ESSAI DE CONCLUSION
Des calomnies, des misères et des erreurs, ce que pourrait à la rigueur retenir une critique impartiale, ce serait un certain goût de Port-Royal pour l'indiscipline. Encore quelle indiscipline ? Il ne peut s'agir à mon opinion d’une indiscipline volontaire, intentionnellement dirigée contre l'autorité, mais, avec de grandes raisons pour qu'ils aient été sincères et candides et de grandes raisons aussi pour qu'ils aient gardé une humilité trompeuse, trompeuse à eux-mêmes, d'une indiscipline comme fatale à leur certitudc dogmatique et à l'espèce de superbe doctrinale qu'ils gardaient alors en ce domaine. Les hommes de Port-Royal montrèrent une affirmation qui n’est peut-être pas pure de tout orgueil. Se croyant les seuls dépositaires d'une mission considérable, tout était pour leur cacher une satisfaction à eux-mêmes et leur donner à leur insu un goût du libreexamen. Appliquant ce goût à des questions morales et à leurs raisons de doctrine dont ils ne virent pas toujours l'importance des conséquences pratiques, ce n'est pas un petit paradoxe des choses, que Port-Royal qui à connu expressément le danger de ce libre-examen l'ait comme oublié dans sa pratique, allant dans les querelles et les disputes aux extrémités où vont tous les hommes quand ils se laissent porter à de pareilles occasions, omettant de garder la mesure qui jugule ceux qui doivent savoir lincertitude de la connaissance personnelle.
Il est vrai que rien ne nous aulorise à croire que ceux qui justement revendiquaient la science des Pères —- et ce n'est peut-être pas le moins ambigu dans l'indiscip'ine — eussent ainsi admis la moralité de la fable. Mais, peut-on découvrir la moralité de cette fable ? J’ai déjà écrit et ici je le confirme, qu'on ne peut écrire sur Port-Royal sans craindre de se tromper. On ne peut porter un jugement qui ne porte blessure à quelque vérité. Ici j'expérimente une fois de plus ce que je pense déjà depuis un certain temps puisque ce jugement sur l'espèce d'erreur de pré-
somption des port-royalistes, je n'oserai plus aussi exactement le porter et je sais qu'un jugement plus aimable blesserait une autre vérité. Plus on lit les textes jansénistes plus s’accentue cette incertitude.
Pour mieux entendre qu’on ait entrepris Port-Royal sur ses tendances faut-il encore nous rappeler ce que Nicole a pensé du choix des élus. Lui-même, nous l'avons vu, -n’a pas reculé à écrire que « Dieu ne veut point le salut des réprouvés de la même manière qu'il veut celui des élus ». Sans cela, pense-t-il, tous seraient sauvés et c’est dans cette différence du vouloir divin, quant aux uns et quant aux autres qu'il voit le fondement de l'opinion de saint Augustin qui souvent nia que Dieu veuille sauver tous les hommes « Ce qui est très vrai en parlant de la volonté absolue de Dieu », apprécie Nicole. Or, c’est l'avis d’un prédestinationniste aimable. Malgré le souci continent des port-royalistes de justement marquer ce qui les éloigne de la position protestante, ce n’est pas une fantaisie de prévoir — comme déjà nous le notions au cours de l'étude — que beaucoup peuvent décliner d’une telle pensée ou d’autres analogues à de plus entières et dangereuses. Qu'on nous entende bien, nous ne pensons pas que l'opinion prédestinationniste soit hétérodoxe puisque c’est exactement dans la tradition des Augustiniens et des Thomistes de reconnaître que le désir de Dieu de sauver tous les hommes est la volonté divine antécédente donc conditionnelle et non pas la volonté divine conséquente qui, elle, réalise toujours ce qu'elle veut. Maïs si orthodoxe que soit cette opinion, elle peut avoir de mauvaises conséquences psychologiques puis morales. Il faut y faire attention.
