‹ Essai sur la nature des engraisChapitre 12 sur 34 · CHAPITRE YII · texte numérisé non relu

CHAPITRE YII

JD u fumier d'étable et de basse cour.

Il faudroit composer un volume entier, si l’on vouloit traiter à fond

(i) Perth Report.

(■»'; Builey. ’

( i'iS )

ce siijet J , mais le temps fixé par la société permet seulement de saisir les faits principaux.

Chaque auteur avec les écrits des-* quels je suis familier, et quatrevingt-dix-neuf cultivateurs sur cent ont écrit et travaillé dans la préven-

tion et dans le système ordinaire, que le fumier doit être entassé, jusqu’à ce que la fermentation et la putréfaction l’aient consommé après plus ou moins de mois, et en recommandant plus ou moins d’opérations, de mélanges, et de manipulations, jusqu’à ce qu’il devienne propre à être employé sur les terres.

Mais il y a un autre système à cet égard , qui , quoique venu tard , a attiré une grande partie de l’attention générale ; c’est d’employer le fumier frais et nouvellement fait.

Maintenant si , par l’expérience ; cette méthode étoit démontrée être la vraie, elle rendroit inutiles tous ces écrits, composés avec tant de soins , sur la formation et l’élévation des tas de fumier, puisqu’il seroit prouvé que nous n’avons que peu ou point de besoin de ces tas ou monceaux.

Mais comme cette question doit ■ naturellement influer sur tous les résultats de cefte pratique , j’en ferai le premier sujet de mes recherches.

D’abord , écoutons les faits et l’expérience. Feu M. Ducket a voit compris que plus on tou rmen toit-, plus on ren verso; t un tas de fumier, enfin plus il étoit pourri, et plus on lui faisoit perdre de ses propriétés. Ii estimoit beaucoup plus la même quantité de fumier long que de fu-

mier court, récrit par le temps en

cet état (i). , , •

M. Patterson , de Wimbledon ^ d’accord avec beaucoup de cultivateurs de jardins, dit que, «lorsque l’on compare le fumier frais avec celui qui est bien mélangé et pourri , les résultats sont en général en faveur du fumier long (s). »

M. Bocket, de l’Hertfordshire, et l’un des meilleurs cultivateurs de la -province, dit que, « plus le fumier dont on se sert est frais, et mieux il vaut pour les pâturages (3)». Il a reconnu que le fumier long qui n’a qu’un otf deux mois de date , est à

(i) Annal’», vol. x. *

(a) Ibid, vol. xvii. .

(3) Columelle «lit qu’on doit répandre le* fumiers les plus frais *ur les pâturages. Liv. u.

préférer, cliarge pour charge, pour les turrieps que le fumier court, noir êt consommé.

* Les meilleurs cultivateurs de Wintringham sont dans l’opinion qu’il -est désavantageux de mettre le fumier de basse-cour en tas et qu’il est préférable de le conduire successivement sur les terres. M. Crust a remarqué que ceux qui forment des tas', et dont par conséquent le fumier est le plus pourri , n’en retirent jamais autant de bénéfice, qué Ceux qui l’emplôient d’une autre manière» M. Loyd, partageant la même opinion , fait constamment transporter son fumier long hors do sa basse-cour ; il a fréquemment ré-* pété des expériences comparatives,’ et il ne s’est décidé que par les résultats. Dans les environs de Meaux

en France, les cultivateurs voiturent leur fumier dans l’état le plus long, et ils prétendent que cette manière de l’employer vaut beaucoup mieux que de le laisser pourrir (i).

M. Johnson 3 dans le voisinage de Northampton, est depuis beaucoup d’années dans l’usage de transporter sur ses terres , son fumier long et encojjp humide , sortant de dessous les bestiaux , et il a expérimenté que plus il est frais , et plus il améliore le terrain ; il a remarqué que pour peu qu’on le laisse séjourner , il perd de son effet En été, il le fait répandre ainsi sur les pâturages , et il en éprouvq le meilleur résultat.

(i) Yonng’» TraveJI*.

