CHAPITRE IL
ou 8GEPTIGI8M£ DE LA MOTHE-LE-VAYEB.
Le sc^ticisme ancien est un produit libre et audacieux de la dialectique; sans ménagement comme sans arrière pensée , il se suffit à lui-même, et ne fiiit la guerr^ que pour
(1) LeltKS de Gui Patin.
(S) Voluin, Lettres à S. A. Me le yrince de.... TU , p. 513, èdîi. Beucbot, t. XUli; Gf. noie de H. Beoiiliot, XII , p: 181, et t. LXTl, p. 78.
son compte. Le scepticisme moderne est t(ntt difl'éreut. Moins franc dans ses allures, il est plus difiicile à saisir et plus dangereux; faabOe à se plier aux circonstances, il est Tauxiliaire de toutes les caiises -qui veulent bien de loi.
Pendant le moyen-âge aucune ^cole ne proclama le scepticisme , aucune n'ayant proclamé l'indépendance de la rai» son. Le jour où la raison reprit des droits plus étendus , elle vit s'augmenter le nombre de ses devoirs; et comme tous les gouvernements de ce monde , du moment qu'elle eût (ontjuisle pouvoir, elle fut obligée de le dffeudrtî. Le scepticisme s'était réveillé peu de temps après elle. La question de la science fut posée de nouveau après quinze àèdes; mais elle était devenue plus complexe.
Le monde spirituel était désormais partagé en deux domaines, celui de la foi et celui de la raison. Indépendants tous deux, ces principes puisaient leur ibrce dans leur liberté. Ils ne pouvaient entreprendre de conquête Tun sur l'autre sans s*afl6iibtir. Le premier, tout divin , devait se contenir dans ses limites, hors desquelles il cesse d'être immuable; le second, qui enferme l'humanité même, ne pouvait trouver le progrès hors de ses voies naturelles. Cepeudant rhomme néœssaireinent partagé entre eux , ne savait pas toujours maintenir l'équilibre. Aussi le scepticbme, «nnemi commun de la foi et de la raison , profita-t-il souvent de la rivalité de ces deux principes, et, si l'on nous permet encore cette figure , de ces deux empires ; vivant presque toujours sur la limite, il fit à tous deux une guerre de Parthe ; il né combattait qu'en fuyant de Tun à l'autre, et quand il décochait quelque flèche, il était déjà en Heu de sûreté.
11 y a beaucoup de sortes de scepticisme ; les uns font une part au doute ; les autres en font toute leur philoso* phie ; ceux-ci cra^nant ses conséquences prétendent le bor* ner à la théorie; les autres voulant les conséquences sans
la peine de défendre les principes , l'admettent tacitement tlans la pratique; il en est qui le loïKleiit sur le mépris des opinions vulgaires ; il eu est d'autres , chose singulière ! qui prétendent rétablir sur Tautorité du sens commun. Cependant» si nombreuses qu*elles soient, ces nuances diverses peuvent être ramenées à deux principaux caractères.
Ou le scepticisme est un effort de la pensée qui ressaisit sou indépendance , au prix même de sa propre dignité. Alors c'est une révolte plus ou moins complète , plus ou moins déguisée contre toute espèce de loi/ En effet , que cet esprit d'indiscrète liberté fasse ou non profession de
respecter le doiiKune de la foi, Temptre de Tautorilé, d'où vient aussi la presi»iou contre laquelle il réagit , la tendance est toujours la même. Les coups portés à la raison , en proportion même de leur force, vont au travers d'elle atteindre jusqu'à la foi.
Ou le scepticisme , par une confusion pleine d'erreur et de mensonge , devenu Tallié de la religion , veut employer ses sopliismes au secours de la vérité divine, et prêche le doute au nom de la foi; alors on est sceptique, soit avec bonne foi, quand Tàme est tombée dans le découragement et la langueur, soit avec (jiitkjue mauvaise foi, quand le doute est réfléchi et calculé , pour tenir lieu d'une arme contre la philosophie , mais toujours avec imprudence , puisque c*est aveugler la conscience pour l'ouvrir à la luodère, et n'offrir à la religion qu'ime raison impuissante et mutilée. Il y a doue deux écoles sceptiques, dont le point de départ est identique , dont le but est tout opposé. On nie la raison , soit pour ruiner j soit pour servir la foi. Le doute est une arme à deux tranchants.
