Jaccoud, des paraplégies et de l’ataxie
AD et Vulpian, l’école de la Salpétrière fournit bientôt de nombreux travaux où les conslatations anatomiques les plus minutieuses éclairent chaque jour la naiure réelle des lésions de la substance nerveuse, le mécanisme de leur production et leurs localisations diverses. Beaucoup d’altérations élémentaires qui jusque-là avaient dû forcément échapper à l'examen le plus attentif sont peu à peu acquises à la science, grâce à l’intervention de l'histologie, et permettent de rattacher à leur cause anatomique véritable beaucoup de troubles fonctionnels jusqu'alors incompris ou inexpliqués.
Nous pourrions faire une longue liste des mémoires intéressants, publiés dans ces dernières années sur la partie de la pathologie quinous occupe, contentons-nous de nommer M. Charcot (Cours de la Salpétrière sur les myélites) Turck, Charcot, Vulpian et Bouchard,pour les dégénérescences secondaires de la moelle, M. Joffroy et Parrot, Michaud et Liouville, MM. Clark et Gull en Angleterre, Engelken, Wesphall et Leyden en Allemagne (1).
Rappelons encore le traité de lélectricité localisée de M. Duchenne de Boulogne, l’étude de M. Hallopeau sur les myélites chroniques diffuses, et les nouvelles leçons de M. Charcot où nous avons trouvé d’intéressantes considérations sur les paralysies urinaires.
Nous pourrions élargir considérablement ce cadre bibliographique dont nous reconnaissons l'insuffisance ; mais pressé par le temps, nous avons hâte d'arriver à la myélite centrale ascendante qui doit faire le sujet de ce travail et dont 1l nous reste à tracer rapidement l’histoire.
4 Voyez le Traité des paraplégies et l’article moelle du dictionnaire de médecine pratique (1875).
- La myélite aiguë centrale généralisée fut décrite pour la première fois par Albers, de Bonn. Elle est ainsi nommée parce que les lésions occupent l’axe de substance grise de la moelle et parfois les couches profondes de la substance blanche.
L'observation rapportée à la fin de notre thèse, qui appartient à M. le Dr Quinquand, a été recueillie en 1870; mais elle n’avait pas été publiée, quand M. le Dr Martineau (1), donna lecture à la Société médicale des Hôpitaux, le 27 février 1874, d’un fait du même ordre recueilli à l'hôpital de la Pitié, et considéré par lui comme un remarquable et unique exemple de myélite ascendante aiguë.
Peu de temps après, M. Hayem (2) publiait dans les Archives de physiologie et de pathologie de MM. Charcot et Vulpian, deux observations nouvelles de myélite ascendante aiguë, suivies d'importantes considérations sur le processus anatomique de la maladie.
Déjà en 1872, M. le Dr Dujardin-Beaumnetz (5) avait rapporté dans sa thèse d’agrégation deux observations de myélite généralisée, l’une empruntée à Radcliffe, l’autre à MM. Bancel et Liouville ; cette dernière est reproduite à la fin de notre thèse.
Enfin, M. Bernheim dans le dictionnaire encyclopédique des sciences médicales, M. Jaccoud, dans la quatrième édition de son traité de pathologie interne (1875) et M. Hallopeau à l’article moelle du dictionnaire de médecine pratique,
4, Martineau. Union méd. 1874.
2. Hayem, note sur deux cas de myélite centrale aiguë et diffuse. Archives de physiologie de Charcot et Vulpian, 1874, nos 4 et 5, p. 605. , 8. Dujardin. De la myélite aiguë. Thèse d’agrégation, 1872.
mettant à profit les données précédentes, ont tracé de la maladie une histoire clinique que nous avons consultée avec fruit.
Nous ne croyons pas pouvoir rattacher à l’espèce pathologique qui nous occupe la paralysie accendante aiguë dont O. Landry (D), le premier, puis MM. Brochin, Liégeard, Labadie-Lagrave, ont rapporté des exemples, et qui à fait le sujet de la thèse de M. Chalvet (2). Nous avons trouvé dans les Archives de physiologie (4876), une observation récente où l'examen le plus attentif de la moelle, n’a pu révéler la moindre lésion.
En présence des faits antérieurs du même ordre, où M. Vaulpian, lui-même, est arrivé à un résultat absolument négatif, nous continuerons à admettre la non-idenüté des deux affections et nous aurons à mdiquer au chapitre du diagnostic, les caractères cliniques différentiels, par lesquels il sera quelquefois possible de se prononcer entre la myélite et la paralysie ascendante. |
CLASSIFICATION DES MYÉLITES.