M. Robinson, près de Salisbury, 'donne l’observation suivante : « J’ai .

été long-temps dans l’habitude de faire emporter tout mon fumier hors de ma basse-cour et de le former en tin tas, jusqu’à ce qu’il fût à demi-consommé avant que de l’employer dans ma culture : mais enfin , en réfléchissant sur cette opération, je me suis dit qu’il étoit très-probable que je per-disse beaucoup , tant sur la qualité, que sur la quantité de mes engrais, et d’un autre côté j’étois dans la certitude que je multipliois les travaux, en augmentant la dépense. Afin d’éclaircir mes doutes , je fis voiturer le fumier immédiatement de la basset cour sur les terres dans lesquelles je voulois semer des pois ; j’y fis donner un léger labour, parce que la charrue enterroit ce long fumier

parfaitement bien. Jamais je n’etu #ne meilleure récolte, et ma terre fut en état de recevoir du froment.

Cette épreuve éclaircit mes doutes; depuis j’ai suivi la même méthode avec beaucoup d’avantages , et j’ai ; la satisfaction de voir maintenant plusieurs autres cultivateurs, qui, comme moi , étoient aveugles , deve- nus aujourd’hui clairvo^ans , obtenir de leurs terres , de bien plus beaux produits qu’auparavant J’ai encore été confirmé dans cette pratique,

' en observant là culture d’un bon et expérimenté cultivateur d’auprès de Chippenham. Sa ferme est compose de pâturages , de prairies , de • terres à labour et de dupes sablons neuses ; il travaille et fume ses terres à labour avec du fumier de ville,

et lç fumier long de sa basse-cour

est emporté sur ses prairies et pâturages ; plus le fumier est frais , et plus il le préfère. En persévérant dans cette méthode, il a doublé ses produits; nulle part on n'engraisse aussi bien les bestiaux que chez lui, et actuellement il fournit des bœufs de deux cents stones (i), au marché de Bath (a). »

M. Rogers, d’Ardleigh en Essex, cultivateur heureux et intelligent, a conduit du fumier long et frais, et de l’autre plus court, pour les turneps et les pommes de terres ; il a trouvé que le long valoit mieux que l’autre, et l’expérience lui a prouvé que le premier avoit plus de feu que celui qui

(i) Le stone pèse quatorze livres, avoir d«,

poids. C Noie du traducteur. J (a) Annal’s, vol. xxxvui.

auparavant avoit été mis en tas.Maîïu tenant il fait immédiatement voiturer ses fumiers sur ses terres, et ' dans toute sa culture on n’en trouve plus un seul tas, de dix qu’il en avoiè auparavant (i).

M. Chapman , d’Hitchin , a ob* servé que dans les environs de Bal* ' dock les cultivateurs transportent, sur les terres , leurs fumiers dans un état de longueur remarquable, sans le laisser aucunement pourrir, et que leurs turneps sont tout aussi Jbeaux que partout ailleurs.

-, M. Roberts, de Kings-Walden , ' Veut que dans tous les cas et dans toutes les circonstances, le fumier de9 étables soit transporté frais sur le terrain. Il pense cependant que le

(l) Annal’s, vol. xli.

fumier de basse-cour, peut s’employer beaucoup plus court. •

M.Shedgwick, de Rickmersworck, voiture tous ses engrais pour les turneps , aussitôt qu’il a fini ses semailles du printems. Il est décidément de l’opinion que le fumier long est le meilleur ; et lorsqu’il peut l’enterrer immédiatement au sortir de l’écurie , il pense que c’est encore le mieux (i).

J’ai encore réuni . d’autres autorités modernes.

M. Deuton, de Norfolk , fuma une partie d’un champ , consistant en rayons pour prairies artificielles et dont le sol étoit presqu’entièrement sablonneux, avec du fumier long et frais ; et l’autre partie avec du fumier

(i) Hertz Report.

remanié ; les produits furent très-diffé rens et en faveur du fumier long.M.

Bradfièld, du même comté, voiture son fumier de basse-cour, long, sans a^ucun mélange ou remaniement, et il le répand sur la terre six semaines avant de èemer ses turncps.

M. Priest, dans un sol très ingrat pour des turneps, a fait mettre du fumier long au fond de sillons trèsrapprochés les uns des autres, qu’il a fait herser ensuite, il a récolté les turneps les plus gros et les meilleurs de tout le voisinage.

Lorsque M. Evérit se trouva au dépourvu , après avoir employé ses tas de fumier, et qu’il fut forcé de prendre du fumier long et frais pour terminer ses travaux , les turneps qui eurent le dernier réussirent infiniment mieux que les autres.

M. Brpwn a transporté du fumier long en mars pour des turneps , et il en a obtenu une récolte aussi belle qu’avec du fumier plus court. Cependant il en a voit employé quinze charges au lieu de douze.