Luther qui voit l’œuvre de la foi dans la créance que nous accordons à la clémence et à la justice de Celui qui en sauve si peu et en damne un grand nombre (102) n’est
(ro2) « Si igilur possem ulla ralione comprehendere, quomodo is : Deus misericors esl, qui lanlam iram el iniquitatem ostendit, non essel opus fide ». Luther (De servo arbitrio).
point conséquent à l'opinion augustinienne. Il n’y est point non plus, entièrement inconséquent, et c’est peut-être pourquoi on anathémisa ceux qui louèrent exclusivement la tradition d'Augustin.
L'impaction que peut faire où même simplement que peut sembler faire telle doctrine au sentiment qu'a chacun de l'équité et de la miséricorde du Créateur sert mal une éthique dont la voie essentielle doit être de s’alimenter aux sacrements pour la vie sprituelle même avant d’avoir le souci de faire mortification…..
Quoi qu'il en soit, insister sur le problème difficile de la répartition de la Grâce jette comme un voile d’incertitude et de tristesse sur l'enthousiasme que met l'Eglise dans les chants qui fêtent la Résurrection du Sauveur.
Si la séquence de la messe pascale demande à Marie ce qu'elle aperçut en chemin et que la pécheresse réponde : « J'ai vu les témoins angéliques, le suaire et les linceuls.… la gloire du Christ ressuscité » — réponse qui, exprimant la joie et l'espérance de toute la chrétienté n’a pas pour vocation de contrecarrer les opinions théologiques — tous ces mots et ce qu'ils veulent dire semblent mal aller et comme de force avec l’opiniâtreté de certains qui se complaisent à trop remarquer le caractère apparemment terrible d’un Dieu de Banté dont le plus cher désir poursuivi, accompli, consommé fut pourtant de régner par le bois ainsi que le rappelle le « Vexilla Regis ». Si le Dieu des chrétiens voulut comme « étendard » cette croix du calvaire, il est bien mystérieux à l'intelligence humaine et relevant de ces inscrutables desseins de Dieu dont nous avertit saint Paul, que ce Dieu d'amour ne voulut pourtant le salut de tous que d’une volonté antécédente done conditionnelle. Peut-être avons-nous trop tendance de voir la miséricorde divine en oubliant la justice et de considérer cette justice avec une opinion trop ramenée à nous : ainsi le pensaient les Jansénistes des molinistes, quand ils leur rappelaient l'équité divine et sa colère. Cependant l'Eglise, dans son culte, préfère rappeler la miséricorde du Père et le triomphe du Fils. Dans l'hymne dont nous parlions — le « Vexilla Regis » — composé au vr1i° siècle par un évêque de Poi-
tiers (103) son auteur n'oublie pas de chanter que c'est aux bras de la croix: que fut suspendue la rançon du monde et que c'est par elle que fut ravie sa proie à l'enfer. L’importance unique de la croix est ici soulignée peut- -ètre pas exactement dans le même sens que l'entend Pascal quand il répète : «« Ne evacuetur crux Christi », mais elle pourrait se traduire pourtant par les mêmes mots. Si la volonté salvifique universelle de Dieu est plutôt exaltée que sa volonté conséquente qui ne veut que le salut des élus c'est sans doute qu'il est heureux, plus heureux de faire ainsi en vue des conséquences pratiques. Alors on évite cette gêne, cette espèce d’aphorie psychologique : qui est en fin de compte le seul reproche que l’on puisse faire à Port-Royal.
Pour conclure, ce qui en reste c’est l'impossibilité pour une intelligence humaine de saisir tout ensemble les vérités nécessaires, les vérités de dogme comme la Grâce amissible mais infaillible dans son efficacité, la parfaite liberté de l'homme, le sens de l'équité divine et celui de la . prédestination ; ainsi que la difficulté de l'expression exacte, dans les limites de l’orthodoxie, de cet ordre complexe. À vouloir trop comprendre on court le risque de trop insister sur une vérité aux dépens des autres et les morales qui sont orientées sur de telles doctrines courent les dangers conséquents.
Sur les difficultés que trouve déjà un théologien spécialiste dans l'étude de ces questions et sur le désarroi dans lequel elles peuvent le mener on imagine assez bien l'affolement de quelqu'un de la foule fidèle devant ces choses qu'il déformera fatalement. Voilà où était le danger.
