‹ Essai sur La Mothe-le-VayerChapitre 3 sur 13 · G) II · texte numérisé non relu

G) II

(8) V. Flccliiei-, Orais. funèb. de M*" de Muiiiausier) cl Voilure, leUreXUl.

(9) V. ia préface du second vuluinc. . .

sent le plus son vieux temps ; et qu'il y a des latiuisiues , des italianismes, des archaïsmes beaucoup plus que dans les autres ouvrages. Nous ne parlons pas de rorthogràphe^ qui nelaîsseaiteun doute à cet ^ard.

L'ouvra^^c capital de La Mothe-Le-Vayer est donc aussi le premier qu'il publia. 11 suit de cette date de 163â ,

]" Que La Mothe4ifr-Vayer aj^partient comme sceptique à la période antérieure au cartésianisme ;

2" Qu'il mit dans un premier' livre à peu près toutes les idées qu'il reprit successivement dans les autres , et que de époiiue d'Orasius Tu i)ero , jusqu'à 1670, époque de l'Hexamerob rustique^ pendant quarante années, il ne fit , comme philosophe,. que se répéter lui-même diuQs le cours d'une vingtaine -de volumes , au grand détriment de sa répu* tation , et surtout des lecteurs.

Une lettre de l'auteur , servant de préface au premier volume , annonce quel sera l'esprit de ces dialogues. « La liberté de mon style méprisant toute contrainte , et la li* cence de mes pensées purement naturelles, sont aujourd'hui des marchandises de. contrebande, et qui ne doivent

être exposées au public L'obscurité de l'avenir me fait

ignorer, s'il sera jamais temps, auquel ces choses puissent plaire; mais je sais que pour le présent elles seraient de fort mauvais débit. » Il ne veut même pas mettre son ou>

vrage à l'abri, sous la protection de quelque grand « Si

nos discours philosophiques ont besoin d'asile et de sauvegarde , qu'ils la trouvent dans la force de la vérité et dans l'autorité de la raison, tje serait chose indigne et honteuse à nous d*en rechercher ailleurs. Que si leur sacré respect ne nous peut suffisamment assurer , observons , cher ami , le silence , ou du moins le secret de nos particulières conférences. »

Le premier dialogue, de la Philosophie sceptique, est un débat entre le dogmatique Eudoxus etle pyrrhonien Ëphes»

tion. L'auteur y développe le dixième moyen du ' scepticisme {\), en rapprochant les coutumes des différents peuples, et faisant de leur infinie diversité, uu argument oomtre la tyrannie de la coutume. Easaanl à la morale , il chercbe left contradictions qui paraissent dans nos jugements. Nous appelons voleurs, ceux (jui dérolîeni le bien des particuliers , et conquérants , ceux qui dérobent les royaumes, a Prendre toujours le haut du pavé, regarder pardessus l'épaule, ne ^uer qu'à demi, c'est être insup* portablement stiperbe; ne se laisser aborder qu'à travers les piques et hallebardes , cheminer sur la téte des hommes, se faire porter sur leurs épaules, leur faire baiser sa pantouiie, ce sont actions poutiiicales et dignes d'une majesté royale Ecrire des fables pour des vérités , donner des contes à k postérité pour des histoires, c'est le (ait d'un imposteur, Ou d'un auteur léger et de nidlè considération. Lci iie des eaj)i ices p^)ui des rt vt^latious divines, et des ré\enes, pour des lois venues du ciel, c'est à Minos, à ^iuma, à Mahomet, et à leurs semblables, être grands prophètes, et les pn^res fils- de Jupiter (2). .

Mais si la morale n'a rien de- solide, peut-être trou>* vera-t-on plus de fondement aux notions usuelles de la vie commune. Tout le monde avoue que la piété filiale est dans la nature , que la santé du corps est nécessaire, que le bon sens est d'un, grand prix , que l'habitation des villes est un bien , que la douceur des climats tempérés est un a\ alliage , que l'ordre des étals produit le bonheur des particuliers, etc.*. Toutes ces propositions, si évidentes qu'elles paraissent, sont réfutées par £phestion. On fait grâce au lecteur de la réfutation.

Le second dialogue est un entretien où prennent part

(1) T. plus haut, p. 24.