LaBfothe-Le-Vayer appartient à la première de ces écoles. Il est sceptique par indépendance , quelles que soient ses réserves , et quoiqu'il décore son pyrrhonisnie du nom de Sceptique chrétienne, la religion n'est passon but ; il se con* 1
tente de l'écarler du combat; à force de protestatious il cherche à la désintéresser dans la lutte.
Satis doute, il ne faut pas aller au-delà de ses inteotiom ; et, parce qu*U est pyrrhouien par ind^iendaiice, il ne £kut pas Taccuser d'être incrédule. S*il y a contradiction entre le pyrrhonisme iiniépendant et !a foi, qu est-ce que le scepticisme même , si ce n'est une inconséquence ? Et ^ d^ailleurSy ne voyait-on pas beaucoup de contradictions analogues , et n*y avait-il pas bien dés gens , bons catholiques au fond , dont la curiosité se plaisait à inquiéter la théologie , et à chercher les points contestés dans la religion? La liberté de la rai&oii ne perd jamais entièrement ses droits ; et la pensée, quoiqu'elle pliât volontiers sous un r%ime d'autorité , préludait à des hardiesses plus légitimes par des fantaisies et des cafn*îces.
Le Vayei est un sceptique indépendant / il sacrifie par- .tout la science, jamais la raison; il triomphe sans c*esse des opiniâs et des systèmes ^ jamais de la philosophie. Comme les sceptiques anciens, dont il se rapprocbe beau* coup, il voit dans le pyrrhonisme la vraie philosophie; c'est Tunique but auquel il tendait, et il s'y arrête. C'est un disciple de Sextus Empiricus; seulement il réclame ie mérite d'avoir rendu la Sceptique cftréUmne, par l'autorité de saint Paul , retranchant ce qu'elle a d'iiia|Mir , comme * l'on est obligé de faire dans toutes les philosophies payen- 1 nés (1). Son unique pensée sur ce point, c'est d'accorder le I scepticisme avec la religion. C'est tout ce qu'il prétend, quand il dit que « la Sceptique se peut nommer une. par* faite introduction au christianisme , une préparation évangélique. Elle n'a plus de doutes , où il est question de la religion ; toutes ses défiances meureiit an pied des au- , tels (2). » De ce côté son pyrrhonisme est toujours sur la
(t) Promenade, II» dial., IV, 1'« part,, p. 73.
(2) Gras. Tubero, I, 336, 345; Venu des Payens, ari. Pjrrfaon, i. V, pari , p. 308.
4éieiifli?e^ oomme il ne cônibitt point pour la foi, il se croit obligé de prouver à chaque instant , qu'il ne combat point contre ellr. El celte précaution n'est pas inutile, dans un philosoplie qui arrête ses doutes sur le scuii de la religion , beaucoup plus qu*il n'en proclame la vérité; qui fait consister sa Sceptique chrétienne à s'abstenir et à se taire ; qui refuse à la théologie méme le nom de science ( 1); ««^ qui ne craint j)as de tirer des motifs de doute de la théo- , logie et de la religion, encore bien qu'il laisse de côté les points qui sont de foi. « 11 y a des théologiens qui se fi» gurent le paradis d'une làiçon ; les autres nous le représentent d'une autre, en ce que l'Eglise n*a pas déterminé. Aux / uns l'enfer n'est rien que la privation de Dieu ; aux autres il est ardent de feux et de flammes, ce (jiii doit être crû; les Chinois dans leur idolâtrie superstitieuse, se l'imaginent i fumeux seulement. Les chrétiens font leurs jours gras, qu'ils \ passent dans la bonne chère, devant les abstinences du • carême. Les Turs festinenl après le leur, qu'ils appellent le ' Ramasan , et croient avoir en cela beaucoup plus de raison \ que nous. Hors ce qui est de la foi , qui ne doit Jamais ^ être disputée y la vraie religion même n'a presque rien qui ' ne soit en controverse dans ses Ecoles. Les Français pleurent au seul souvenir des Matines parisiennes, et délitent les massacres de la Saiul-liarthélémi. On en fait des feux de joàe dans Rome, et le château Saint-Ari^;p en tire tout/ son canon d'allégresse ; c'est ainsi que chacun rend le cieli partisan de ses intérêts, et que l'homme ne pouvant con-\ naître quels sont les sentiments de Dieu , aime mieux lui | attribuer les siens propres , que d'avouer son ignorance. / O précieuse époque ! ô sûre et agréable retraite d'es- | prit, etc. » (2). >
(tj Oras. Tubero, I, 333.