Longiemps confondues sous la dénomination générale de spinitis, les maladies de la moelle ont été, grâce aux travaux modernes, séparées peu à peu en entités morbides distinctes, ayant chacune leur physionomie spéciale, leurs symptômes, leur marche et leur pronostic différent. Nous avons essayé de présenter dans le tableau suivant les nombreuses variétés de myéliies aiguës ou chroniques qui ont été décrites jusqu’à ce jour.
4. Landry. Paralysie ascendante aiguë. Gazette hebdomadaüire, 1871. 2. Chalvet. De la paralysie ascandonte aiguë. Thèse de Paris, 1871,
M UN Myélite chronique diffuse ordinaire.
Myélite péri-épendymaire (Hallopeau et autres auteurs).
Sclérose en plaques.
Myélite transverse.
| Ataxie locomotrice.
Sclérose latérale amyotrophique.
Sclérose ascendante ou descendante secondaire à des altérations de la moelle
niques er
Systématiques. .
ou du cerveau.
Myélite des cornes antérieu- | res (atrophie musculaire | progressive).
Myélites | |
Myélite centrale ascendante. Myélite circonscrite ou en foyer.
MES Paralysie atrophique de
Systématique . . ne
On a divisé encore les myélites en parenchymateuses et intersütielles en se fondant sur l’examen intime des phénonèmes phlegmasiques.
Il est, en effet, des myélites où les lésions sont parfaitement limiiées à un segment plus ou moins étendu de la moelle et même à l’un des éléments qui la composent, les autres gardant leur intégrité complète. M. Vulpian les a appelées systématiques en faisant remarquer que leur localisation indique qu’elles ont pour point de départ, les éléments nerveux, car autrement on ne comprendrait pas pourquoi elles resteraient aussi circonscrites.
Nous n'avons pas à nous appesantir sur les myélites systématiques qui se présentent rarement à l’état aigu, excepté la téphro-myélite ou inflammation des cornes
HS Nes grises antérieures qui est, nous l'avons dit, le substratum anatomique de la paralysie infantile.
Dans la myélite ascendante aiguë, dont nous allons nous occuper maintenant, nous verrons également les lésions anatomiques frapper surtout les éléments nerveux de la substance grise et n’aiteindre que fort peu le tissu conjonctif interslitiel.
ÉTIOLOGIE
Myélites primatives. — En dehors d’un très-petinombre de causes dont l’influence ne peut être mise en doute, Pinflammation de la moelle éclate souvent sans que rien puisse en justifier l'explosion.
La cause de beaucoup la plus fréquente est certainement l'impression du froid, ainsi qu'Ollivier d'Angers, Bouillaud, Cruveilhier, M. Jaccoud, et autres auteurs, en ont rapporté des exemples.
Tantôt la maladie s’est déclarée à la suite d’une immersion dans l’eau froide, tantôt parce que les individus avaient été exposés pendant la nuit à une basse température ou avaient passé brusquement d’un milieu très-chaud à un milieu plus froid, comme 1l arrive souvent dans certaines professions.
Les fatigues excessives ou prolongées paraissent aussi jouer un rôle véritable dans le développement de la maladie : c’est du moins la seule influence étiologique que l’on puisse imvoquer dans plusieurs cas; c’est également à la fatigue musculaire et au froid qu'est rattachée la myélite ascen-
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dante aiguë dont MM. Liouville et Bancel ont recueilli 'observation, publiée dans la thèse de M. Dujardin-Beaumetz. Le malade, jeune mobile de 20 ans, avait passé une nuit sur Îles remparis et couché sur Pherbe refroidie. Aussi est-il difficile de faire la part exacie qui, dans ce cas parüculier, revient à la fatigue musculaire en dehors de Paction évidente du froid.
Nous signalerons encore, mais comme des causes beaucoup plus hypothétiques, les aflections morales vives, la suppression brusque d’une hémorrhagie habituelle, d’une dartre, d’une phlegmasie articulaire ; Portal, Pinel fils, Calmeil en ont vu des exemples, Calmeil l’a observé chez un épileptique, Royer-Collard chez un Iypémaniaque. Mais n’a-t-on pas pris pour de linflammation ce qui n’était que de la congestion médullaire.