(S) P. 44, 45. Des pages comme cell6>ct a'eipliqiienl-elles pas les soupçons dont il ne se plaisait pas, il est mi , mais dotat il aoalint pent^tiet

cinq philosophes pyrrhoniens , cinq personnages qui se cessemblent trop pour que la conversation ait chance de

s'animer. Xenonianes se charge d'éniimérer les dHTérentes espèces de nourritures adoptées chez tous les peuples; il n'oublie pas i'anthropophao[ie , (jiii pour un sceptique doit Tftloir le mets le plus goûté. Diodotus lui succède; il reprend le même sujet ; car Férudition de Fauteur ne se contente pas de si peu ; et le paradoxe en fait de nourriture est poussé encore plus loin. 4 suii tour Divitiacus exerce sa mémoire à compter les infinies manières de boissons , qui aont en faveur selon la diversité des pays. Mais après les dons de Bacchus et de Gérés, ceux de Vénus. Naturellement c^est Eraste qui nous dira, de combien de façons di^ verses on entend l'amour chez toutes les nations des temps anciens et des modernes. Mais n'y cherchez pas la pudeur. Ce qu'il aurait pu d'aventure en conserver comme érudit, ' il est trop bon sceptique^ pour ne s'en défaire pàs. Enfin le grave Orasius , qui est Fauteur même , tire de tous ces propos, des conclusions j)viilioniennes ; il définit la sceptique j et engage ses amis à persister dans le choijL qu'ils ont fait de la plus saine philosophie.. « Les princes, les grands de FEtat, les premiers officiers et tous les m^;i&trats ensemble bl&ment-ib notre modeste jéphasie (1)? condamiRMii-ils notre retenue suspension d'esprit ? se moquent-ils de notre casanier repos? Et nous, selon nos lumières présentes, ayons grande pitié d'eux tous ensemble, rions du bon du cœur de leur vaine et insuffisante arrogance. »

Les fonctions et la phîlosoplue, la vie active et la vie contemplative, tel est le sujet du troisième dialogue. Le Vayer ne se plaisait pas dans la magistrature. Ses manies contredisantes , ses habitudes de pyrrhonien , son esprit bertin s'accommodaient mieux du pouvoir absolu d'un ministre, que des exigences, des traditions, des préjugé d*une

(I) Indécision du jttgemeut; V. TenDeotton, trad. de M. Cousin, 1, p. 156.

compagnie. Sa phOosophie , plus bourrue que vraiment libie , se trouva plus à Taise sous la main <Xm\ inailre et à la cour, que sous le uiveau et dans ruuiiuriuile de la vie parlemeotaire* Cest en vain que Pliiloponus, le fonctionnaire, le magistrat, en ce troisième dialogue, reproche à Hésychius, le philosophe, sa retraite et son inaction ; celuici préfère ses déserts et ses solitudes aux plus éminentes compagnies, et aux plus importantes actions de la vie'politique (1). Le magistrat approcbe-t-il de la divinité comme le philosof^e? « Ce ne peut être votre robe de pourpre qui vous rende semblable aux dieux ; les dieux sont tout nuds ; ni votre grande réputation et bonne renommée ; personne ne connaît Dieu, et beaucoup en parlent mal impunément ; ni cette façon de vous faire porter en litière ou traîner en carrosse; Dieu porte tout , étant le centre et le fonde» ment de Tunivers ; ni cette vie active dont vous laites tant d*état ; Dieu eonane premier moit ur est nécessairement immobile ; ni encore votre bonne mine; Dieu est invisible; ni vos forces; elles son^ périssables, et Dieu est immortel ; ni vos somptueux festins ; les dieux sont nstomes^ et ne mangent point; ni vos logements tapissés et ameuble* ments dorés ; Dieu n'habite point en un lieu particulier ; il remplit tout également ; ni fînalement vos trésors et vos

richesses ; les dieux n'en fout aucune estime Mais si je

me suis formé un esprit qui méprise toutes ces choses, si j*ai une âme assurée contre, tout ce qui fait trembler le vulgaire, si ma félicité est indépendante de tout ce qui relève de la fortune...., me voilà dans Tallinité des dieux, je possède leur pleine sufïisance de toutes choses, je ne sou-

haite plus rien, j'ai toute la richesse du ciel O la belle

ressemblance! 6 la belle apothéose! » (!2) Cette page, quoique un peu déclamatoire et sentant de fort loin son

(S) t, 200 et suiv.

Sëuèque (1), puise quelque intérêt dans les circonstauces qui Tont dictée. Le Vayer affecte partout du Biepris pour la robe^ sans doute c*e8t encore du paradoxe; mais le pyrrhonien avait entrevu des abus réels- dans la magistra* ture, et il avait le tort d'en faire un arj^iiment nouveau pour son scepticisme. « Il a'y a pas moins de constitutions dans notre jurisprudence, que de différentes têtes déjuges; qui, bien loin de s*accor^er ensemble, ne conviennent pas avec eux-mêmes en particulier , de sorte que le jugement d'un jour détruit souvent ce qu'un autre avait établi. Le pis est que ces jui;e.s , et par conséquent leurs lois et leurs règlements^ multiplient tous les jours. Nous voyon$ tel parlement occupé toute Tannée , qui n'était autrefois qu*un échiquier, où Ton ne travaillait que durant six semaines. Si est-ce que les provinces qui lui sont soumises, y terminaient à beaucoup moins de frais tous leurs

. différends. Cela s'appelle que tout le monde veut vivre de son métier, les ouvriers ne manquant jamais à se tailler de la besogne » (2). U n*Oublie pas davantage ]a vénalité des offices- et ses déplorables conséquences (3). Enfin, Le Vayer, sous le nom d'Hésychius, fait un aperçu de sa vie passée (4).