(i) Trailé sceptique sur celle commune façoD de parler, eic., i. Y , 2« part., > p. Ibd el luiv.
Assurément voUà un sceptique qui peut être chrétien; mais ce n'est pas le scephcisme qui Ta cuuduit à la reliç^ion. En un mot, La Molhe-Le-Vayer est pyrrhonieii par
' indépendance d'esprit. Il est de cette école, dont Bayle est Texpression la plus brillante et la plus hardie.
La Bfothe-Le-Vayer trouva une école sceptique toute formée, quand il abandonna la vie active, pour se livrer à la philosophie (1). Celte école paraissait redoutable au P. Mersenne, qui traitait les sceptiques d'ennemis plus dangereux que les Ottomans (2). U est- vrai que le P. Mersenne s^eifrayait aisément, et qu*il avait dit deux ans auparavant, qu'il y avait dans Paris plus de cinquante mille athées (3) ; mais cette école avait de iiuuii)reux adeptes ; elle se fortifiait du discrédit, où était tombé le péripatétisme des Université; elle était en fiiveur par son oppo^sition à Tautorîté ; elle avait hérité de Montaigne la haine des pédans , le talent de la conversation, l'art de conférer. Cet enseiiînement subversif était demeuré dans les limites de la conférence. La Mothe-Le-Vayer le fit passer
. dans les écrits , en lui imposant les reserves, que le grand jour rendait nécessaires. Il se mit à la téte de cette école, où il compta pour amis ou disciples Naudé, Sorbière et Bernier (4). Ces deux derniers reconnaissaient aussi Gassendi pour maître , et ils étaient épicuriens tout autant que
(1) Oras. Tubero, 1, 250 et suiv.
(2) La vérité des sciences coniic les scepliquRs, etc., dt^dicace. C'est par erreur que la Biogr. universelle douae k cet ouvrage la date de 1658. Ce livre, asse2 rare, est de 162.1.
(5) Coromentor. in Gènes., p. 671. V. Baillet, I, 185; Chaufepié, art. Merseone.
(4) DtDS une lettre de 1637 , Sorbîtee reconnaît qu'il est son teiple depuis trente ans: il prodaoe Le Tajer le Plutarqne et le Sénèqne de la coor. « Il y a parmi nos braves, dit*îi, matière de &ire cinq cents marédianz de France et deux mille. daca et pairs; mats je ne sais si dans tout Tempire des lettres il y f. aurait moyen dcreconvrer irois ou quatre personnes comme tous. » Leltres et 'discours, Paris, 1660, p. 148.
sceptiques. Il y eut des rapports iutimes entre le sensualîsine et le pyrrhonisme de cette époque. Gassendi luimême avait bruit de pyrtlionien. Bernier, dans sa pr^ace •
de l'abréiîé de la philosophie de Gasst iidi, le défend de cette imputation de scepticisme. Bayle veut même donuer à Gassendi rhonneur d'avoir lait connaître les Hypotypbses PyrliionienDes (1); et en effet, outre qu*il est peu affirmatif^ il avait commencé par combattre le vieux dogmatisme des écoles.
.Telles sont les circonstances qui donnèrent l'essor au scepticisme. 11 fut secondé par des ^sternes philosophiques, aussi bien que par des opinions populaires, par des penchants irréfléchis. Les écoles phUosophiques dont 0 obte> nait le patronage, s'étaient chargées de combattre les doc* trines, qui avaient eu jus(|ue-là l'empire; elles lui fia v aient le chemin en quelque sorte; il ne lui restait plus qu'à s'insinuer dans les esprits par 1^ mille voies détournées, capricieuses de la lecture et de la conversation. Aussi rien . n'est plus superficiel que le scepticisme de La Mothe-Le* / Vayer. Ses dix-huit voluaies ne conlieiun t)t j)as une réfutation, je ne dis pas sérieuse, mais régulière des grands systèmes du dogmatisme. Il n*a pas même de méthode fixe. Tantôt avec Pyrrhon il nie la connaissance et abandonne la théorie, pour se réfugier dans la pratique ; tantôt avec Car* néade , il admet le vraisemblable et se livre à la |)i obabilité; tantôt avec Sextus Empiricus il proclame que tout jugement a son contraire également vrai , et que nulle proposition n'est plus probable qu*une autre. Pour lui sceptique et académique sont synonymes (2). Montaigne, dans une ingénieuse réfutation de Carnéade, marque la différence de sa doctrine sur la certitude, et de celle des pyrrho-
(1) Bayle, art. Pyrrhon.