M. Francis a fait trier du fumier long des étables et de la basse-cour, et il en a obtenu tout autant de produit qUeide tout autre fumier; cependaht il observe que les turneps ne croissent pas bien vigoureusement pendant les six premières semaines. ’ .* ' l

M. Gubit a fait transporter, de même , du fumier long pour des turneps, et l'effet en a été fort bon, spécialement dans les terres fortes et humides. . ,

M. Dyble a voituré sur plusieurs acres de terre du fumier long d’éta- * * 6 ,

blés pour des turneps, et a enterré le tout à-la-fois ; il a obtenu une trèsbonne récolte dans des saisons médiocrement humides , mais il n’a pas réussi également par la sécheresse.

M. Repton croit que le fumier long est le meilleur pour les turneps, quoiqu’il s’en serve peu fréquemment; mais lorsqu’il le fait, les turneps en son t^ générale ment plus beaux.

M. Johnson, de Norfolk, pense que l’on doit emplo^r le fumier comme on le ramasse , et que ce que l’on peut faire de pis à son égard, est de le remanier. Il a fait conduire du fumier long de sa basse-cour sur des terres à turneps, et il a obtenu des récoltes aussi belles que tout autre ; il en a été de même du blé.

M. England , M. DeevçetM. Düngate estiment que le fumier long est le meilleur pour les turneps.

Chacun des cultivateurs dont les noms forment la liste qui précède , sont des cultivateurs excellens et d’une grande expérience; et je m’appuie en- ce point sur leur opinion.

« Au sujet du repos des fumiers, ditM. Wilkes, j’ai l’expérience que le fumier retiré de la basse-cour et de l’étable, n’ayant que trois jours, et employé immédiatement dans la terre, tant en hiver qu’en été, donne un avantage de vingt pour cent sur le fumier dont on ne se sert qu’onze ou douze mois après qu’il a été fait (i).

« Je me sers de préférence dé fu-

(i).Communicatious to tlie board of agr!* cnlture.

mier long, ce que je crois beaucoup plus avantageux que de le remanier, le mélanger et le laisser se consommer (i)* -, ... ;

« J’ai par-deversrïioirautoritéde l’un de nos plus intelligens et expérimentés, cultivateurs , pour assurer

que le fumier à demi-consommé est infiniment plus avantageux peur l’usage , que celui qu’on a laissé croupir et entièrement se consommer dans la basse-cour (a). »

j ’ Comme ce système tend à opérer un changement entier dans l’économie rurale, relativement à la presque totalité des fumiers produits dans la tenue d’une ferme, j’ai cherché à multiplier les exemples; et. je

- (i) Rodwcll. ibid.

(2) Doct. Femvick on Mannres.

crois que la Société partagera l’opinion que ceci étoit un point que l’on devoit mettre en évidence avant de rechercher les meilleurs moyens de construire les tas de fumiers.

Cependant, je ne dois pas espérer que les fajts les mieux attestés détruiront des règles établies par la pratique et l’usage , même lorsque ces laits peuvent s’expliquer facilement, et sont d’accord avec une saine et bonne théorie. Nous devons encore recourir à* l’analyse chimique.

Dans les écrits de M. Hassenfratz, je trouve cette observation : « L’économie rurale des cultivateurs de Picardie est très-avantageuse dans le transport immédiat de leurs fumiers sur leurs terres 3 au lieu de le laisser s’échauffer dans les cours de leurs

fermes, avec intention de le conduire seulement à une période réglée. En appliquant le fumier encore frais à la terre, sa fermentation est employée à échauffer le sol : le peu d’alkali qui y est contenu, au lieu d’être dissous dans la cour de la * ferme, ou entraîné par les pluies, reste dans le terrain et l’améliore , si l’alkali est de quelque utilité pour la végétation : les pailles encore entières divisent bien mieux le sol; sa fermentation s’augmente avec rapidité; elle a lieu pendant que les semailles se font, et en conséquence ce fumier est dans un meilleur état pour fournir une grande quantité d’acide carbonique calcaire, ce qu’il fait facilement, de concert avec l’eau, aliment principat des végétaux ».

Depuis, le même sayant a déclaré.

dans un autre ouvrage, que le carbone est l’aliment par excellence des végétaux, et qu’il suppose que l’eau en est le véhieüle. Il est inutile que je fasse observer à la Société que cet auteur est l’un des plus grands chimistes actuels de l’Europe, et que sa doctrine a mérité l’entière approbation de M. Kirwan.