Lé quatrième dialogue , sur les rares et éminoites qualités

* des ânes dece tempS', est précédé d'une préface, qù Tauteur traite de Féloge paradoxal. Ce genre sophistique n'est pas pour déplaire à Le \ aver : mais la |)uérilité de IVIoge des ânes est rachetée par des allusions et des traits satiriques , par quelques souvenirs affiiiblis d'Apulée, d'Erasme et de Rabelais. Cette plaisanterie , prolongée pendant quatre-vingts pages ^ tantôt spirituelle , tantôt grossière , est comme une débauche du phUosoplie , sur laquelle on passera rapidement.

' (1) Ep. «d liudl., 84.

(S) Proie cliagfiiie, 111 , 1" part., p. 269 et siiiv.

(3) Letlro XLVU.

(4) Om. Tnbero, 1 , 2S0.

On ne peut prouver, par moyens humains , l'existence de Dieu ni sa Providence; vouloir trouver la tbëologie dans la philosophie, c*est chercher les vivants parmi les morts (1) , tel est le sujet du cinqiiiènie dialogue. Th^ bien fausse sans doute , mais surtout périlleuse. La lecture de ce dialogue en est une preuve surabondante. Vous prétendez , 6 sceptique , que votre manière de philosopher est une vraie introduction au Christianisme; vous ne donnez rien à la raison (2) , vous donnez tout à la grâce (3) , et cependant votre raison commence par détester tout ce qui est populaire; cependant vous trouvez des forces en vous pour lutter contre œ peuple %norant ^ qui esl partout où est la multitude , qui se pare de soie aussi bien que de bure , qui porte la soutane au.ssi bien que les crochets ( 4 ); cependant vous espérez bien dompter ce monstre du peuple, pour venir à bout du reste ; cependant vous méprisez le vulgaire ; vous vous souciez peu d'en être méprisé ^ et on lit, dites-vous, pour devise , sur le manteau de votre cheminée : CotUem!^ titre et contemni ''5). Vous proclamez , il est vrai , votre respect pour la religion (6). Mais , vous le dites vous-même, les athées dé votre siècle se servent du même artifice, que nous voyons avoir lieu en nos guerres civiles , où ceux-là même qui portent les armes contre le parti du roi , protestent d être fort serviteurs de sa majesté (7). C'est apparemment

(4) 0rM. Tob., 1. 3S8, 329; Pfllil traité ueptiqae, V. 2* part., p. 141 et

(5) Ihiime d*Epiclèle , qui scrl môme d'épigraphe ces dialogues d'Orasius Tubero. Pasctt avait-il en vue La Mothe-Le-Vajer, quaud il écrivait : II faut bien être daw la relî|sioa qa*ils méprisent, pour ne les pas mépriser? Edit. Fau-

gère, II, p. 20. ■ *

pour servir Dîeu, que vous comptez les nations athées (1), que vous réfutez les preuves de Inexistence de Dieu et de la

Providence (2) ; niais je \ eu\ que la Sceptique, qui vous parait si pleine de charmes (3) , exv^c de vous ce sacriiice ; je me d^[K>uiUe de ma raison ; où est la foi nouvelle et forte dont vousm'allez revêtir ? Vous* ne vous arrêtez pas là ; vous me jetez en des perplexités nouvelles ; je ne vois encore que contradictions , qu'interminables contrastes ; ici un zèle indiscret ou farouche (4); là i' indifférence au fait de la religion (ô) ; plus loin , la tolérance ou la persécution (6). Ce n^est pas tout ; vous comparez les religions entre elles ; vous, triomphez de leur diversité ; dogmes , rêveries , superstitions , révélations, vous épluchez tout par le menu. Je le reconnais avec vous maintenant , quiconque voudra faire choix par discours humain de la vraie religion , se trouvera fort empêché (7). Mais oh est la foi? et que devient votre introduction au christianisme , votre préparation évangélique? Car de dire que l'iionime , jeté en cet océan immense des religions humaines, aura la foi pour aiguille aimantée (8), il n'y a pas d'apparence. Elle est submergée avec le reste , et en jetant à lainèr tout ce qui vous temblait gêner la marche du vaisseau, vous avez jeté la boussole. En un mot, ce n'est pas pour la foi que vous vous (lunjitz tant de peine ; soit témérité , soii bonhommie , votre scepticisme est conséquent jusqu'au bout ; il ne se tait que sur la conclusion der^ nière ; d'autres plus hardis la sauront bien tirer. La seconde partie, formée des quatre derniers dialogues ,

(3) Œuvres, panm.

(4) I,37gretiiiiT.

(iQ I, S80, S8S.

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