(3) Le lilre {YTlomilies acadcmiquei oe sigoitie pas auUe chose pour Le V.éver que celui du coiilérence^ scti^Uques,
uiens (I). Le Vayer confond ces deux écoles; est-ce ignorance? ceux qui le connaissent ne le penseront pas. Est-ce
défaut d'esprit philosophique? cela est possible; mais son entreprise n'en demandait pas tant. II s'adressait à des geitô du monde , ou à quelques savants , trè»4ettrés , mais peu philosophes. Un tel public voulait beaucoup de faits , de rapprodiements , de bons mots, d*anecdotea; 11 eAt abandonné son auteur à la première analyse philosophique. Peu importait la méthode, pourvu qu'elle fût facila. Aussi Le Vayer met-il à contribution tous les sceptiques anciens. Il prend au hasard dans cet arsenal , tout ce qui vt^eA pas trop pesant pour de tels disciples , tout ce qu'on . peut rajuster à la mode de son siècle. Entre les différents motifs de doute, il en est qu'il laisse reposer dans leur Respectable poussière. Tels sont les cinq moyens d'Agrippa (2). L*étude en est trop abstraite, il préfère les dix moyens qu*on attribue à Pyrrfaon, et avec plus d'apparence à ifinestdeme (3). Le dixième surtout est le thème favori de ses raisonnements. C'e^ le moyen tiré de la diversité des coutumes et des intiuen^es^HeT' éducation, ('e lieu commun du scepticisme oifrait quelques avantages. Maitre et. chsciples pouvaient &cilement Texploifter; on en pouvait faire Tapplication à tout propos, sans craindre d'^uiser ce sujet qui est infiai; on y trouvait matière à faire bril-' '
(1) L'advÏB des pjirhoDieiis «»t plus bardy, «t quand «t ^and plus vnysem- Uafale : car cette îndinaCioii académiqne et cette propenaioii à vae propoaitioo plus lest qu*k une autie, qa'eBt-ee atilre dwce que la recognoiasaiice de qaelipie pIwappaÉeate vérité en eette-çy qu'en cdIe-iàT.... Celte once de verisiiuiliinde qnî incline la balance, mnltiplîef-la de centi de mille onces; il en adviendra enfin que la balanM prendra party tont-ih-bict... Mais comment se laisseni-ils plier à la vraisemblance, s'ils ne oi^oissent le vrayt Comment cognoissent-ils la scm« blance de ce de quoy ils ne cognoiasent pasTessenoe?... Essais, 11, tS, p. 215, édil. Lefèvre, in-18.
(2) Diog. l4)ept. IX, 88, sq. Sexlus, Hypoljp., l, 164, 178. \
(3) Euseb. Prœpar. Evang. XIV, 18, Sexlus adv. math. VU, 545. ^(ypotyp. 1, 36, cf. Di<^. Lacrl., IX, 87. — V. la tbè»o do M. Saissei.
1er TéruditioD , comme la vivacité d*esprit ; ou excitait à coup-sûr la curiosité dans un temps, où les découvertes
géographiques se succédaient sans interrujjiion. Quelle moisson à recueillir dans cou mille relalions, dont la fui douteuse disputait aux romans même le lecteur amoureux de fictions ! La Mothe-Le-Vayer est là tout entier. I! passa une moitié de sa vie À-lire ces. relations , et Tautre moitié | à en tirer des antithèses ou des contrastes. Cest là du moins c.e qui lui appartient ; c est sa physionomie particulière; car il ne connaissait pas moins les anciens que les modèraes, et ne lisait pas moins les étrangers que les français. Mais cette connaissance de Tantiquité, et cette habitude des langues, lui eiaii commune avec tous les gens de lettres dans une génération fort érudite, quoique assez stérile.
Au reste, Le Vayer ne pouvait chercher ailleursdes armes , « pour combattre la coutume etTopinion de la multitude. Ses
prétentions n'allaient })as ,i réfuter les maîtres du passé; c'était déjà fait. Elles allaient encore moins à déposséder celui quîs*emparait déjà deravenir. Â peine ose-t-il risquer quelques mots timides contre lui, si du moins c'est à Descartes qu'il faut appliquer quelques morceaux, dont il sera parlé plus bas.