Ceci renferme un point d’une trèsgrande importance , quoiqu’il n’y soit pas expressément exprimé, savoir, que le principe de fermentation qui agit sur une petite portion de paille moisie, disséminée dans la terre, est le même que celui qui opère en grand dans le tas de fumier le plus considérable.

Le docteur Darwin fait une question intéressante en demandant :

« Si les détritus des corps anhnaux

et végétaux, enterrés à cinq pouces dans le spl , subissent la même décomposition que celle qu’ils éprouvent lorsqü’on les met en tas dansla cour d’une ferme ? Dans tous les cas, cette opération se fait alors lentement, et il est possible que,dans cette lenteur, il se pende de î’acide carbonique , ou de flalhalï volatil, ou de l’irydrogènp , ou du fluide générateur du feu , qui tous sont émis en grande quantité pejfrdant la fermentation dans un gros tas de fumiers , et sont jetés dans l’atmosphère, ou sur un fopd qui n’est point en valeur ». En se. servant des fumiers dans le dernier état de décomposition , état qui précède quelque peu cependant pelui de sa décomposition entière et sa réduction en terres carboniques j cè ,fu-

«lier finit à la fin par se détruire entièrement, et donne la même quantité de nourriture aux racines, maïs par une application plus graduelle (i). »

C’est par une opération oxygénante que la fermentation des corps végétaux est augmentée par l’addition des matières animales :

l’oxygène s’unit avec le carbone et le phosphore dans 1 la décomposition de ces substances. « Lorsque des substances végétales sont décomposées par la fermentation , il y a une forte union entre l’oxigène et le carbone, et le gaz acide carbonique s’élève en vapeurs j il s’élève ainsi d’un tas de fumier; mais si on le rompt et qu’on le remanie en le laissant exposé aux influences de l’atmosphère.

l’acide carbonique se produit foibla»

ment, et il est absorbé par les racines des végétaux (i). »

« Les matières animales et végétales ne peuvent point servir d’engrais, à moins qu’elles ne commencent à fermenter, et elles ne sont plus d’aucune utilité lorsque la fermentation est terminée (2). »

« Il y a une forte raison pour croire, d’après plusieurs faits, que la putréfaction n’est aucunement nécessaire à la puissance nutritive de la matière animale ou végétale, si ce : n’est en ce qu’elle diminue leur cohésion, ou qu’elle altère leur texture, et les rend par cela même, plus aptes à l’absorption ; et comme

(1) Darwin, "(s) Senebier.

11 y a une perte considérable en gt© et en sels ammoniac et nitrique dan»

la putréfaction , il est important de ne pointlalaissers’établir, lorsqu’elle n’est point nécessaire pour rompre la texture >»(i).

Sans multiplier davantage les citations, il y a, dans ce que j’ai rapporté un ample fond de remarques recueillies par des chimistes d’une grande réputation et propres à excercer la sagacité d’un lecteur attentif. Ces citations suffisent pleinement pour appuyer les observations pratiques des cultivateurs ; et cette application de la chimie, aux opérations de l’agriculture, doit faire réfléchir le cultivateur et l’engager à ne pas persister dans un plan d eco-

(l) D.' Pearsoü’s on Cullen.

Momie rurale, qui occasionne beaucoup de dépenses pour n’en retirer que très-peu de profit.

Si nous faisons attention aux éma 1 nations qui s’exhalent d’un tas de fumier, on verra qu’elles sont en perte pour le champ , tandis qu’en employant le fumier frais on engraisse le terrain et en même-temps son atmosphère ; et pendant le temps qu’on auroit retourné et remanié uri tas de fumier, on auroit amendé et amélioré tout un canton, et même un espace plus considérable.

. A l’égard des basses - cours des

fermes du royaume , et de la méthode qu’on y suit relativement aux fumiers , cette méthode est meilleure dans Ips unes que dans les au* très; dans quelques-unes les eaux emportent les engrais, et dans toutes,

l’atmosphère est singulièrement viciée. • \ ; '

g i. De la nature du fumier.

Tous les corps organisés peuvent Êe résoudre en hydrogène, en nitrogène, en oxygène, en carbone, en phosphore et en soufre.

Le mélange des matières animales et végétales , que l’on appelle fumier, contient toutes ces substances, tant par lui -même, que par son union avec de l’eau, de la terre, de l’air, et par la nature- même de sa formation, Il n’est donc pas étonnant que le fumier soit reconnu pour un fert.i.lisatëur universel.

