'arrive jamais, qu'avec ce pouvoir de résister à la Grâce on y résiste effectivement, parce qu'on ne veut jamais y résister, de même avec ce pouvoir de ne pas faire le mal et d'observer les commandements, qu'on a, MÊME EN L'ABSENCE DE LA GRACE EFFICACE, il n'arrive jamais qu'on ne fasse pas le mal et qu'on observe actuellement les commandements de Dieu, parce qu'il y a toujours quelque volonté qui nous en empêche. »

Et la Grâce générale, telle qu'il la conçoit sera justement dans ce pouvoir physique dont ne fait jamais emploi celui qui n'a point la Grâce efficace et dont il ne fait pas emploi parce qu'il ne le veut pas. Et c'est là, mystérieusement, dans ce refus de vouloir bien faire que seront Tes responsabilités de l’homme et que s’éclairera la justice de Dieu.

Or, cette Grâce générale — qu'on le veuille ou non — reste une inutilité.

Dans toute l’argumentation de son traité il est un passage qui nous renseignera particulièrement et où nous sau-

rons voir le peu d'écart véritable qu'il y a — malgré les chicanes — entre sa thèse et la thèse intégralement jan-

séniste. C’est dans la première partie l’Instruction AH : De la disposition de Dieu à l'égard du salut des réprouvés.

À la question : « Dieu veut-il le salut des réprouvés en la même manière qu’il veut le salut des élus ? » (63), Nicole répond : Non.

(63) L’Instruction est composée sous forme de demandes et de réponses.

Sans doute eût-il été difficile, en voulant rester fidèle à saint Augustin, d’avoir une autre opinion. Aussi, donne-t-il les explications de cette négation suivant ce langage si différent du langage hümain ordinaire et que nous connaissons déjà comme étant l'habitude de Port-Royal.

« Car — ajoute-t-il — il veut le salut des élus efficacement et absolument. Or, il ne veut point le salüt des réprouvés en cette manière ; car, s’il le voulait, il les sauverait tous : et c’est par rapport à cette volonté absolue qu'il a du salut des élus et qu'il n’a point à l'égard d'aucun réprouvé, que saint Augustin a souvent nié que Dieu veuille sauver tous les hommes, ce qui est très vrai en parlant de la volonté absolue de Dieu. »

Ainsi espère-t-il dissiper l’équivoque qui pèse et qui pèsera toujours sur l’idée d’un Christ qui serait mort pour le genre humain, mais non pas pour tous les humains. Que celui qui est animé de justice se révolte, encore qué présomptueuse et vaine soit en tout cette révolte, on ne le comprend que trop bien. Toutes les conditions cardinales de la préférence du révolté ne le portent à voir dans la chose qu'une apparence à l'envers de l'équité.

Je sais bien que Nicole y a adjoint des espèces d’adoucissements. [l veut bien qu'on dise que Dieu veut le salut de tous les hommes sans exception, mais il ne le veut qu'après qu’il a répondu à la question : « Ne peut-on pas dire que Dieu veut le salut de tous les hommes, pourvu qu'ils le veuillent ? ».-Or, à cette question, il a répondu que c'était là une proposition équivoque puisqu'elle signifiait en général que Dieu aurait attaché le salut à la volonté des hommes. Or, c’est bien aussi le danger du semi-pélagianisme ou du pélagianisme, Aussi la distinction et le dosage de la valeur de la volonté humaine reste délicat. Pourtant d’une certaine façon nous ne pouvons hésiter. Le salut est bien au choix de l'homme si l'on entend par là que Dieu par le moyen des Grâces générales lui donne le pouvoir de faire yn bon choix qui lui attirerait, s’il le faisait, la Grâce efficace. Mais tant qu'il n’a que les Grâces générales, l’homme ne désire pas faire ce bon choix. Nous sommes done ramenés à l’éternelle pierre d’achoppement.

D'ailleurs, pour donner les causes de cette apparente

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