CHAPITRE II
De la terre calcaire .
L A différence entre la marne et la matière calcaire n’est point assez grande pour exiger de longs détaifs. Il suffira d’indiquer les cas qui présentent quelques dissemblances. La matière calcaire est une substance dans laquelle il existe une plus grande quantité de terre calcaire que dans la marne, et en même temps elle est incomparablement plus dure. Exposées aux influences de l’atmosphère, beaucoup desubs-
tances calcaires s’effleurissent et tombent en poudre d’elles-mêmes ; d’autres demandent de longues années , avant que de se déliter, et il n’est pas ordinaire de rencontrer de la terre calcaire blanche et tendre. Beaucoup de variétés de cette substance fossile ont été analysées , plusieurs contenoient au-delà de quatre-vingtdix pour cent de terre calcaire, et M. Marshal, cite une espèce qui en a donné quatre-vingt-dix-huit. Les changemens les plus remarquables qu’elle éprouve sont : la calcination pour la réduire en chaux, et sa propriété de rendre friable et légère , l’argile la plus tenace , tandis que seule, la marne pierreuse ne produit pas le même effet, et qu’à cet égard, elle est inférieure aux matières calcaires les plus dures. Il est
tout aussi ordinaire de jeter de la matière calcaire dans les pra^ie , que de les marner , et elle améliore considérablement celles qui sont basses, maigres et dont le foin est aigre ; elle les rend plus fermes, et corrige l’âcreté des fourrages qui eh proviennent.
On tire la matière calcaire' d’une autre manière qiie la marne. On creuse des puits pour parvenir jusqu’à ses couches; c’est la pratique générale dans le comté d’Herford.
Les travailleurs y forment des galeries, et enlèvent la matière calcaire autour d’eux , en laissant des piliers <Je distance en distance , pour, supporter les terres supérieures; ils montent la substance exploitée, avec des baquets : on la vend dans le pays , huit deniers sterlings la charge de
vingt*quatre bushels ( i ) , livrée à la |j|is tance de trente perches de l’ouverture dju puits. ,Çet te- opération est bien plus considérable et bien autrement coûteuse que ne l’est l’ouverture des fosses à marne ; et dans les terres fortes, elle ruine et détruit les chevaux de charroi.
Relativement à la préparation , l’état, l’application et la saison , les observations sont les mêmes que celles que j’ai rapportées au sujet de la marne.
A l’égard de la quantité par acre, .elle est généralement moindre que celle de la marne. Dans le comté d’Essex, où on ; l’apporte par mer des
(l) Le bu$hel < *t une mesure anglaise de capacité ; il contient de cinquante- cinq % soixante livres , avoir cju poids. Ç Noie du traducle<..r.J
côtes du pays de Kent, on l’emploie de cinq à huit charges de voitures avec autant de succès que le fumier de bassé-cour lui -même; Pour la première fois, on en répand rarement davantage que quarante yards cubes par acre de terre.
Dans les terrains sur lesquels on répand de la matière calcaire, on ne suit plus exactement les mêmes procédés que lorsqu’on veut les marner.
Ce que j’ai vu de plus remarquable à cet égard , fut une opération faîte dans un sol bon, quoique argileux, du rapport de quinze à vingt shel- • lingsl’acre: on répanditsur sa superficie six à sept voitures de matière calcaire par acre ; elle fut immédiatement enterrée à un pouce de pro- * fondeur. A six milles de Maldon en Essex , où le coût de chaque charge
de chariot revient à vingt shellings * environ , l’on a suivi les mêmes opé- »
rations, ainsi qu’à Entfield : ces ter- , rains n’ont pas été analysés, mais »
l’on peut supposer avec raison qu’ils ; étqient peu riches en terre calcaire. ; Il est très-remarquable que la ma- »
tière calcaire donne au sol, aussitôt qu’on l’a employée , une couleur rougeâtre, de sorte que l’on ■ peut distinguer dans une jachère, même à une certaine distance, la partie qui a reçu cette matière, de celles où l’on n’en a point mis. L’on ?
a observé une circonstance singulière dans le pays d’Essex. C’est que cette operation est ennemie du gazon , et l’empêche de se former. Un *champ qui produit naturellement de l’herbe, ou même du treffle blanc, cesse d en produire quelque temps
apres avoir été fumé par les substances calcaires. Elles sont plus dures que tendres; les gelées îes plus rudes en laissent intacts des mor* ceaux entiers, qu’il faut ensuite briser à coups de pic ; les échantillons durs , qui présentent une cassure nette et anguleuse sont à préférer à ceux qui s'endettent entre les doigts. On s’en sert principalement pour.corriger la nature des terrains , auxquels on veut donner du nerf pour la culture des turneps.
Les terrains abondans, en oseille sauvage sont reconnus pour être éminemment susceptibles d’être amélioras par la matière calcaire ; lord Dundonald cite une observation applicable à ce fait : savoir « Que l’acidp oxalique , ou acide de l’oseille, se tire de la plante qui porte ce nom,
en combinaison avec l’alkali végé^ tal. Il se forme beaucoup d’oxalate de chaux par l’addition de la matière calcaire dans les terrains qui
abondant èn * places d’oseiUe , ou ' “ li " lUiLL 1 ''aux qui donnent de
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ràdidë oxalique. Quand à l’insblübilitë de l’oxalatè de chaux, il n’est pas probable qu’il puisse contribuer, ( par lui-même , à la végétation. On ne peut le décomposer par des alkalis d’une affinité supëriëure , mais il peut l’être par l’acide vitrîolique, et dans ce cas le gypse se forme ; alors l’acide mis à nu se combine avec les sels alkalins fixes et volatils , » ou avec la magnésie ; ces composés sont solubles et poussent la végétation à un très-haut degré ».
La matière calcaire est employée avec succès sur tous les terreins qui
seroient propres à être marnés. Dans le Norfolk , on ne s’en sert point volontiers pour les sables maigres et stériles , ni même pour des terres médiocres, cependant quelques cultivateurs , connus honorablement par leurs travaux et parleur expérience, ont employé sur ces terres, avec un grand succès, de la matière calcaire très-dure.
On peut se' servir très-avantageusement de toute espèce de matièrè calcaire dans les marécages, les fondrières et les fonds tourbeux ; on doit meme la préférer, pour ces terrains, à la marne , par cela même qu’elle contient beaucoup plus de terre calcaire.