§ a. Des propriétés du fumier.

Les expériences qui nous prouvent, que les principes de la nour-

rlture des végétaux consiste en drogène et en carbone, sont trèsnombreuses. Les épreuves sont précises quant au premier ; mais le carbone est regardé dans tant de cas comme uni de plusieurs manières avec l’hydrogène, qu’il n’est pas encore bien aisé de décider ce qui est dû à l’un plutôt qu’à l’autre. Il reste toujours de l’incertitude lors de l’application de Peau ; parce que si les plantes la décomposent , cela peut avoir lieu par l’hydrogène qu’elles absorbent ; et la substance ajoutée est peut-être la seule qui aide à la décomposition.

La grande propriété du fumier est donc de servir immédiatement à la nourriture des plantes. Du reste si le sol est compacte, le fumier l’entr’ouvre ; il attire l’humidité , et

par la fermentation qu’il excite dan»

le sol, il provoque la décomposition de toutes les substances végétales qui sont déjà dans la terre; son effet a successivement les plus grandes influences. Après avoir donné une bonne récolte en feuilles, en racines ou en tiges, par suite de sa fermentation , il laisse le champ en meilleure disposition pour produire des récoltes successives. Il seroU inutile de s’étendre davantage sur des propriétés qui sont si bien reconnues.

§ 3. Récolte du fumier.

Les accessoires que l’on doit rechercher pour dépôt ou réceptacle r des fumiers de basse-cour ou d’étables , sont peu nombreux , mais importans. ' -

Le premier, dont j’ai fait l’expé- ,

riencc depuis un grand nombre d’an- w nées, c’est de former un lit de terre sur la surface du lieu où l’on veut former le dépôt. La tourbe est ce qu’on peut avoir de meilleur , en y mêlant une partie de marne ou de matière calcaire. Lorsqu’on ne peut se procurer de la tourbe, on la remplace par de la mousse et des gazons* des curures de fossés et une partie de marnçet de matière calcaire, en .

observant néanmoins de ménager ces substances, de façon qu’elles ne fassent pas un lit solide qui empêcheroit la filtration des fluides* ce qui produirait l’inconvénient de rendre la masse de couleur noire. Il n’y a point de nécessité de renouveler ce lit, chaque fois qu’on enlève les fumiers de la basse-cour, il n’y a non * plus aucun avantage, quant à la 1er-

mentalion , de transporter cette couche sur les terres , et on peut marcher et travaillerdessus impunément.

Mais comme il est utile de rendre la basse-cour aussi unie qu’il est possible, il est nécessaire aussi d’éparpiller le fumier des* étables, des écuries , des toits à porcs et des poulaillers , et de ne pas le laisser amonceler aux portes. De grandes pluies peuvent quelquefois, malgré toutes les précautions, jeter quelques eaux courantes dans la basse»cour ; on pourroit les recevoir dans un réservoir couvert , et les élever par une pompe pour les conduire* sur des monceaux de terre préparés à cet effet.

Voilà toutes les précautions que l’on doit prendre d’après les principes.

Pendant l’été, on y jette, toute la verdure dont on ne peut tirer aucun

parti j on couvre de même la superficie avec des feuilles , lorsqu’elles tombent en automne , ainsi que de la paille et des herbes que l’on abandonne au même bétail qui court en liberté dans les cours.

§ 4. Préparation.

Nulle. L’on ne doit point retourner, remanier , ni tourmenter le fumier.

Mais si, en raison de sa richesse, ou de sa quantité, Ôu ded 'atmosphère, il s’y manifestait une trop grande fermentation, ou si on la soupçonnoit, on peut y jeter de temps en temps une jquantîté quelconque de la- même terre dont on a fait le lit ; mais point en couche et seulement en la disséminant ; par- là on arrête la trop grande fermentation dans la masse,

g 5. État dans lequel on doit en faire V application.

Il dépend dé la quantité-de fumier et du temps de son entassement, qui a permis à la fermentation de s’y établir plus ou moins, par le mélange des matières végétales avec les urines et les autres excrétions animales , en raison de la chaleur de la saison. D’après les principes que nous avons établis , on doit transporter le fumier sur les terres aussitôt que les circonstances , ou l’ordre des récoltes le permettent. Ce sont des principes que le cultivateur ne doit donc point perdre de vue.

§ 6 Application ou emploi.

