‹ Essai sur la nature du torticolis congénitalChapitre 5 sur 11 · RAPPEL DES THEORIES · texte numérisé non relu

RAPPEL DES THEORIES

Dès 1838, un chirurgien anglais : Stromeyer, faisait du iorhcolis musculaire observé dès la naissance une affection acquise et consécutive à un traumatisme obstétrical de la région du cou. Il se formait d’abord un hématome dans le sein du muscle sterno-cleido-mastoïdien et son évolution ultérieure provoquait la rétraction fibreuse du muscle.

En 1891, Petersen rejetant ce torticolis obstétrical élaborait l’hypothèse d’un torticolis congénital vrai, acquis pendant la vie intra-utérine à la suite d’une maladie de l’amnios. Ji semblait que le sterno-cleïdo-mastoïdien puisse rapprocher ses insertions par suite de l’inclinaison prolongée de la tête sur l’épaule comme il arrive dans un oligamnios. L'auteur s’appuyait sur la coexistence fréquente avec le torticolis d’autres malformations congénitales, telles que île pied bot ou la luxation congénitale ; d’autre part, sa théorie avait l’avantage d’expliquer la fréquence des sièges, et partant, Îles difficultés obstétricales que l’on rencontre si souvent dans les antécédents des porteurs de torticolis.

Mikuliez et Kader, en 1894, pensaient qu’une infection généralisée pouvait se localiser sur le sterno cleido-mastoiïdien au cours d’un traumatisme provoquant ainsi la myosite scléreuse, mais ils n’apportaient aucun argument pour étäyer leur affirmation. ;

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Ayant constaté l'identité des lésions microscopiques entre le torticolis congénital et la rétraction ischémique de Volkmann, Nové — Josserand et Viannay avançaient en 1906, que le torticolis était consécutif à des troubles circulatoires d’ordre ischémique provoqués par une situation anormale in utéro — par exemple la compression du sterno-cleido-mastoïdien par l'épaule surélevée — Ils expliquaient du même coup, lasymétrie faciale que l’on trouve habituellement dans la symptomatologie du torticolis. D’autre part, ils prenaient en considération élément traumatisme puisqu'ils prétendaient que l’ischémie temporaire que provoque lallongement du Sterno-cleïdo-mastoïdien au cours d’une dystocie suffisait à nuire à la vitalité de ce muscle. L’ischémie localisée au Sterno-cleido-mastoïdien était due selon eux à la distribution terminale, des artères nonrricières de ce muscle et selon Beely, à la tension de Sa gaine.

Ïl faut attendre à 1911 pour voir admettre par Couvelaire le rôle des lésions inflammatoires congénitales d’origine svphilitioue sur un muscle traumatisé. Cet auteur se trouvait ainsi en accord avec les myosites syphilitiques du sterno-cleido-mastoïdien de Pajet, Taylor et Fournier. Dans beaucoup de cas, le traitement hydrargyrique faisait régresser les lésions.

En 1920, Sippel constatait des cas de torticolis chez des enfants extraits par césarienne et soustraits par conséquent à tout traumatisme. Il pensait alors que le torticolis était dû à une anomalie de développement du sterno-cléidomastoïdien au cours de la gestation, et qu’il fallait rechercher la cause de cette anomalie dans les attitudes vicieuses que prend un fœtus dans un utérus trop étroit.

Beaucoup d’objections ont été faites à ces théories surtout par les auteurs qui en élaboraient d’autres. C’est ainsi

que Couvelaire, avant de faire intervenir la spécificité infirmait la notion de l’hématome post-traumatique de Stromeyer, par des recherches histologiques démontrant que les lésions correspondent à de la myosite interstitielle. D’aulre part, de ses expériences sur des animaux, il résultait que l’on n’observait jamais de rétraction permanente après Pattritior. l’étirement ou la section d’un muscle. Enfin, il est t‘réquent de voir les indurations observées par Stromeyer, disparaître sans laïsser de traces.

C’est encore Couvelaire qui niait le rôle des attitudes vicicuses fœætales, prétendant qu’elles ne se prolongeaient pas pendant la vie ou qu’elles étaient corrigées par la croissance.

Aïnsi, toutes ces théories, dont aucune ne nous offre un argument péremptoire, ont subsisté, tantôt décriées, tantôt prônées, suivant l’éclectisme des praticiens.

Mais au cours de ce bref rappel pathogénique, nous avons. volontairement passé sous silence les théories qui font appel aux lésions du systèmenerveux. C’est que nous voulons précisément les mettre en évidence parce qu’elles nous paraissent susceptibles d’être revisées pour des raisons qui font l’objet de ce travail. Rompant donc l’ordre chronologique que nous avions suivi jusqu’à maintenant, nous allons exposer une théorie nerveuse déjà ancienne, mais bien délaissée.

Débarrassons-nous d’abord de l'hypothèse périphérique admise par plusieurs auteurs et en particulier par Kempf, et selon laquelle le spinal peut être contusionné par le forceps ou tiraillé au cours de l’accouchement, ce qui engendrerait « un processus trophonévrotique ». Cette théorie trop obstétricale semble infirmée par les torticolis après césarienne de Sippel.

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Mais envisageons la lésion centrale qui bien que entrevue depuis fort longtemps n’a jamais été soutenue par une argumentation bien fournie.

En 1876, Pean, dans les « Eléments de Pathologie chirurgicale de Nélaton, écrit : « Le torticolis musculaire est le plus souvent congénital : on suppose alors que pendant la vie intra-utérine, le fœtus avait une position vicieuse ou une maladie des centres nerveux qui avait déterminé des convulsions intra-utérines, des contractures ou des paralysies ». Ainsi, « une maladie des centres nerveux » se trouve admise, mais ne repose sur aucun argument.

Ce n’est qu’en 1891 qu’un chirurgien anglais nommé Golding Bird, s’attache plus sérieusement à l'hypothèse. Il s'appuie sur le fait que le torticolis congénital est toujours accompagné d’une hémiatrophie cranio-faciale qui frappe plusieurs tissus, et il rapporte Jogiquement l’ensemble à une cause profonde « dans quelque masse ganglionnaire nerveuse dont la fonction est de présider à la nutrition et non pas seulement au mouvement ».

Cette opinion, quoique imprécise, n’alla pas, elle non plus, sans soulever des objections et c’est en particulier Nové-Josserand et Viannay qui déclaraient en 1906 que si cette explication était la bonne, on devrait observer des lésions beaucoup plus disséminées dans les muscles du cou. Or, dans le même article, ces auteurs exposaient leur théorie ischémique où ils présentaient le torticolis congénital comme une entité clinique et anatomique invariable et où ils admettaient que la lésion est toujours localisée au sterno-cleido-mastoïdien.

Nous allons voir par les observations qui suivent qu’il n’en est rien et que les torticolis que l’on rencontre dans la pratique sont loin d’être aussi communs que ceux qui sont décrits dans les traités classiques de chirurgie,

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