En un mot , Le Vayer c'est le scepticisme mis à la pot tée de tout le monde , de ceux même qui n'ont pas étudié la philosophie. C'est le scepticisme appliqué à la politique comme à la morale , aux usages de la vie comme à ceux de la société. Les sujets de tous ses livres sont ceux mêmes de la • conversation : les amis, les procès, le mariage, les discussions, le courage, la crainte, la magie, la médecine, les / livres, etc. Il y a plutôt l'étofie d'un moraliste que d'un [ philosophe; avec moins d'érudition et plus de génie, s'il \ citait moins et s'il pensait davantage , il eût grossi le nom> ' bre des Labi u^ère et des Vauvenai i^ues.
Noos avons choisi , parmi les œuvres de Le Vayer^ un . livre dont Tanalyse, faite avec quelque étendue , offrit une
juste idée de sa manière de philosoplier et dVcrire. C*est le plus connu de ses ouvrages, les Dialogues dOrasîus Tubero(i).
Nons croyons que Ton ne sait pas généralement la date de ces dialogues , quoiqu'elle importe singulièrement pour
Testime qu*il faut faire , et de ces dialogues , et en général de la philosopliie de La Motlie-Le-Vayer. Elle importe aussi pour rhistoire de la philosophie ; et il nous semble que, faute d'avoir connu cette date , on a mis Le Yayer en une sorte de milieu philosophique, où il perd sa valeur réelle, et nuit à Tensemble d'une époque de la science.
JNicéron donne la liste (1( s nuvrages de La Motlie-Le-Vayer, avec la date de leur publication (2). On s'eiforcera plus loin de corriger quelques erreurs qui s'y trouvent. Cette liste se termine par les Dialogues d*Onisius Tubero , avec cette indication :
Neuf Dialogues , par Orasùis Tuhero. « Francfort, 1606, in-4**, La date de cet ouvrage est supposée, ainsi que le Uea de ^impression, — Mons, 1671 , in-12y 2 t. — Liège, 1673,in-12,2 t. »
Comme on le voit, il laisse au moins dans le doute la date delà première puLli< aii(Hî de ces dialogues. On peut même croire, et quelques-uns l'ont cru, que la vraie date est 167 1,
Iln*en est pas ainsi :,deux passages de LaBlothe*Le-Vayer prouvent d^abord que les dialogues d'Orasius iSibero sont bien antérieurs à 1671 . Le premier est dans la lettre LXXIV, où il parle de Téioge des ânes (3) j le second dans la lettre
■ (t) Oruius Tubero est qd psendonyine. II sîgoifie La lloiIie-Le-Va]fer on pli»-
tôt Le Voyer.
(2) Méro., t. XIX.
(3) Œuvras, VI, S* ptri., p. iU5.
LXXXVIII, où il rappelle le diaiugue du banquet sceptique (1). ' *
flfàîs , à la lecture de ces dialogues , il est aisé d'en trouver la date. Os parurent en deux parties : la première contenant
les cinq premiers, la seconde, les (jnatre derniers f2) ; on peut surtout facilement detenniner i époque de ia seconde. On y voit Téloge de Loui&-le-Juste (3). Le roi s'y trouve représenté oomme jeune encore (4). Richelieu est désigné aussi bien qu'on le peut fidre sans le nommer (5). L*auteur fait
' mention de la descente des Anglais en l'île de Ré , qui est de 1629 (6). Il parle des tumultes excités par les casuistes, et Ton sait que ces tumultes idtmutirent à la condamnation du relAchement des nouveaux casubtes. dans le livre de Pe» trus Aurelius de 1632. On voit déjà que ces quatre derniers
- dialogues ont paru de 1629 à 1633; mais si l'on regarde à ce qui est dit de ce temps de pestUence , (jui tait ti*embier tant de monde (7)| bien que la peste fût dans l'état normal de la France à cette époque , on se persuadera aisément qu'il s*agit ici de Tépidémie , qui ravagea la coilr et la ville en 1631 , et qui pénétra jusque dans le Louvre '8). Ces derniers dialogues sont donc de 1G32 ou 1633, Les cinq premiers sont antérieurs, d*après le témoignage même de Le Yayer (9) ; msôA c'est de fort peu de temps.
Ajoutons à ces preuves, que toutes les relations de voya- «^es , citées en si grand nombre dans Orasius Tuberu , s ai rétent à 163Q^ que c'est le livre de La Mothe-Le> Yayer qui
(1) Œuvres, VI , pari., p.
(i) V . les préùices des deux volouies.