Ce point exige de l’attention. On doit appliquer ou employer le fu-

. mier pour des prairies artificielles, des champs de menus grains qu’on . cultive à la houe , des pâturages ; mais jamais pour le blé ou froment; et cette distinction est encore plus essentielle lorsqu’on employé le fumier long , au lieu du court. Il y auroit beaucoup de semences qui seroient altérées ou détruites par une forte fermentation ; et en répandant du fumier long sur un champ que l’on ne bine plus, il en résulteroit la destruction de la semence.

Les récoltes, auxquelles les fumiers d’étables et de basses-cours, conviennent le mieux , sont les turneps, les choux , les pommes de terre ,- les

v fèves et l’avoine. On les sème ou on les plante au printems, au milieu de l’été, et en septembre"; cependant le cultivateur n’est point obligé de

transporter son fumier sur les terres au moment où il sème , ou plante; au contraire , il est plus à-propos, et particulièrement à 1 egard du fumier; long, de l’avoir enfoui d’avance dans le champ. Pour les turneps et les choux que, l’on plante en juin, on peut donner les engrais dans tout le courant des mois de mai, d’avril et de juin ; en mars et en avril pour les pommes de, terres; pour les menus grains , en août et septembre; pour les fèves , en novembre. On peut encore l’enterrer immédiate- »

ment avant de planter ou de herser, principalement dans leprintemssans ' donner d’autre labour. Lorsqu’on voiture le fumier, dans l’intention de l’enterrer à l’instant où il ne reste plus qu’une façon à donner pour le plantage ou le hersage , alors il sera

. • . ( >So )

assez enfoncé clans le sol pour les opérations successives qui devront avoir lieu. On ne doit jamais perdre de vue , que tous les engrais animaux et végétaux ont une tendance constante à remonter , tandis que les engrais fossiles en ont une contraire à descendre. Par la décomposition, ils se convertissent en un état de fluidité , et en conséquence ils sont absorbés par le sol , enlevés par les

tiges et les feuilles des Végétaux , ou dissipés dans l’atmosphère.

D’après ce système , on peut donc répandre le fumier fait pendant l’hiyer , en mars et avril , pour les pommes de terre ; celui qui se fait plus tard, et dont on n’a point besoin pour les pommes de terre, peut être transporté successivement en avril , mai et juin , lorsqu’on en a la faci-

lité , pour le donner aux lumens et aux choux : les fumiers de juillet et août pourroient être destinés aux • v menus grains; et ceux de septembre , d’octobre et d’une partie de ’ novembre , s’offrent d’eux - mêmes pour lés fèves. Le meilleur moment pour donner l’engrais aux prairies est celui qui suit la coupe des foins:

en employant cette méthode , ou d’autres analogues, les principes établis sur l’emploi du fumier long coïncident avec la culture de la ferme et la convenance du cultivateur. ,

Il est important de remarquer que l’usage du contre en écumoire est essentiel lorsqu’on laboure des ; terres fumées avec le fumier long ; au moyen de cette admirable addition aux charrues même’ les plus communes, chaque parcelle de fu-

mier est suffisamment enterrée. Si

on en laissoit sur les sillons , ce

-seroit une contradiction manifeste ' • . ** avec le but principal du cultivateur,

et on ne pourroit point s’attendre

à tout le succès que l’on auroit lieu

d’espérer.

§ y. Quantité.

C’est l’expérience seule qui indique la quantité précise de fumier que l’on doit employer. Cependant dans les commencemens d’une culture, il est plus convenable de n’employer que la quantité d’engrais consacrée jusqu’alors par la pratique locale etd’après l’ancienne méthode.

Il est possible qu’elle soit entièrement satisfaisante , et d’autant plus, qu’elle correspond ordinairement à la quantité d’engrais que l’on peut

faire , dans le pavs , avec le nombre d’animaux qui y constituent cette ,

branche de l’économie rurale.

? i ! § 8. Sol.

Les cultivateurs pratiques sont dans l’opinion que le fumier long convient davantage aux terres fortes, qu’aux terres légères; cependant l’expérience de M. Denton , prouve en faveur dusable.il n’éxiste aucune raison , ni aucun appel aux principes chimiques, pour désigner , de certains sols plutôt que d’autres. , Cependant, comme il est généralement reconnu que les engrais perdent leurs parties constituantes et qu’elles sont divisées par la fermentation , il est probable que leur effçt est plus constant et plus ava’n-

tageux dans un sol trop compacte , que dans un sol déjà trop léger.

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