S'il n’est que justice de montrer les grossières calomnies dont furent victimes les hommes de Port-Royal et leurs opinions il est justice aussi de reconnaître que leur morale n'a pas échappé à tous les risques de tendances.
Par exemple, s'il n'était point dans l'esprit des doc-
(108) Le « Veæilla Regis » fut composé en 603 par « Venance Fortunat », Év que de Poitiers, pour recevoir une parcelle de la vraie croix obtenue de l’ Impératrice Sophie par la veuve de Clothaire I, Sainte Radegonde.
trinaires de Port-Royal de priver les fidèles des secours des sacrements, il est pourtant incontestable que peu à peu — par mauvaise interprétation ou par quelqu'autre erreur — se répandit dans les mœurs du clergé janséniste-et ensuite dans les mœurs du <lergé français l'habitude d’une sévérité extrême et de faire passer les sacrements comme une espèce de récompense dont ne seraient dignes que quelques-uns au lieu d'être les secours de chaque homme de bonne volonté. À la base est sans doute la confusion du pécheur qui retombe -et du pécheur qui ne fait pénitence que formellement sans y mettre le cœur. Pareille confusion est inévitable au regard humain. Enfin, pour aggraver ce réseau d'équivoques, venait y jouer cette forme d’angélismie qui fait pour tous ériger trop souvent le conseil en précepte. Il n’est pourtant pas uniforme, l'appel de tous au salut. Ainsi comprendrons-nous le sens de la dispute de l’économie de la Grâce qui, froissant d’aucuns sentiments humains, ne vit que d'une illusoire prétention à connaître dès ce monde ce que l'on doit n'y connaître pas fro/). À ce point de vue, les Jansénistes ne furent guère plus sages que les nouveaux pélagiens, eux qui voulurent opposer à la trop complète liberté naturelle de l’homme une exposition de l’œuvre de la Grâce qui souvent dépassa ce qui fut révélé. Car l’aporie — si aporie il y eut — fut peut-être (et elle avait bien son origine dans la curiosité d'Augustin que signale la légende) d’ériger en doctrine exacte les apophtegimes pauliniens quant à l'apologie de la magnificence du Créateur et de la complète gratuité de la Grâce du Sauveur. On m'objectera que la doctrine existait avant eux et qu'elle avait vécu 16 siècles de christianisme. Je le reconnais, mais ils eurent le malheur de la dispute et de son bruit. De plus ils eurent des ambitions morales pratiques beaucoup plus orandes que leurs prédécesseurs. Ainsi, outre l'ambiguïté sur le seul plan théorique, on peut remarquer dans les mœurs qui en résultèrent l'absence d'une certaine perti-
(104) D'une certaine façon, en ne tranchant pas à la fin des Réunions Clémentines et en renvoyant les augustiniens et les néo-molinistes dos à dos, l'Eglise semble dire que, là, beaucoup de points restent inscrutables.
nence quand elles demandaient aux hommes ce qui n’est que la vocation de quelques-uns ou autant qu’à l’hommetype parfait et non pas incarné ; ce qui est curieux pour ceux qui ont si bien vu la réalité de la déchéance de cette humanité fautive.
Aux alentours d’une pareille critique, on rétablirait sans doute la vérité aussi bien historique que psychologique.
Enfin, quand, au début de son article sur « Pascal et la doctrine de Port-Royal », M. Laporte, après avoir résumé en quelques pages la théologie et la morale port-royalistes, en arrive à la question de la confiance du fidèle et qu’il écrit : « La charité ou la bonne vie qui en est la suite, devient ainsi une marque — la seule marque accessible à l’homme — de Prédestination. Marque non infaillible, assurément, mais assez probable pour donner au chrétien fervent une véritable confiance.
De cette alliance de la confiance et de la crainte est faite la paix, humble et vigilante, également éloignée de la présomption et des scrupules, que le Christ est venu apporter au monde, et grâce à laquelle commence dès icibas le bonheur incomparable de l’âme unie au Christ. » (105). Je demeure bien sceptique. Et sceptique surtout quant à l'effet heureux de parcille doctrine sur le croyant. Je crains bien que la « crainte chaste » ne soit pas aussi bien balancée par « l'espérance » que le voulurent les Jansénistes et ici, mieux encore, leur défenseur.