Ces différentes causes, interprétées comme elles doivent l'être, ne constituent, en réalité, que de simples prédispositions, de même que l’abus de plaisirs vénériens et toutes les excitations anormales ou excessives des organes génitaux.
À ces causes prédisposantes nous devons ajouter Pâge et le sexe. Les hommes paraissent bien plus souvent atteints que les femmes. Quant à l’âge, c’est surtout une maladie des adultes survenant, dans la très-grande majorité des cas, de 20 à 40 ans, bien que Wirchow ait décrit des myélites congénitales.
Myélites secondaires. — Nous passerons brièvement sur cette partie de létiologie, où nous trouvons comme causes principales de myélite la méningite et les tumeurs, les traumatismes, les maladies générales, les intoxications et certaines affections des voies urinaires.
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En effet, si la méningite s'accompagne souvent d’inflam-
mation de la substance nerveuse médullaire, 1l s’agit là
d’une inflammation périphérique, d’une véritable myélite
corticale où les symptômes méningitiques occupent toujours
la première place et masquent ceux qui appartiennent à la myélite secondaire.
Les tumeurs des méninges ou de la moelle elle-même peuvent, comme le mal de Pott, déterminer à un certain moment une inflammation de voisinage; mais celle-ci est généralement chronique, à moins qu’il ne s’agisse de ces granulations tuberculeuses décrites par M. Liouville et qui deviendraient quelquefois, d’après lui, le point de départ de méningo-myélites aiguës où subaiguës.
Les traumatismes, chutes, coups violents sur la colonne vertébrale, plaies par armes à feu, peuvent déterminer très-rapidement une myélite aiguë plus ou moins généralisée, ainsi que M. le D' Lannelongue en a observé un cas très-intéressant ; mais, nous n’insisterons pas davantage sur ces faits, qui sont plus spécialement du domaine de la pathologie externe.
La variole, la fièvre typhoïde, le choléra, la diphthérie, peuvent, à l’époque de Ja convalescence, laisser à leur suite des myélites aiguës, paralysies amyosthéniques de M. Gubler ; mais, cé sont ordinairement des myélites localisées, comme lont prouvé Wesphall et M. Vulpian.
Nous ne dirons rien des myélites par intoxication tout-àfait distinctes de la forme qui nous intéresse et encore peu étudiées ; mais nous ne devons pas passer complétement sous silence celles qu’on a vu survenir dans le cours des maladies
MRC Fri as des voies urinaires. M. Charcot (4) en distingue trois groupes.
Dans un premier groupe, il s’agit de véritables myélites par propagation, jusqu à la moelle, de l’inflammation vésicale ou rénale. M. Charcot, reprenant l’idée émise par Troja et défendue par Levyden, croit que cette propagation se fait par les troncs nerveux, bien que jusqu'ici les résultats nécroscopiques n'aient pas démontré ces lésions intermédiaires dans les nerfs.
Mais, ajoute M. Charcot, des faits assez nombreux prouvent que l’inflammation des nerfs peut se transmettre à la moelle ; témoins les exemples rapportés par Graves, par Leudet, et l’observation intéressante de Duménil où la substance grise fut trouvée avec des lésions importantes, et la substance blanche à peine affectée.
Il est un deuxième groupe de paralysies urinaires, auquel se rapportent les cas observés par Rayer. Brown-Séquard et Leroy d'Étiolles : celles-ci différent de la forme précédente, en ce qu’elles ne sont pas sous la dépendance d’une véritable myélite, ce sont des paralysies réflexes d’un pronostic beaucoup plus bénin, sans lésions médullaires, n’offrant ni les troubles sensitifs profonds, ni les troubles trophiques, ni les paralysies sphinctériennes que l’on trouve dans la myélite proprement dite.
Enfin, dans un troisième groupe de paralysies urimaires, M. Charcot étudie ce qu'il appelle les fausses paraplègies; les lésions, au lieu de siéger dans la moelle, siégent dans les nerfs ; 1l se fait uue véritable névrite descendante. Jus-
4. Charcot, Lecons sur les maladies du système nerveux, faites à la Salpétrière, 4: fascicule, 1877.
LA qu’à présent, les exemples de ce troisième mode de paralysie sont peu nombreux. |
Parmi les affections des voies urinaires qui peuvent êlre l’origine de ces graves complications, nous signalerons les inflammations chroniques de lPurèthre, les rétrécissements, les cystites chroniques, les maladies de la prostate et les calculs de la vessie.