‹ Essai sur La Mothe-le-VayerChapitre 9 sur 13 · IS · texte numérisé non relu

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aées , et qa^elles n'aient pas , pour ainsi dire , des repo» soirs ( 1 ). Vaugelas recommande l'exemple de celles d*Amyot ; en effet . rien ne resseiiiljle plus à une [k riode d'Amyot qu'une période de fiossuel ; mais les écrivains et les prosateurs qui vinrent après Vaugelas, ne* se contentèrent pas de st peu.

On peut dire qu'A n'y a pas de préjugé plus répandu en fait de goût, que l'horreur que nous avons des qu/ et des r/ue multipliés dans une phrase. Combien ou en trouve cependant y je ne dis pas dans nos vieux prosateurs , mais dans Bossuet, dans PïKScal , dans tous ceux qui ont écrit et parlé avec aisance cette langue heureuse, où Ton ne sei^t jamais d'effort. C'est de Vaugelas'que date ce préjugé, qui'aujourd'hui a Ibrce de loi.

Si nous descendions au détail de ses Remarqués sur le gui relatif séparé de son antécédent, sur la nécessité de répéter l'adjectif tow/ devant chacun des substantifs qui en dépendent, de reproduire les articles devant tous les noms, le pronom le devant les deux verbes qui le peuvent régir, les prépositions devant chacun des r^mes(2), nous aurions souvent ToGcaslon de montrer qu'il a tracé la voie,. où tout le monde est entré après lui, et qu'il n'est presque pas une de ses corrections ou de ses règles, qui u ait été accueillie et même exagc^rée ; et nous serions fondés à dire qu'il a le premier porté la main, sur la généreuse liberté de notre ancien langage, et que cette première atteinte peut-être nécessaire, a eu des imitateurs trop ardents , qui croyaient continuer

l'œuvre de Vaus^elas.

U eu est de 1 épuration tles langues , comme de la cul- - ture d'un terrain. U en faut extraire les pierres, et les jeter en dehors de son champ ; mais il est des bornes à ce tra-

(t) Ibirl., 111, 441 01 suiv.

(â) Remarque», I, i7fl, lU, iiH, 192, 228, .>15, 388, 406 , 407, el ailleurs.

vail , et à force d*6ter les moindres cailloux , la terre perdrait toute consistaDce.

( .ai dulîs-nous cependant de confondre Vaugt las avec ceux (|ui suivirent. U ouvrit une issue à la délicatesse, et si Vou veut à la subtilité ; mais il fit beaucoup pour ravancement de la langue. L'excès même de curiosité dans la correction pouvait être nécessaire, pour balancer Texcèsde négligence H d'abandon; si la clarté est, du consentement àe tout le monde, le mérite ie plus émïuent de la langue française j ne * nous plaignons pas trop des efforts même exagérés , par lefi> queb nous y sommes parvenus. D^ailleurs Vaugelas réibraia beaucoup plus qu^il ne détruisit. Il établit des lois , non pour abolir, mais pour conserver. Nous avons dit que le dix-sepiienie siècle parlait la langue d'Amyot avec mesure , avec choix. Vaugelas qui en fui le granunairien le plus in* teUîgent , ne combattit la vieille langue que sur lea points où elle contrariait Tusage de la cour ; et c'est un de ses principes, qu'un mot ancien , qu est encore dans la vigueur de , Tusage, est incomparablement meilleur à écrire qu'un tout nouveau , qui signifie la même chose.

Cest dans le même esprit qu^il recommande les tours consacrés par Fusage contre la raison. Il n'y a point à son avis de k>cuii(>u ([ui ait si bonne grâce en toutes sortes de langues, que celles que l'uiîage a établies contre la règle , ét qui a comme secoué le joug de la grammaire ; aiiud esi latine, aliud grammatîce loqui, Ainsi il se vient jusUfler est préféré à U vient se justifier, non seulement parce que Fusage en est plus fréquent, mais parce qu'il y a je ne sais (juelle grâce dans la transposition. Ou doit être curieux de toutes les façons de parler établies contre la règle , comme d*un ornement du Lai^ge ; ce sont d'él^ntes manières de dire, dont la noblesse consiste à s*aiTranchir de la servitude grammaticale et de la pl i rase vulgaire. Voilà des traits originaux dans Vaugelas, qui disparurent dans ses successeurs, avec

bien des beautés que la langue avait retenues du seuième siècle , et dont il plut au dix-huitième de se priver.

Lue nulle maxime fie Vaugelas , qui n'est pas moins excellente , c'est que tous les sons auxquels Toreille est accoulumée f doivent être tenus pour harmonieux ; ailleurs ^ il veut, pour conserver les richesses de la langue, que Ton puisse dire une même chose de deux façons, phit6t que d'une seule. Ces aphorismes ont été abandonnés de ses successeurs ; ils suivent les prinrijK ^ ( < iiiraires^ loi*s même qu^iis ne les professent pas ouvertement.

C'est ainsi que le siècle de Vaugelas conserva une infinité de formes pleines d*une noble liberté , qui ont été abandonnées , les unes par dégoût , les autres par délicatesse , d'autres enfin par scrupule ou vaine subtilité. Ces formes, qui ont aujourd'hui le charme, je dirai presque les inconvénients de la nouveauté, se retrouvent dans le seizième siècle, et surtout dans Amyot. Vaugelas , en contribuant à fixer la langue ) prolongea leur existence; et si un grand nombre ont péri, c'est aux écrivains et aux grammairiens, c'esL aux âges suivants et à nous-mêmes qu'il faut nous en prendre.

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