Cette vue, ramassée des opinions jansénistes que nous offre M. Laporte, laisse — malgré les défenses qu'il fait ensuite et dans ses autres œuvres — l'impression de Ja difficulté et de l'incertitude d'une morale qu'il s’'évertua pourtant à dégager des calomnies, des erreurs courantes et aussi des équivoques plus subtiles. Mais la nécessité d’une orientation constante de la vie à Dieu qu’exige — il faut tout de même bien l'avouer — la morale janséniste reste un idéal inaccessible.
(109) In Revue de Mélaphysique et de Morale, T. XXX, n° », 1923, page 297.
ERA Nes
Les plus grands saints n'ont pu parfaitement y satisfaire qui, s'ils ont pu sortir du combat victorieux du péché, dignes de la couronne de gloire que leur promet saint Paul, n'ont pu cependant y arriver sans être distraits et distraits bien souvent de la raison, du principe et de la fin de leur vie d’holocauste. Alors ce que les meilleurs n’ont pu réaliser, comment les autres essaieront de l’attvindre. C'est ici qu'est le risque de découragement, que guette l’étouffement auquel ne peut échapper complètement cette éthique qui y perd beaucoup de son efficace. Je pense d’ailleurs que ce caractère déprimant a son origine dès saint
Augustin qu'on pourrait bien appeler — si la manière n'était trop cavalière — le premier coupable. En tous cas,
c'est peut-être bien la raison pour laquelle le Pape Pie XI ne voulut point qu'on mit la parole de celui qui mérita d’être appelé le « Docteur de la Grâce » au-dessus de celle de l'Eglise. (106)
Même si l’on reconnaît que le rôle de Port-Royal fut sur le siècle plus rigoriste que réformant ; ce qui après tout n’est pas absolument certain, on ne peut oublier par ailleurs que là ne furent pas les intentions et les désirs des premiers port-royalistes qui voulaient, comme d’ailleurs d’autres prêtres catholiques, une réforme interne comme après chaque époque où les exigences intérieures de la foi ont été souvent négligées pour ses affirmations externes on était après les guerres de religion. Mais ce qui différencie les directeurs jansénistes d’un Bourdoise (107) ou du fondateur des Lazaristes et des Filles de la Charité (108), c’est la vérité exclusive où ils se crurent être et qui fit leur dogmatique si impérieuse.
Il est vrai qu'en dehors des Jésuites il y avait en même temps que la famille spirituelle de Port-Royal d'autres ÉCOles de spiritualité comme l'école Bérulienne et même une certaine école ignacienne française qui rappelaient la foule
(106) Encyclique « ad salutem »: :
(107) Fondateur du séminaire Saint-Nicolas-du-Chardonnet.
(108) Saint Vincent de, Paul.
infidèle et le siècle corrompu de libertinage au « tremblement ». La sévérité n’était pas seulement à Port-Royal. (109) Cependant ce fut Port-Royal qui porta comme la responsabilité de toute cette sévérité. Pourtant nous avons vu que les textes sont nombreux qui peuvent faire écho chez les autres écrivains jansénistes à cette exaltation de la joie De fait Duvergier de Hauranne dans une lettre à sa nièce : « Tant mieux si nous sommes gais, c'est signe que nous aimons bien Dieu et que le Saint- Esprit est avec nous. » (110). Ceci malgré ce que pensa Sainte-Beuve dans son étude sur Port-Royal, qui crut voir une déviation de l'esprit, plus heureux, moins inutilement austère, plus réligieux aussi de la direction de M. de Saint-Cyran, déviation qu'il attribua à la polémique et à l'influence du Grand Arnauld. Sans nier entièrement la valeur du jugement de l’auteur des « Lundis »,, il faut dire qu'il est exagéré (r11). Quelle que soit la différence entre un Duvergier de Hauranne (112) et un Arnauld, ils restaient fidèles pareillement à la même doctrine, à dette doctrine si informée et si consciente de la prédominance absolument éminente de Dieu, de la nécessité d'aimer le Créateur et de la gratuité incontestable
(109) Des noms comme ceux du Père Lallement, du Père Surin, du Père Caussade le prouvent.
