ETUDE DES OBSERVATIONS
De l'examen de ces observations, il se dégage un premier point très important: la plupart d’entre elles, 6 sur les 11 à antécédents connus, se rapportent à des sujets dont la naissance s’est effectuée de la façon la plus normale du monde. Tous se présentaient par le sommet et jamais on n'a eu à pratiquer une application de forceps. L'élément traumatisme, si souvent invoqué dans la pathogénie du torticolis, est donc absent et la cause des lésions ne peut donc pas lui être subordonnée, même si l’on tient compte des compressions et des tiraillements inévitables qui se produisent dans les accouchement les plus faciles.
C’est donc de l'examen même des lésions que nous allons essayer de tirer quelqueséclaircissements sur leur mode de de production. Dans cette analyse, nous nous sommes inspirés, en plus des observations, d’une publication parue le 21 février 1942 ous la signature de MM. Etienne et Cheynel et nous en reproduisons ici les conclusions essentielles. Voici donc ce que l’on constate chez les petits porteurs de torticolis:
1° Le muscle Sterno-cléido-mastoïdien, qui joue un rôle prépondérant dans la production de l'attitude vicieuse présente des lésions très variables dans leur extension: la plus localisée, qui est d’ailleurs un Cas particulier, c’est
EN Te l’hématome, décrit depuis longtemps par Stromeyer. Mais si on considère les lésions musculaires proprement dites, on constate que parfois un seul des chefs du sterno-cléidomastoidien est rétracté, l’autre ayant conservé toute son intégrité. D’autres fois, le muscle est touché dans sa totalité et le raccourcissement peut être tel que au cours des opérations de redressement, la ténotomie basse habituelle s’avère insuffisante et il faut alors pratiquer, en outre, une ténotomie haute, près de l’apophyse mastoïde.
2° Les lésions débordent presque toujours le muscle sterno-cléido-mastoïdien. En effet, lorsque pendant l’inter-
vention, un aide redresse la tête pour vaincre la résistance du tissu fibreux, on s'aperçoit que dans certains cas il existe des rétractions cicatricielles en dehors du tissu musculaire. C’est, le plus souvent, la gaine du muscle qui est l’objet de ces altérations, mais on décèle aussi des marques évidentes de sclérose, qui ont envahi le tissu environnant et qui s’infiltrent même dans la gaine des vaisseaux voisins.
3° Dans la plupart des cas, d’autres muscles que le sterno-cléido-mastoïdien sont atteints. La transformation fibreuse y est souvent absente, mais on y constate toujours un certain degré d’hypotrophie et parfois une véritable atrophie. Ces muscles sont ceux des régions latérale et postérieure du cou, en particulier le trapéze.
4° Du côté où siège le torticolis, on note toujours une hémiatrophie crâno-faciale plus ou moins marquée. Le squelette semble comprimé et axe vertical du visage présente une concavité du côté malade, de telle sorte que la cavité orbitaire de ce même côté est un peu plus basse que l’autre. Tous les tissus sont atteints et même l’obervateur inexpérimenté s'aperçoit facilement que l’ureille du côté malade est plus petite que celle du côté sain.
5° Les examens clinique et radiologique pratiqués dans
les cas de torticolis mettent en évidence des déformations du rachis cervical, assez importantes pour gêner le redressement opératoire. Il s’agit, en général, de scolioses non d’attitude, mais provoquées par de véritables altérations osseuses,
En résumé, nous nous tr ouvons devant une gamme de lésions extrêmement complète. Nous ferons abstraction des cas les plus simples représentés par les hématomes ou les nodosités du sterno-cléido-mastoïdien. Nous avons déjà dit qu’ils constituaient un cas particulier et effectivement il est difficile d'admettre pour eux une étiologie identique à celle des torticolis Par rétraction musculaire.
D’ailleurs, nous devons signaler que la plupart du temps, ils disparaissent rapidement sans interveniion chirurgicale après un simple traitement hydrargyrique. Tout récemment encore M. le professeur Etienne a eu l’occasion d’observer deux nourrissons qui lui ont été apportés, présentant un hématome très net du sterno-cléido-mastoïdien et chez lesquels le traitement hydrargyrique associé au port d’un petit appareil plâtré Prenant appui, d’une part, sur l'épaule, d'autre part, sur la région temporo-frontale ont permis d'obtenir la disparition de Phématome, lassouplissement du Sterno-cléido-mastoïdien et la guérison sans Passage à l’attitude caractéristique du torticolis congénital.
Parmi les torticolis vraiment musculaires, maintenant, nous trouvons des cas où le sterno-cléido-mastoïdien est frappé isolément; ce sont les plus rares. La majorité, au contraire, est formée de cas complexes où l’on observe l’altération de tons les tissus d’une même région à des degrés divers. Cette diffusion de l'affection ne permet donc plus de l'apporter au seul muscle sterno-cléido-mastoïdien l’origine de l'atttude vicieuse. Au contraire, si on considère la topo- £raphie des régions atteintes, on peut penser qu’il existe un
te,
centre tenant sous sa dépendance tous les tissus intéressés et
on peut alors supposer logiquement qu’une maladie de ce
centre ayant évolué in utéro entraîne des lésions de tout ce territoire. La curiosité anatomique se trouvant ainsi éveillée, on ne peut éviter de faire certains rapprochements avec d’autres affections qui entraînent des rétractions comparables à celles du torticolis et dont le point de départ est indiscutablement nerveux.