(110) Lettre à sa nièce et filleule. Lettres chrétiennes et »spirituelles de Jean Duvergier de Hauranne, abbé de Saint-Cyran.
(r11) Sainte-Beuve, voit se continuer l'esprit du premier Port- Royal « plus intérieur, plus silencieux, jamais moqueur », par M. de Barcos, Lancelot, Guillebert, des Touches qui finiront à l’abbaye de Saint-Cyran dont Barcos deviendra abbé... et à Port-Royal par M. de Singlin.
(112) Parlant de l’opuscule inédit destiné à M. Arnauld d’Andilly et conservé sous le titre de Traité de la Grâce de Jésus-Christ, de la Liberté chrélienne et de la Justification, M. Laporte fait remarquer le souci de Saint-Cyran de garder dans cette «adaptation de l’Augustinus à sa propre facon de voir » aux vérités de la Grâce un visage peu aimable. S'il y définit la liberté consistant ans l’indifférence et s’il distingue deux indifférences, l’une convenant à la volonté déchue, l’autre à la volonté innocente, il n'ignore pas le RE qu'a toujours le fibre-arbitre de résister à la grâce, même la plus efficace. Arnauld ne garderait pas aux vérités de la Grâce un visage si aimable... encore que peu différent.
de la Grâce quand elle est la Grâce du Christ (113) encore qu'ils n'ignoraient point quand même qu'il y a toujours, dans le Créateur, pour le pécheur repentant « des entrailles de miséricorde », suivant les mots de Nicole. (1 14)
Ainsi arrivons-nous à faire le point, bien difficilement, sur cette question. Portons-nous finalement sur Port- Royal un jugement équitable ? Qui le sait ?
Enfin, il demeure un dernier détail qui est bien important pour toute morale chrétienne et sur lequel Port- Royal s'est signalé : celui de | « esprit d'enfance ». Il est sans aucun doute que les «directeurs» jansénistes l’ont désiré, l'ont demandé à leurs dirigés. Les écrivains portroyalistes en parlent et l'abbé de Saint-Cyran tout le premier. L'on sait comment, après que Barcos eut brûlé toutes
(113) Sur les deux Grâces, M. Laporte ‘écrit, dans l'étude sur Saint-Cyran : « Tout s’éclaircit et lout s’ordonne, en cette doctrine, de la façon la plus simple et la plus harmonieuse, si l’on s’avise d'une distinction qui se trouve exposée dans les derniers ouvrages de l'évèque d'Hippone et surtout dans le dernier traité De correptione el Gralia : à savoir la distinction des deux sortes de Grâce, la Grâce d'Adam ct la Grâce de Jésus-Christ correspondant aux deux états de la nature humaine avant et après la chute. Cette distinction dans laquelle Arnaud, dès ses premières lectures, reconnut spontanément la clef de la doctrine de saint Augustin, est l’âme même de l’Augustinisme. Or, elle fait le fond de l’enseignement de Baïus et de ses disciples, tandis qu’elle est, au moins à cette époque, à peu près entièrement négligée par les deux grands ordres rivaux, l’ordre de saint Ignace et celui de saint Dominique. N'est-il pas vraisemblable que c'est là le « principe immobile » au nom duquel Jansénius crut pouvoir renvoyer dos à dos Jésuites et Jacobins P » “
(114) « I y à toujours en Dieu des entrailles de miséricorde pour recevoir les pécheurs s'ils retournaient à lui et s'ils se conVértissaient. Son sein paternel leur est toujours ouvert et ils ont toujours tort de ne pas se convertir. Il est vrai que, par une justice secrèle, Dieu ne croit pas devoir changer la vélonté corrompue des réprouvés, mais cette volonté de justice ne détruit pas cette bonté essentielle qui est la loi de Dieu... » [Traité de la Soumission. à la Volonté de Dieu]. Nous retombons en plein mystère de la prédestination, mais le fidèle reste assuré que si incompréhensible que soit le dogme, jamais il ne blessera son cœur. Et c’est d’ailleurs cela qu'il faut éviter quand on fait l'exposition de celte doctrine... que l'on n’a pas souvent évité et c’est encore le danger.